La rigueur s'installe en France et pour longtemps
Nicolas Sarkozy comme Martine Aubry sont forcés d’admettre que l’Etat français est ruiné et leur conception de l’action publique doit radicalement changer.
- Angela Merkel et Nicolas Sarkozy le 16 août 2011 à l'Elysée Charles Platiau / Reuters -
Pour convaincre les agences de notations que la France mérite de conserver sa note AAA, François Fillon annonce mercredi 24 août des mesures budgétaires d’économies. Comme la croissance a ralenti, les comptes publics risquent de sortir de la ligne et les promesses faites à Bruxelles de ne pas être tenues. Il s'agit de faire passer le déficit budgétaire de 7,1% du PIB en 2010, à 5,7% en 2011, 4,6% en 2012 et atteindre la fameuse barre des 3% en 2013. Le premier ministre affirme que ce plan sera tenu. Quoiqu’il arrive sur la conjoncture, la France sera rigoureuse. Comme jamais ou presque.
Car les mesures d’économie en question représentent un virage à 180 degrés pour Nicolas Sarkozy mais, au delà, un changement de paradigme pour la politique française.
Les mesures (limites des défiscalisations d’heures supplémentaires, impôts spécial sur les super riches, suppression de nouvelles «niches»… ) représentent en clair:
1) un abandon des lois TEPA, proposées et votées en urgence à l’été 2007 comme indispensables pour redonner du pouvoir d’achat et du moral et pour engager la France sur la voie du «travailler plus pour gagner plus».
2) une hausse des prélèvements obligatoires, le contraire de la ligne toujours défendue par le président.
Nicolas Sarkozy était l’homme de la «rupture», il promettait des réformes «structurelles» du travail, de l’université, de la justice, etc... Mais budgétairement, il était dans la ligne dépensière traditionnelle de toute la classe politique française, à l’exception (et encore çà se discute) de Raymond Barre, Jacques Delors et DSK. Pour Nicolas Sarkozy «réhabiliter la politique» passe par des crédits publics supplémentaires. Dès 2007, il creuse le déficit de la France pour cette année là et son budget 2008 n’est pas rigoureux. Ensuite, vient la crise et la justification keynésienne de «relancer» c’est-à-dire de dépenser, cette fois beaucoup plus.
C’est François Fillon, qui avait déclaré en Corse à l’été 2007 que la France était «en faillite» et qui a (bien mollement) bataillé tout le quinquennat contre son prodigue chef, qui est envoyé en avant annoncer ce virage sur l’aile de la politique économique nationale et promettre que la politique budgétaire française sera désormais germanique.
L’amusant est que Nicolas Sarkozy fait de cette défaite économique une victoire politique: il piège les socialistes en les plaçant dans la position de ceux qui sont prodigues et qui risquent de faire perdre le AAA de la France. François Hollande ou Manuel Valls avaient anticipé en adoptant les habits de Jacques Delors. Aujourd’hui voilà tous les socialistes, nolens volens, sur la ligne du «3% en 2013», contrairement à ce qui est écrit dans le Projet du parti. Le dit Projet, dans ces conditions, est à mettre à la poubelle: il faut réviser toutes les belles promesses car en vérité, Standard & Poor's, et ses sœurs agences de notations, vont passer au cribles les programmes présidentiels. Elles ne louperont rien et le PS ne pourra pas se permettre beaucoup de dépenses. L’âme de son projet, le retour de l’Etat, est complètement remis en question.
La politique budgétaire française devenue germanique? Le virage fait partie du pacte que tentent de signer la France et l’Allemagne. Dans la nouvelle zone euro de l’après crise grecque, Paris accepte la rigueur demandée par Berlin, Berlin accepte (en trainant des pieds) d’avancer vers le fédéralisme avec le Fond européen de stabilité financière (FESF).
Les mesures annoncées par François Fillon sont les premières concrétisations de ce deal. Mais qu’on ne s’y trompe pas, la rigueur devrait être la nouvelle ligne budgétaire française pour longtemps. Il ne s’agit pas d’une conversion passagère, les Nicolas Sarkozy ou Martine Aubry seront forcés d’admettre que l’Etat français est ruiné et leur conception de l’action publique l’est avec.
