Android n'est pas gratuit
Avec le rachat de Motorola Mobility, Google se rapproche du modèle d'Apple.
- Un téléphone Motorola montre la page d'accueil de Google, à New York, le 15 août 2011. REUTERS/ Brendan McDermid -
Dans la mesure où le PDG de Microsoft, Steve Ballmer, a l'art d'être à côté de la plaque dans ses pronostics sur les produits de ses concurrents, nombre d'observateurs, moi y compris, n'ont pas tenu compte de ses critiques de l'an dernier envers la stratégie que Google adoptait pour Android.
Il était alors évident que le système d'exploitation mobile grignotait une part du gâteau de Microsoft et commençait à mordiller les talons d'Apple. (En mars dernier, Android avait même devancé Apple de justesse sur le marché des systèmes d'exploitation pour mobiles.)
Microsoft et Google jouent un rôle similaire dans le secteur de la téléphonie: ils conçoivent les logiciels qui tournent sur les combinés mais ne fabriquent pas les combinés eux-mêmes. Pour que leurs logiciels soient utilisés, les deux sociétés créent donc des partenariats avec les fabricants. Mais alors que Microsoft fait payer son système d'exploitation Windows Phone aux constructeurs, Google lâche le sien gratuitement.
Comment Ballmer comptait-il se battre face à la gratuité? Très simple, a-t-il expliqué dans plusieurs entretiens: «Android n'est pas gratuit du tout.»
La course aux brevets
Ballmer a en effet précisé que, Android empiétant sur les brevets de plusieurs firmes, toute société qui fabrique des téléphones Android devrait s'acquitter de redevances de licences, auprès de Microsoft et des autres détenteurs de brevets.
La violation de brevet n'est pas chose rare, dans le domaine des technologies; toute innovation un tant soit peu complexe va fatalement piétiner la propriété intellectuelle. Les géants des nouvelles technologies ont pour habitude de contourner le problème avec la «concession croisée de brevets»– ou échange de licences entre sociétés. Or Google, encore jeune en la matière, a peu de licences à échanger.
En juin dernier, l'entreprise a tenté de racheter à Nortel des brevets relatifs à la mémoire cache en télécommunication, mais cette tentative s'est soldée par un échec face à une coalition de concurrents (formée entre autres par Apple, Microsoft et Research in Motion).
Cette course aux brevets pour défendre Android a abouti, lundi 15 août, à l'annonce surprise par Google du rachat de l'ancienne division téléphone de Motorola pour 12,5 milliards de dollars [environ 8,7 milliards d'euros]. Motorola Mobility fabrique de nombreux smartphones Android sans en tirer de gros bénéfices. (La société a même accusé des pertes sur les derniers trimestres.) De fait, la branche matériel n'est pas ce qui a motivé en premier lieu cette acquisition: ce que Google voulait vraiment, c'étaient les 17.000 brevets de Motorola.
Un tournant pour Android
En d'autres termes –jamais je n'aurais cru dire ça– Steve Ballmer avait raison: Android n'est pas gratuit, et il n'est même pas bon marché. Comme le note John Gruber sur le site Daring Fireball, les 12,5 milliards que Google dépense pour Motorola représentent près de deux années de bénéfices pour le moteur de recherche. Aucune société, pas même Google, ne peut céder une telle somme sans envisager un retour direct sur investissement.
C'est pourquoi je parie que cette opération va constituer un tournant dans la façon dont Google gère Android. Aujourd'hui, la plateforme est «ouverte» mais chaotique. Comme les fabricants peuvent se la procurer gratuitement et en faire ce qu'ils souhaitent, Android se retrouve sur de bons téléphones mais aussi sur un tas de mauvais appareils.
Avec ce rachat, Google cherchera à exercer plus d'influence sur le volet matériel. Au final, cela contribuera à réduire le nombre de nouveaux téléphones Android qui sortent chaque année, et les quelques-uns qui sortiront seront en général de meilleure qualité, et plus onéreux, que sur le marché Android actuel.
Un changement inévitable
Le changement ne se fera pas en une nuit. Lors de la téléconférence où l'accord a été annoncé, les responsables de Google ont déclaré que cette énorme acquisition ne changerait rien à Android. Le département Motorola sera une entité à part au sein de Google, afin d'éviter un accès trop préférentiel à Android par rapport aux autres fabricants. Google veut ainsi faire comprendre que «l'ouverture» reste son idéal.
Mais ce plan est intenable. Pour s'en convaincre, il faut comprendre comment Google gère aujourd'hui son système d'exploitation mobile. Quand on achète un téléphone Android, aucun pourcentage ne va dans la poche du moteur de recherche –puisque le fabricant d'appareil a eu le système d'exploitation gratuitement.
