Jiří Paroubek, l’homme dans l’ombre

Arte, mis à jour le 11.05.2009 à 15 h 28

Chroniques praguoises

Depuis le 1er janvier 2009 et jusqu'au 30 juin, la présidence de l'Union européenne est assurée par la République Tchèque. Elle succède à la France et précède la Suède. A cette occasion, Slate.fr publie les Chroniques Praguoises diffusées sur Arte.fr, sur la vie politique et culturelle en République Tchèque.

Pour ceux qui n'auraient pas suivi le feuilleton des dernières semaines: à la suite de la chute du gouvernement tchèque de Mirek Topolánek, un autre gouvernement «technique» a pris les rênes du pays jusqu'à l'été, afin d'assurer tant bien que mal la présidence tchèque de l'Union européenne. L'homme qui a eu l'idée de ce compromis est le même qui a fait chuter le gouvernement Topolánek: Jiří Paroubek, le chef du parti social-démocrate tchèque (ČSSD). Et il ne s'agit pas d'un inconnu: en effet, M. Paroubek était lui-même à la tête du gouvernement en 2006-2007. Une période assez mouvementée...

Cette apparition en publique est typique de la méthode «Paroubek». Il commence par accuser ses ennemis politiques: «Je dis à tous ces gens comme Monsieur Topolánek qu'ils arrêtent leurs conspirations contre l'élite du parti social-démocrate.» Nombreuses sont donc les forces du mal à combattre: «Tous ces journaux comme Lidové Noviny et Mladá Fronta [deux quotidiens de centre droite, NDLR], qui nous bombardent de déchets, ne me touchent pas. Ce sont tous des réactionnaires qui veulent permettre à Václav Klaus de continuer à siéger au château de Prague.» Mais que veut donc Jiří Paroubek? «Nous voulons servir ce pays.» Comment faire? «Peu importe les moyens... Même si des petits bonhommes verts venant de Mars tombaient ici, nous gouvernerions avec eux, pour sauver cette terre, notre pays.»

Malgré la virulence et, parfois, le manque total de sens de ses propos, Jiří Paroubek est l'actuel homme fort du Parti social-démocrate tchèque, le principal parti de l'opposition qui a fait chuter le gouvernement tchèque en pleine présidence de l'UE. Après que le parti eut été administré au cours des années 90 par Miloš Zeman et Vladimir Špidla (qui intégra en 2004 la Commission européenne comme commissaire à l'Emploi, aux Affaires sociales et à l'Égalité des chances), Paroubek fut élu à sa tête en 2006 et gouverna le pays jusqu'à sa défaite électorale en 2007. Ses mois au pouvoir furent marqués par une polémique après l'autre : après avoir dénoncé «le manque d'objectivité des médias de droite», il a dû admettre que son propre parti avait tenté d'influencer de nombreuses émissions à la télévision publique ČT1. Au point qu'une des présentatrices vedettes de la chaîne le compara à «un dictateur de la carrure de Mussolini.» Une réputation qui ne s'améliora pas lorsque l'on découvrit le passé de militant communiste de Jiří Paroubek et un texte de 1976, où il fait l'éloge de «la juste liquidation de la bourgeoisie républicaine par les instances légitimes du Parti en 1948.»

Mais toutes ces révélations ne changent rien à l'ambition du leader social-démocrate. Tout au contraire : il est déterminé à redevenir Premier ministre, «s'il le faut, en concluant un pacte avec les communistes.» Pourquoi? Parce que Jiří Paroubek pense qu'il est le seul à pouvoir sauver un pays en pleine dérive. «Prague n'a jamais connu un telle émulation que sous mon gouvernement... Bon, peut-être sous Charles IV au XIVe siècle», affirma-t-il dans l'hebdomadaire Respekt en 2006. Répondons à M. Paroubek par la seule autorité qu'il accepte: la sienne. Ainsi, lança-t-il dans une interview la même année: «Je pense que je devrai apprendre à être un peu plus modeste...»

Alexander Knetig

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