La classe politique française a été shootée à la dépense depuis 1974, la hausse du pétrole, la fin des Trente Glorieuses et le début de la montée du chômage. Elle doit révolutionner sa conception de l’Etat et donc de la politique. Il y aura ceux qui refuseront (les extrêmes gauche et droite), ceux qui s’y soumettront de mauvaise grâce et trichant dès que possible (probablement Sarkozy et Aubry) et ceux qui essaieront de réinventer un Etat rigoureux, complètement neuf, plus modeste, ouvert à d’autres formes d’action politique de la société civile. Le vrai clivage de 2012 est entre ces trois voies.
Eric Le Boucher
Mis à jour le 24/08/2011 à 16h33


















































Puis viendra le temps de la résignation, la capitulation face aux marchés qui passera par: Mutualisation des dettes européennes, rachat de la dette par la BCE pourvue de nouveaux statuts et inflation à 2 chiffres.
Nous ne serons plus soumis à la pression de nos créanciers ni des agences de notation (chouette ! diront les hurluberlus) mais devrons souffrir de cette inflation synonyme de diminution du pouvoir d’achat pendant 10 ans (ce que se gardent bien de dire les hurluberlus).
Sauf à voir une croissance mondiale (une manne moderne) apparaitre soudainement, c’est le scénario le moins pire.
On se retrouve comme en face d’un maître chanteur. Et, comme en face d’un maître chanteur, la responsabilité de la crise vient de sa propre vulnérabilité.
Alors nos politiques agissent pour garder le AAA. Mais s’ils avaient été plus prévoyants, il se ficheraient du AAA.
Ils ont causé eux-même leur vulnérabilité (notre vulnérabilité). Il est facile ensuite de demander une « union nationale » pour sortir de la crise. La crise n’est sans doute pas arrivée « comme ça ». Il serait intéressant de se poser la question de savoir quels en sont les vrais responsables : les personnes physiques qui ont agit pour amener la crise, pas « les marchés » qui est une manière de virtualiser la responsabilité de cette crise… Mais… cette crise n’est-elle pas virtuelle au niveau des gouvernements ? Seuls ceux qui travaillent la subissent finalement.
Il suffit de désinventer l'État qui s'est mis en place depuis 1974, et de revenir à ce qu'il y avait avant :
Quand les services publics appartenaient à l'État, quand le pouvoir régalien de création monétaire n'avait pas été privatisé au profit des banques, quand le commerce extérieur était subordonné à l'intérêt national, quand les riches payaient des impôts, quand on construisait les logements nécessaires pour accueillir les nouvelles générations sans aucune pitié pour les rentiers qui réclamaient à cor et à cri des restrictions susceptibles de créer la pénurie, quand le pillage, le népotisme et la corruption étaient punis de peines de prison, quand il n'y avait pas de numerus clausus sur les médecins, pas de contrôle technique pour empêcher les plus pauvres de s'acheter des voitures et de trouver du travail, pas de restriction au stationnement ni à l'accès aux villes pour empêcher les fils du peuple de venir disputer les emplois aux fils de la bourgeoisie...
Quand l'État était au service du peuple et pas de la bourgeoisie, des travailleurs et pas des rentiers, des entrepreneurs et pas des financiers, des promoteurs et pas des propriétaires, des malades et pas des médecins, des chômeurs et pas des esclavagistes, etc !
Et alors on retrouvera l'emploi, la croissance, les excédents commerciaux, les excédents budgétaires, l'indépendance nationale, l'espoir et l'avenir.
C'est tout simple : il suffit de tirer le bilan de la politique menée jusqu'en 1974(plutôt même 1973, à cause de la loi Giscard) et de celle qui a été menée depuis.
Il n'y a aucun risque de se tromper (sans le faire exprès)
« Eh bien voilà, nous avons battu les Allemands ; nous avons écrasé Vichy ; nous avons empêché les communistes de prendre le pouvoir et l’O.A.S. de détruire la République. Nous n’avons pas pu apprendre à la bourgeoisie le sens national. » disait de Gaulle à la fin de sa vie.