Au lieu de récupérer une part sur les ventes de téléphone, Google affiche comme principal objectif d'assurer à ses sites une bonne présence sur le marché émergent des smartphones. En théorie, chaque utilisateur d'Android passera beaucoup de temps sur les services Google, et donc sur les publicités Google.
C'est là une source de revenus indirecte, un peu comme une compagnie pétrolière qui proposerait aux constructeurs automobiles des moteurs gratuits afin de stimuler la demande de carburant.
Cependant, cette stratégie se tenait tant que les investissements de Google dans Android restaient modérés. L'acquisition de Motorola change la donne; c'est comme si Exxon Mobil rachetait General Motors. À présent, Google doit trouver un moyen de récupérer au moins 12,5 milliards avec Android (en plus des sommes investies pour mettre au point le système d'exploitation).
Une source directe de revenus
Ce qui semble fort compromis. Cette année, Gene Munster, analyste [à la banque d'investissement] Piper Jaffray, a en effet estimé que Google ne percevait que 6 dollars [4,15 euros] de recettes publicitaires annuelles par utilisateur d'Android. D'ici à 2012, ce chiffre pourrait atteindre 10 dollars [près de 7 euros].
Tous utilisateurs cumulés, les revenus annuels atteindraient 1 milliard de dollars. Même si cette somme augmente avec le temps, il faudra longtemps avant que Google ne rentre dans ses frais, sans parler de réaliser des profits.
En attendant les recettes publicitaires dérivées d'Android, Google serait bête de ne pas penser à une source bien plus directe de revenus via la téléphonie mobile: une marge confortable sur la vente des appareils eux-mêmes.
C'est comme ça qu'Apple fait de l'argent; selon certaines estimations, la marque à la pomme gagnerait jusqu'à 370 dollars [257 euros] sur chaque iPhone vendu. Apple est particulièrement puissant, et bien des raisons expliquent que le groupe tire autant de profits de ses appareils.
Mais il y a deux facteurs principaux derrière cette réussite dans la téléphonie mobile, et l'acquisition de Motorola devrait permettre à Google de les réunir à son tour.
Le modèle Apple
Tout d'abord, Apple propose une forte intégration entre matériel et logiciel: le système d'exploitation de l'iPhone est conçu pour un ensemble bien spécifique de composants, et en conséquence, les utilisateurs s'y retrouvent avec tous les iPhone. Ils n'ont pas à réapprendre le mode d'emploi avec chaque nouveau téléphone Apple. De plus, les applications et les accessoires sont compatibles entre tous les appareils.
L'autre secret d'Apple, c'est l'exclusivité: il n'y a qu'un nouvel iPhone par an, ce qui génère à coup sûr un intérêt sans bornes de la part de la presse et des adeptes. Et ce qui se traduit par moult publicité gratuite.
Google ne rencontrera pas le même succès s'il conserve sa stratégie actuelle; il existe trop d'appareils Android de mauvaise qualité, dissemblables et incompatibles, pour que l'image du système d'exploitation soit cohérente.
Pourtant, la superbe ligne Nexus fabriquée par Google montre que la société sait faire de très bons téléphones. Et l'acquisition de Motorola devrait justement permettre de favoriser ces appareils haut de gamme sur le marché grand public.
Je soupçonne également Google de vouloir se servir de Motorola pour empêcher les autres fabricants Android de commercialiser des téléphones de piètre qualité –par exemple en les menaçant d'accorder à sa propre division téléphone un accès prioritaire au code Android.
Ce serrement de vis risquerait de faire fuir certains fabricants d'appareils (qui pourraient tomber dans le giron de Windows). Par ailleurs, augmenter le prix des téléphones Android limitera la croissance de part de marché du système d'exploitation.
Mais on imagine mal Google résister à la tentation de faire des bénéfices substantiels –50 dollars, 100 dollars, voire plus– sur la vente de chaque téléphone. Après les milliards dépensés pour les brevets de Motorola, l'entreprise ne pourra peut-être pas s'offrir le luxe de mépriser une telle ressource.
Farhad Manjoo
Traduit par Chloé Leleu
Mis à jour le 06/09/2011 à 17h03
















































Qu'entendez vous exactement par "bon ou mauvais téléphone" ?
Disposer d'un jeu plus amusant que tous les autres ?
Les IPhone d'Apple coûtent plus cher, mais leur écran tactile est beaucoup plus "sensible" et "réactif" que les modèles bas de game...
