Idéologie: la mauvaise radicalité du PS
L'université d'été du Parti socialiste se tient à La Rochelle du 26 au 28 août, l'occasion de s'interroger sur l'idéologie que porte aujourd'hui ce parti. Une dénonciation du capitalisme sur lequel il n'a pas de prise et l'utopie d'un rapport de force international plus favorable aux travailleurs.
- François Hollande, Laurent Fabius, Ségolène Royal et Martine Aubry à La Rochelle en 2010 Stephane Mahe / Reuters -
Henri Weber, politique intellectuel ou intellectuel politique je ne sais trop, en tout cas député européen PS, garde de son long passé trotskiste l’ambition de comprendre «en grand» le sort fait aux hommes. Il le fait avec un réalisme croissant. Voilà le premier intérêt de son dernier livre (La Nouvelle Frontière). Il représente une vision du monde «construite». Il en est un second. Henri Weber est proche de Laurent Fabius lequel soutient, épaule, pousse Martine Aubry: voilà l’un des meilleurs textes pour comprendre l’arrière plan idéologique du programme de la première secrétaire du PS.
Le point de départ est large et clair. La social-démocratie, écrit Weber, est devant une nécessaire «refondation», la troisième de son histoire après celle des années 1920-30 qui l’a vue abandonner la «révolution violente» aux communistes et celle des années 1950-60 qui l’a vue rompre avec les objectifs marxistes de direction de l’économie par l’Etat pour adopter, à Bad Godesberg, l’économie sociale de marché. Cette troisième refondation est rendue urgente par la transformation du capitalisme devenu mondialisé.
Henri Weber détaille ces mutations avec netteté. Il en liste les conséquences: l’individualisme et ses effets ravageurs sur le civisme, la civilité et la citoyenneté; le vieillissement; la crise de l’Etat providence et la nécessité d’individualiser les services publics; la glissade des médias dans le «compassionnel» et la starification du système politique. Autant d’évolutions radicales qui engendrent «une démocratie passive très différente de la société mobilisée dont la social-démocratie a besoin pour atteindre ses objectifs».
On avouera que le bilan est terrible: ce sont bien les fondements de la social-démocratie qui sont sapés, mis à terre, réduits en gravas. On partage ces raisons qui imposent la «refondation».
A partir de là, on s’attend à des réformes à la mesure de cet effondrement, à de sacrées remises en cause.
Lesquelles? Henri Weber explore les «nouvelles voies», essayées ailleurs : le Blairisme et le modèle scandinave. Le premier, le social-libéralisme, impose de «lâcher la bride aux entrepreneurs». Weber prend ses distances en énumérant les divergences entre le New Labour et le PS français: une vision française «plus défiante» du capitalisme et des marchés, une défense des aides sociales de l’Etat providence traditionnel, un engagement envers l’Europe et une distance avec l’ami américain.
Le second modèle, la Scandinavie, fait l’objet de louanges marquées mais est qualifié de «non transposable». «L’exemple suédois montre qu’on peut s’adapter à la mondialisation, la financiarisation, la nouvelle division internationale du travail, sans se résigner au retour du chômage de masse et de la précarité, sans réduire le pouvoir d’achat des salariés (…) sans démanteler non plus l’administration publique (…) sans altérer ce qui fait l’essence de la social-démocratie: assurer l’indépendance des travailleurs à l’égard du marché».
Cette phrase, au passage, règle son compte à Jean-Luc Mélenchon et à la gauche de la gauche laquelle condamne tout espoir de réformisme de la social-démocratie et en appelle au radicalisme. Cette partie du livre qui démolit implacablement les thèses de ses anciens amis, n’est pas la moins bien faite.
Tout çà pour en arriver à la voie française qualifiée de «réformisme radical» et qui est vantée. Le bilan des années Jospin – croissance, emploi, comptes publics bien tenus - est : «un compromis social défensif à la française par temps de forte crise». Le Projet socialiste pour 2012-2017 s’inscrit dans cette même ligne, explique l’auteur.
Nous sommes au cœur de la thèse et au fond de la pensée stratégique du PS de Martine Aubry : au point de vue national, le socialisme français est sur de bonnes pistes d’un «l’Etat providence défensif» mais elles ne tiennent que si elles sont partagées à l’échelle européenne voire mondiale. Voilà le pari: ne changeons rien, ou pas grand chose, mais faisons venir les autres sur notre ligne de critique radicale du capitalisme mondialisé.
Weber donne les quatre piliers de sa refondation d’«une mondialisation humaniste».
- Il faut redéfinir l’internationalisme des débuts car les solutions ne sont plus nationales. «Les partis socialistes doivent élaborer une stratégie coopérative à l’échelle européenne et internationale. C’est le premier enjeu et sans doute le principal».