Il est probablement impossible d'apprendre le sens national à la bourgeoisie, puisque même le plus grand homme d'État français du siècle dernier n'y est pas parvenu. Et alors ? En quoi est-ce une raison pour sacrifier la nation à la bourgeoisie ?
Il faut avoir le courage d'affronter encore et toujours la bourgeoisie, ennemie de la France.
Je connais une situation similaire quoiqu'à plus petite échelle où la question qui finit par prédominer est : comment les élites qui nous dirigent peuvent-elles arriver à tant d'attentisme et d'aveuglement ? (la situation similaire est celle d'une société de VAD du Nord bien connue des français dans laquelle les dirigeants successifs ont mis plus de 10 ans et la société au bord de la faillite avant de comprendre que les vieilles recettes ne marchaient plus). Pour peu qu'on s'intéresse à l'actualité économique, pour peu que l'on comprenne que l'endettement français était une hérésie depuis bien longtemps, les choix de nos gouvernements successifs (à l'exception peut-être de celui de Jospin) peuvent apparaître comme complètement inconscients et irresponsables, voire (et c'est même sûr), comme totalement lâches (pour de basses raisons électorales). Mais après tout qu'importe, ce ne sont pas ceux qui nous dirigent (de droite comme de gauche) qui paieront les pots cassés, mais bien les français, les plus démunis en premier, et les autres ensuite, avec en prime, un irrépressible sentiment de chute et de décadence. Bravo la France !
Que nos politicards, tous bords confondus, donnent l'exemple en limitant ce qu'ils touchent de l'état, nos impôts, à 10 fois le smic.
Mais ça, ce n'est pas demain la veille. Pourtant si quequ'un pouvait chiffrer cette mesure on serait sûrement frappés par les sommes concernées.
2) une hausse des prélèvements obligatoires, le contraire de la ligne toujours défendue par le président."
Cette idée qu'il y aurait une hausse brutale et récente de la pression fiscale, déterminée par la crise et liée à l'antienne sarkozyenne qui voudrait qu'il serait hors de question d'une "augmentation générale des impôts", est totalement fausse et relève de la communication politique et de l'absence ( au mieux) d'esprit critique de la part des journalistes.
En effet, jamais en 4 ans (donc avant même la crise dont on ne se préoccupe vraiment que cette année) il n'a été créé autant d'impôts et taxes nouvelles catégorielles ou été opéré des refiscalisations ciblées dont, certes, l'effet n'a pas été d'augmenter "généralement" les impôts, mais a objectivement augmenté la pression fiscale.
Par exemple, rien que le domaine de la Justice vient de voir, sur les deux dernières années :
* le passage de la TVA sur l'aide juridictionnelle de 5,5 à 19,6 % * le timbre de plaidoirie payé par le bénéficiaire de l'AJ, comme une sorte de ticket modérateur * une taxe de 35 € pour financer la garde à vue * une taxe de 150 € pour financer la suppression des avoués...
Ceci dans une absence quasi totale d'esprit critique de la presse, laquelle continue de véhiculer l'idée populaire que, grosso modo, la droite n'augmente pas les impôts au rebours de la gauche, alors que c'est aujourd'hui objectivement faux et que la gestion des collectivités locales par la gauche n'est pas catastrophique de ce point de vue (d'autant qu'il leur faut palier le désengagement de l'Etat qui, par ailleurs, procède à des transferts "sauvages" de compétences sans transférer les ressources correspondantes).
Je pourrais m'en satisfaire n'étant pas de gauche, mais je n'aime pas la malhonnêteté intellectuelle et me refuse à toute idée de "bonnet blanc..." : seuls les actes comptent à condition qu'on les rapporte loyalement.
Il y a les fous, les menteurs et les "gentils" (mais d'ailleurs..... vous avez des noms à nous proposer?)
Enfin c'est formidable la démocratie occidentale moderne.... votez pour LE (ou LA) bon(ne) candidat(e) sinon les agenses de notations vont nous manger. Pas forcément tout de suite, mais les tricheurs ne sauraient faire illusion bien longtemps....
Comme je l'ai déjà lu dans un commentaire d'article je ne sais plus ou.... on n'a pas voté pour les agences de notatoins!!!
Dan92