Le but de Google et d'Android est d'espionner la vie privée des gens qui l'utilisent et cela, cela seul, justifie les milliards dépensés...
Sauf erreur de ma part, Android n'offre même pas de logiciel de traitement de texte (il en existe un, allemend, à 39 euros ?) et tout un chacun est invité à composer sa littérature personnelle sur le grand ordinateur de Palo Alto ?
Mouais, c'est un peu naif de croire que Google va brusquement changer son modèle économique...
Salut
merci pour cet article, mais je pense que vous n'y êtes pas. D'un point de vu matériel, je trouve que les android haut de gamme sont nettement mieux que le téléphones d'Apple (ce sujet mériterait un forum et les arguments ne manquent pas). Par ailleurs, il y a des utilisateurs qui n'ont pas nécessairement besoin de bêtes de courses.
D'un point de vu brevets, Google peut tenter de les rentabiliser en négociant des licences. Par ailleurs, je ne pense pas une seconde que Google ait acheté essentiellement la branche de Motorola mobile pour son porte feuille de brevet, il y a de lourdes alliances pour protéger les plus faibles contre les plus anciens (IBM, Oracle, Sun, Novel vs Microsoft ou SCO, c'est très classique, nul besoin de s'endetter de la sorte).
D'un point de vu espionnage, il y en probablement chez google, mais au moins chez eux ils assument leur 'patriot acte', MS et Apple y sont aussi soumis et nie toute compromission, ce qui me semble pire.
La force d'Android est la diversité des matériels et des logiciels, il fonctionne sous X84, AMD64 et divers processeurs ARM, ce que Microsoft n'est pas capable de faire avec Windows phone 7, quid du 8. C'est quand même assez instinctif d'une machine à une autre et je ne trouve que des avantages à cette diversité (à part peut être quelques incompatibilités occasionnelles)
Google n'est pas parfait, mais c'est ce qui convient le mieux à la majorité dans sa diversité de ses besoins et de ses moyens selon moi.
A plus
L'auteur s'étonne qu'Android puisse avoir un coût pour Google, ce doit être le dernier à le découvrir. Quand on parle de gratuité d'Android c'est pour les fabricants par pour Google.
Concernant les revenus de la plateforme Android, il ne prend en compte que la publicité, or Google, à la façon d'Apple, touche une commission sur les ventes d'application.
Lorsqu'on rachète une société on intègre le patrimoine de cette société au sien ce n'est pas comme une dépense de fonctionnement.
Ça n'a pas à être justifié par des bénéfices supplémentaires qui compenseraient rapidement l'investissement, ce qui est d'ailleurs impossible sauf cas exceptionnel, la capitalisation d'une entreprise excèdant généralement très largement ses bénéfices annuels.
D'autre part Google pourrait très bien revendre tout ou partie de ce qu'il a acquis par exemple..
Google aurait un problème à régler au niveau de la qualité des téléphones il y en aurait des bons et des tas de mauvais.
Comme disais Siddartha c'est eminemment subjectif..
Moi je dirais qu'il y a des téléphones plus ou moins haut de gamme.
Et qu'il y a plus de modèles différents de téléphone Android haut de gamme de qualité qu'il n'existe d'iPhone différents.
Et avoir une offre de téléphone dont certains sont très accessible ne doit pas être pour rien dans le succès de la plateforme: on peut avoir un smartphone Android tout à fait correct avec un coût d'acquisition dérisoire et un abonnement à prix plancher.
A priori "il existe trop d'appareils Android de mauvaise qualité, dissemblables et incompatibles, pour que l'image du système d'exploitation soit cohérente".. etça empêcherait à Google de rencontrer le même succès qu'Apple sur les téléphones.
Propos absurde puisque que les PDM Android sont maintenant équivalentes si ce n'est supérieures à celle d'iOS. C'est un exercice un peu vain de proposer des solutions à des problèmes qui n'existent pas.
Google n'a jamais fabriqué les téléphones vendus sous sa marque, ce sont: HTC (pour le G1, G2, Nexus), Samsung (Nexus S).
Si l'OS Android, sous licence GPL et Apache, est opensource et librement utilisable, les applications Google dont le market ou google maps ne le sont pas. Pour sortir un téléphone Android il faut obtenir l'assentiment de Google et notamment se soumettre au "Google Compatibility Program", idem pour la marque Android, les logos Android etc..qui ne sont pas libres de droit non plus.
Partisanisme, spéculations hasardeuse (l'auteur parie que), faits erronés, quelqu'un qui ne sait pas de quoi il parle..
Du monologue de bistrot en somme..
Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur le contrôle exercé par Google sur les fabricants:
http://thisismynext.com/2011/05/12/google-android-skyhook-lawsuit-motorola-samsung/