- Il faut inventer «l’éco-socialisme» qui, au delà de la question de l’environnement, vise à promouvoir une « société du bien-vivre où chaque individu pourrait accomplir les potentialités dont il est porteur ».
- Il faut un nouveau militantisme, l’ancien celui des «grands récits» étant relégué dans les oubliettes de l’histoire et dépassé dans des sociétés individualistes.
- Il faut de nouvelles alliances, la base traditionnelle du parti social-démocrate, le salariat, ayant «éclaté» avec la mondialisation et la fragmentation des productions.
Mais à l’examen concret des propositions, la nouvelle social-démocratie wébérienne se résume à un peu de protectionnisme (remplacer le libre échange par un «juste échange» très vaguement défini), des nouvelles régulations de la finance, une Europe réorientée vers plus de coopération et une gouvernance mondiale refaite.
On reste sur sa faim. Est-ce donc tout? Toute cette dénonciation radicale des fondements de la social-démocratie pour en arriver à la relance du couple franco-allemand, à un «bien vivre» plan-plan et à l’interdiction faite les agences de notations de noter les dettes d’Etats ?
Plus avant, c’est la stratégie qui paraît vaine et fondamentalement erronée. Vaine car mettre tous ses espoirs dans le nouvel internationalisme est d’abord utopique: il faudra attendre que les 27 pays européens votent tous social-démocrate pour que l’Union avance sur les pistes tracées par Henri Weber protectionnistes et régulationnistes. Le moindre gouvernement de droite réticent dans un seul des pays membres peut bloquer le processus. En outre, même si le PS le nie, cette voie n’est pas très différente de celle tentée par Nicolas Sarkozy: il a subi constamment des revers, à commencer par les rebuffades coupables d’Angela Merkel.
Vaine
donc et erronée. Les expériences scandinaves, dit Weber, ne sont
«pas transposables». Et pourquoi? On aurait aimé une
démonstration. Je pense personnellement l’inverse: ces modèles sont
transposables dans leurs mesures et surtout dans leur esprit. En clair, la refondation possible et nécessaire passe d’abord par l’échelle nationale et non
pas internationale. Mais encore faudrait-il avoir porté la critique sur les
années Jospin et sur cet
«Etat défensif», qui n’est par parenthèses pas bien loin de l’Etat
«protecteur» que va nous proposer Nicolas Sarkozy pour 2012.
La lecture d’un autre livre de cette rentrée en apporte la preuve par neuf. On
conseille à Henri Weber de lire «Repenser l’Etat, pour une
sociale-démocratie de l’innovation» de deux économistes Philippe Aghion
et Alexandra Roulet (sortie le 15 septembre au Seuil).
Le point de départ est le même: les bouleversements du capitalisme mondialisé, le besoin d’Etat après l’échec de l’ultralibéralisme, les insuffisances de Tony Blair. Mais les solutions sont radicalement différentes.
Pour Philippe Aghion, «la mondialisation sonne le glas du modèle économique des Trente glorieuses, affirme le rôle de la puissance publique mais en la réinventant». Il propose «un Etat qui mise sur l’innovation (…) investisseur, assureur, garant du contrat social et impartial». L’Etat d’Aghion est le contraire de l’Etat défensif de Weber et d’Aubry, il n’est qu’«offensif».
-Il doit promouvoir les idées: miser du l’école, les start-up, l’immigration choisie.
- Il est assureur des nouveaux risques : ceux du travail par l’employabilité, ceux de la conjoncture cyclique en prévoyant de ne pas sacrifier les investissements publics dans la recherche
- il met en place une réforme fiscale à la suédoise progressif qui encourage l’innovation
- il prévoit en tous lieux de pouvoir public, une nouvelle gouvernance, débarrassée du poids des lobbies et qui accepte l’évaluation
Le PS répliquera que ces mesures sont contenues dans son Projet. Philippe Aghion participe d’ailleurs à certains travaux des socialistes. Mais l’orientation est inverse: celle du PS est d’ajouter ces propositions à l’existant de son programme, celle des économistes est de refonder complètement l’Etat sur ces bases d’innovation. D’un côté un Etat beaucoup défensif et un peu offensif, en quelque sorte un nouveau «ni-ni», de l’autre une véritable révolution de l’Etat au XXIème siècle.
La radicalité du PS porte sur la dénonciation d’un capitalisme sur lequel il n’a pas de prise. Elle repose sur l’idée traditionnelle française qu’il faut, qu’il faudrait, que la politique s’impose aux marchés et à l’économie. La radicalité des deux économistes ne part pas de l’utopie d’un rapport de force international plus favorable aux travailleurs, accepte le monde tel qu’il est, mais s’applique à une complète refondation de la politique au plan national.
