«Profilage», dernier exemple raté de série française copiée sur les Etats-Unis

Pierre Langlais, mis à jour le 23.04.2009 à 18 h 23

Les séries françaises ne marchent pas? Qu'à cela ne tienne, certaines d'entre elles pillent allégrement leurs cousines américaines, reines de l'audimat... et s'enfoncent un peu plus.

«Profilage», dont le premier épisode est prévu sur TF1 ce jeudi, est une série française. Pour ceux qui auraient des doutes, la production a bien fait les choses: commissariat avec vue sur Notre-Dame, meurtre sur les quais de Seine, longs traveling dans les rues de la capitale, etc. Pourtant, Chloé, Matthieu, Fred et Hyppolite, héros aux noms bien de chez nous, se parfument à la série américaine. Le concept de «Profilage», une histoire de criminologue excentrique, est symptomatique d'une fâcheuse tendance des séries hexagonales à loucher vers leurs cousines américaines; un strabisme qui s'accentue chaque fois que les Experts, FBI : Portés disparus ou House cassent la baraque en prime time, se payant des pointes à plus de dix millions de téléspectateurs. Peinant à dépasser la barre des cinq millions, nos productions maisons - à l'exception de quelques produits locaux type «Joséphine, ange gardien» - voudraient être aussi grosses que le bœuf. Plutôt que de se demander ce qui cloche chez nous, elles vont chercher outre-Atlantique les ingrédients du succès. Résultat: une soupe indigeste, et des échecs à répétition.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que Profilage s'inscrit pleinement dans une tendance forte aux Etats-Unis, celle des flics excentriques et surdoués, dans le sillon de «The Mentalist» (sur TPS Star) et «Life» (sur TF1). Problème: elle singe les effets les moins concluants du genre, comme ces flashbacks baveux censés traduire les réflexions de la profileuse. Malgré ses efforts et les performances honnêtes de ses comédiens, «Profilage» suit donc le mouvement sans autre ambition que de livrer une version maison de ce que les Américains feront forcément mieux. Diffusé l'an passé sur M6, le polar «Cellule Identité» se donnait des airs de «Bones» et ponctuait ses épisodes de séquences musicales pop, une des figures de style favorites des séries américaines. Après des débuts honnêtes à quatre millions de téléspectateurs, la série finira sous la barre des trois ...

Dernier plantage du moment, «Paris 16e». Annoncé comme le «nouveau Plus Belle la Vie», le soap d'M6 s'est rapidement révélé être une tentative de décalcomanie de «Gossip Girl». Le XVIe arrondissement parisien a remplacé l'Upper East Side new-yorkais, mais les jolies filles sont toujours là, tout comme les ragots et les coups bas. Pour plaire au plus grand nombre, on a ajouté des ingrédients de «Plus Belle la Vie» - des méchants grimaçants, des histoires de famille, etc. Résultat: un bide (à peine 500.000 téléspectateurs en moyenne, soit un quart des audiences de «Grey's Anatomy» à la même heure sur TF1).

Les tentatives d'adaptation de concepts américains sont-elles condamnées a priori ? La télévision française ne fonctionne pas comme la télévision américaine. Nos méthodes, nos budgets, notre savoir-faire en matière de séries ne sont pas comparables à ceux de machines comme le sont les «networks» d'outre-Atlantique. Dans la production des Experts ou de House, ce sont les scénaristes qui font la loi. Organisés en groupes d'écriture, ils possèdent une latitude que les chaînes françaises (à l'exception notable de Canal + et Arte) ne semblent pas prêtes à accorder aux auteurs hexagonaux. Frileuses à valider des projets inédits, souvent risqués, elles s'inspirent donc d'une production qu'elles n'ont pas les moyens d'égaler - un épisode d'une série française coûte en moyenne un million d'euros, soit au moins cinq fois moins qu'un volet d'une série américaine.

Comble de cette manie de l'adaptation, la copie pure et dure. Au lancement de R.I.S, en janvier 2006, TF1 explique qu'il s'agit d'une reprise d'un concept éponyme italien... clairement lui-même sous l'influence des Experts. Malgré de bonnes audiences, on doute de l'intérêt du projet, copier-coller studieux de la franchise américaine. TF1 remet ça cinq mois plus tard avec Section de recherches, qui cette fois-ci pille FBI: Portés disparus, gros succès de... France 2. Là encore, le public suit, sans toutefois que la «création maison» ne dépasse son modèle, FBI gardant 500.000 aficionados de plus en moyenne. Sûr de son fait, la chaîne tente alors de surfer sur le succès des séries médicales, et lance en septembre 2007 L'Hôpital. Mêmes histoires, mêmes personnages, même voix-off, ce vulgaire plagiat de Grey's Anatomy passe sous la barre des 4 millions de téléspectateurs et décroche un Gérard (les 7 d'Or du pire) de la «série policière française qui veut faire States au départ mais qui fait française à l'arrivée.» Ce bide n'a pas suffi à freiner cette vague de pompages. Adresse Inconnue, sur France 3, a elle aussi repris l'an passé le concept de FBI : Portés disparus et, comble du vide scénaristique, Paris enquêtes criminelles, sur TF1, transpose telles quelles les histoires de la franchise Law & Order (New York District et ses déclinaisons) en région parisienne.

Niveau zéro de l'originalité, ces séries s'acharnent à transporter chez nous un univers typiquement américain, les codes et les fantasmes qui vont avec. Elles traduisent de manière criante un complexe d'infériorité de nos séries envers leurs concurrentes américaines. Non seulement ces programmes empêchent des idées plus originales de trouver leur place, mais elles polluent durablement notre vision de la fiction française. En effet, face à la domination artistique et commerciale des productions hollywoodiennes, à chaque nouveauté hexagonale, on se tourne vers l'ouest. Même les concepts 100% français ne résistent pas à la tentation comparatiste. Dernier exemple en date, Braquo, projet d'Olivier Marchal prévu à l'automne sur Canal +, qualifié de « The Shield à la française » avant même qu'on est pu en voir une seule image...

Pierre Langlais

Image de Une: «Profilage» © TF1/Julien Cauvin / Laurent Denis

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