France

Les succès extérieurs ne sauveront pas le soldat Sarkozy

Jean-Marie Colombani, mis à jour le 26.08.2011 à 14 h 55

La chute de Kadhafi et le sauvetage de l'euro zone n'effacent pas l'absence de résultats en matière de sécurité et surtout l'échec du «travailler plus pour gagner plus».

Nicolas Sarkzoy sur le pont du porte-avions Charles de Gaulle REUTERS

Nicolas Sarkzoy sur le pont du porte-avions Charles de Gaulle REUTERS

En dépit de la succession et de l’importance des événements des dernières semaines –du retour de la crise financière internationale à la levée des charges contre DSK, en passant par la chute du régime de Kadhafi– rien n’a fondamentalement changé sur la scène politique française en général, et dans la situation de Nicolas Sarkozy en particulier. Le rapport des forces, à maintenant 8 mois de l’échéance présidentielle, reste favorable à la gauche. Une nette majorité de Français aspire à l’alternance, tout au moins le dit et le répète dans les sondages.

Quant au président, l’amorce de reconquête qu’il avait enregistrée ne s’est pas confirmée. Deux Français sur trois continuent de manifester de la défiance à son endroit. L’équation reste donc la même: à ce stade Nicolas Sarkozy est battu, mais la gauche peut perdre. Il est vrai que subsiste une inconnue majeure: qui sera désigné à gauche pour l’affronter? Tant que la perspective d’alternance ne s’incarne pas, il est vain de tirer des plans sur la comète.

Pourtant, un constat s’impose concernant Nicolas Sarkozy: la scène internationale lui va bien. Il est à son avantage dans la gestion des crises, et, à ce stade, en général plutôt efficace. Ce qui ne veut pas dire qu’il puisse en tirer un profit électoral, mais au moins pourra-t-il mettre en avant cet argument avec suffisamment de crédibilité pour se poser face à ses adversaires en président capable de préserver l'essentiel en période de crise politique et économique internationale.

Un président à réaction

La Libye illustre cette capacité de réaction: Nicolas Sarkozy a constamment eu sur ce dossier un temps d’avance. Dans la prise de conscience de l’urgence qu’il y avait à intervenir (aidé en cela par Bernard Henri Lévy); puis dans la manoeuvre diplomatique parfaitement réussie à l’ONU, qui a pris la forme de la résolution 1973. Il a poursuivi avec la reconnaissance d’un gouvernement de transition, dont peu de chancelleries connaissaient l’existence; enfin, par le sort des armes qui lui a finalement été favorable après cinq mois de bombardements et des accusations et des craintes répétées d'enlisement.

Avec, au passage, cette leçon de choses induite par la mouvement de recul américain et la doctrine Obama dite du «leadership from behind»: une coopération franco britannique étroite sera nécessairement le cœur de la future défense européenne. On peut même ajouter que Nicolas Sarkozy a engrangé le bénéfice du retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’Otan, cette dernière organisation, sous l’influence du «moteur» franco britannique, ayant été utilisée pour la première fois de son histoire et avec une réelle réticence interne pour mettre fin à une guerre civile.

Sous réserve que les insurgés sachent maîtriser leur victoire afin que celle-ci ne se transforme pas en une revanche sanglante, ce succès mérite d’être salué. Et, sur le plan politique, il porte une leçon: celle de la rapidité de retournement dont est capable le président. Il y a seulement quelques mois en effet, ce dernier s’était lourdement trompé passant à côté des révolutions tunisienne et égyptienne. Non sans avoir auparavant reçu et encensé Kadhafi à Paris. Qui ne se souvient de la tente du dictateur libyen dressée dans la cour de l’hôtel Marigny! Une telle mobilité de la part de Nicolas Sarkozy doit inviter ses adversaires en France à la prudence.

Le fédéralisme européen en marche

Autre terrain: celui de la gestion de la crise financière et économique internationale. Celle-ci n’est pas terminée, loin s’en faut. Mais pour ce qui nous concerne au plus près, savoir le sort de l’euro zone, et même si Jacques Delors fait la moue, Nicolas Sarkozy réussit, à chaque épisode, à élaborer avec Angela Merkel un compromis jusqu’alors inenvisageable et qui a le mérite de ramener petit à petit l’Allemagne vers un minimum de solidarité européenne. Bien sûr, il y a toujours un temps retard dommageable entre les marchés, la spéculation et la réaction politique. Bien sûr, la machine allemande est lourde, profondément démocratique, et l’opinion d’outre Rhin aspire sans doute à un splendide et faussement confortable isolement.

Les perspectives restent insuffisantes? Sans doute. Mais la promesse de mise en place d’un gouvernement économique de la zone euro existe et c’est une très ancienne revendication française. Au passage, on notera cette ironie de l’Histoire, celle d’un Nicolas Sarkozy mettant progressivement ses pas dans ceux de François Mitterrand. Non seulement parce qu'à la faveur de la crise il devient de plus en plus européen, mais aussi parce qu’il en vient à ébaucher l’idée d’une Europe puissante et fortement intégrée, donc, à terme, avec davantage de fédéralisme, constituée notamment autour du noyau franco allemand. Pour les autres membres de l’Union plus éloignés, l’ensemble prendrait les contours d’une confédération, telle que François Mitterrand l’avait évoquée à Prague alors que l’Union était au seuil de l’élargissement.

Le «hic», pour Nicolas Sarkozy, est que, comme partout ailleurs, c’est la scène intérieure qui commande avec, en France, un chômage de masse, son cortège d’inégalités auquel Nicolas Sarkozy a tant contribué sur fond de malaise et d’angoisse aggravés de la classe moyenne, tous éléments qui seront déterminants du vote avec, en prime, si l’on ose dire, les effets de trouble, et peut-être davantage, induits par la crise elle-même.

Avec, pour Nicolas Sarkozy, un double handicap, qui parait à ce stade on ne peut plus difficile à surmonter. Le premier appartient à son camp, la droite, qui gouverne depuis 10 ans. C’est un temps raisonnable pour souhaiter l’alternance. Avec un élément qui lui est propre l’absence de résultats, du moins est-ce le sentiment de l’opinion sur les deux terrains qu’il avait choisis en 2007: le fameux «travailler plus pour gagner plus» et bien sûr la sécurité sur laquelle Nicolas Sarkozy paye au prix fort l’abandon de police de proximité, entre autres…

Jean-Marie Colombani

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