Eric Le Boucher
Mis à jour le 25/08/2011 à 5h49
















































Enfin d'accord avec Éric Le Boucher sur un sujet vraiment important :
"Les expériences scandinaves, dit Weber, ne sont «pas transposables». Et pourquoi? On aurait aimé une démonstration. Je pense personnellement l’inverse: ces modèles sont transposables dans leurs mesures et surtout dans leur esprit. En clair, la refondation possible et nécessaire passe d’abord par l’échelle nationale et non pas internationale."
Cela me fait penser au fatalisme des habitants de certains pays du tiers-monde : la réussite économique occidentale ne serait pas transposable en Afrique (sous-entendu les Noirs n'auraient pas les mêmes aptitudes que les Blancs), la démocratie européenne ne serait pas transposable dans le monde arabe (toujours le même sous-entendu raciste)...
Les Chinois ont longtemps cru que la révolution industrielle n'était pas transposable chez eux, jusqu'à ce qu'ils s'aperçoivent que ni leurs yeux bridés ni leurs cheveux noirs et raides n'avaient empêché Japonais, Hong-Kongais et autres Taïwanais de transposer avec succès les recettes de la croissance.
Quand nos élites veulent nous faire croire que les recettes qui ont conduit d'autres peuples à la prospérité dans la paix et l'harmonie ne seraient pas transposables chez nous, elles trahissent leur mission.
On cherche à nous faire croire que nous valons moins, en tant qu'êtres humains et en tant que citoyens, que les Suédois ou les Finlandais. On veut nous faire croire que si nous vivons dans la misère, l'injustice, la corruption, la violence, le mensonge, c'est à cause de notre nature et qu'il n'y aurait rien à y faire.
Comme les colonisateurs (et leurs complices locaux) qui cherchaient à persuader les colonisés du caractère naturel, rationnel et inéluctable de l'ordre colonial.
Pourquoi ? Au profit de qui ?
Transposer le système implique :
VIRER 2/3 des fonctionnaires (1/3 ont été virés la dernière fois en 1996 avec 1 an de préavis) et les remplacer par des ordinateurs.
Abolir le statut de fonctionnaire sauf pour la (très) haute fonction et certains services comme la police etc... On peut très bien garder le service public et le gérer par un statut unique du travail public/privé. Education Nationale comprise.
Passer à une durée du travail en moyenne de 39 h mais en la limitant au maximum de 48h/semaine et pas plus de 3 semaines de suite avec compensations repos. Code du travail simplifié surtout pour licenciements (préavis, indemnités).
Passer à une retraite à 67 ans en partie financée par des fonds de pension sous strict contrôle. L'ancienne a toujours été à 65 et l'espérance de vie des Suédois est équivalente à la française.
Interdire la grève (licenciement immédiat) en période de non-convention. La grève doit avoir un préavis de 3 mois et n'être déclenchée que si la médiation échoue. Cette réforme existe depuis 1938 et est passée avec la social-démocratie au pouvoir.
Prélèvement à la source, taxation individuelle et non par ménage, "flat-tax" (33% pour tous) sauf pour les plus hauts revenus, peu de niches.
voilà donc quelques exemples, et j'en passe...
Si la France passait ces réformes (entre autres : hôpital, sécu, collectivités locales managés à la Scandinave etc...), elle serait rapidement excédentaire de probablement plus de 100 milliards d'euros en gardant pratiquement tous les avantages sociaux et réduisant la paperasse par 90%.
Pour cela il faut donc avoir le courage de passer sur le corps du PS et des syndicats.
Donc "ce n'est pas transposable"...
"VIRER 2/3 des fonctionnaires (1/3 ont été virés la dernière fois en 1996 avec 1 an de préavis) et les remplacer par des ordinateurs."
Ils devaient vraiment en avoir beaucoup, des fonctionnaires, puisque même après en avoir viré les 2/3 il leur en reste toujours plus, proportionnellement, que chez nous.
En tout cas les fonctionnaires pèsent plus lourd sur le PIB suédois que français : "notre fonction publique engloutit à elle seule (...) 13,3% du PIB !
Certes, contrairement à ce que martèlent les antifonctionnaires primaires, ce chiffre ne constitue pas un record du monde : le Danemark (16,9%) et la Suède (15,3%)font mieux (ou pire) encore"
http://www.capital.fr/enquetes/dossiers/fonctionnaires-pourquoi-ils-nous-coutent-de-plus-en-plus-cher-580298
"On peut très bien garder le service public et le gérer par un statut unique du travail public/privé"
Et alors ? On s'en fiche, là n'est pas là question. Ce qui compte, c'est le contenu du statut, les droits qu'il garanti et les obligations qu'il impose, pas l'étiquette "public" ou "privé" qu'on met par dessus. Si vous alignez les fonctionnaires sur ce qu'on trouve de mieux (et pas ce qu'on trouve de pire) dans le privé, ils signeront tous.
Les entreprises privées les plus sérieuses, les grandes multinationales japonaises, ont adopté après la deuxième guerre mondiale le modèle de gestion des ressources humaines de la fonction publique française (recrutement par concours, emploi garanti à vie, avancement à l'ancienneté)
Résultat : les constructeurs automobiles européens et américains, incapables de résister à la concurrence japonaise, ont supplié dés la fin des années 1980 leurs gouvernements respectifs de mettre des quotas et des taxes sur les importations de voitures japonaises.
Il fallait entendre le patron de Peugeot pleurnicher tous les soirs à la télévision sur la concurrence déloyale du Soleil Levant, lui qui n'avait jamais voulu garantir ni l'emploi à vie ni l'avancement à l'ancienneté !
"Passer à une durée du travail en moyenne de 39 h"
En moyenne, vous êtes sûr ? Pour calculer une durée moyenne du travail, il faut tenir compte des chômeurs, des "inactifs" (au moins des millions de chômeurs non indemnisés qui figurent en France dans cette catégorie) et des temps partiel.
Aucun pays n'atteint 39 heures, la durée moyenne du travail baisse depuis des décennies dans le monde entier.
Et pour calculer la meilleure durée hebdomadaire légale du travail à temps plein, il faut d'abord diviser le nombre total d'heures de travail par l'effectif de la population en âge de travailler.
"Code du travail simplifié surtout pour licenciements"
Je vous défie de trouver plus simple que le code du travail français où le licenciement, programmé dés l'embauche, est complètement automatisé : cela s'appelle un CDD.
"Passer à une retraite à 67 ans" C'est déjà fait ! C'est même la seule chose qui a été alignée sur la Suède.
Mais pourquoi ne pas parler aussi des préreretraites et des pensions d'invalidité ? Des congés sabbatiques et de la durée du congé maternité ? Des congés parentaux ?
De la prise en compte des années d'étude et de chômage (en France généralement non indemnisé) dans le calcul des pensions ?
"Interdire la grève (licenciement immédiat) en période de non-convention"
Et les patrons ont le droit de fermer les usines en période de non-convention (parfois en se sauvant avec la caisse) comme en France ?
"Prélèvement à la source, taxation individuelle et non par ménage" Oui, je suis d'accord.
"flat-tax" (33% pour tous) : j'espère que les socio-démocrates reviendront au pouvoir pour changer cela, la Suède commence à en souffrir. Ce n'est pas la flat tax qui a fait de la Suède ce qu'elle est aujourd'hui.
Pour les policiers et pas les infirmières ou les instituteurs ?
la Suède a baissé son nombre de fonctionnaires avec 38% depuis 1992. Ce qui est faisable en France. Je crois qu'il y a un malentendu sur le terme. Car fonctionnaire à la française ce n'est pas synonyme d'être simplement employé par un service public, c'est un statut qui garantit l'emploi et donne des avantages en formes de primes, retraites, mutuelles etc... Hors tout ça, ça coûte énormément et ces privilèges qui pouvaient avoir une motivation pour sécuriser l'intégrité de l'Etat il y a 120 ans, n'ont aucune raison d'être aujourd'hui. Par exemple, il n'y a aucune raison morale valable qu'un prof soit fonctionnaire. De plus il y a des pans entiers du "fonctionariat" qui sont redondants : comment expliquer 70000 administrateurs dans l'hôpital public pour 80 000 docteurs et des chiffres similaires administrateurs/policiers dans la police (Ministère de l'intérieur) ?
Par contre il est normal que des hautes fonctions régaliennes aient un statut spécial
deuxio : je vais prendre ma retraite suédoise à 66 ans. J'en ai 65. J'ai travaillé 40h/semaine pendant 30 ans, 35 ces derniers dix ans. Je suis dans la bonne moyenne de tous le Suédois, j'aurais pu la prendre avant, mais je compte bosser encore un peu. Je suis conscient que tout le monde n'est pas dans ma situation et qu'il y a des gens qui ont eu des travaux plus pénibles et doivent partir avant. Mais je refuse de croire que les Français sont plus malades que les Suédois en général.
tertio grèves ; ce système ne se trouve pas qu'en Suède mais dans d'autres pays aussi (Canada, Allemagne etc..). Le coup des patrons "qui se barrent avec la caisse" c'est du folklore et l'exception. En France des syndicats représentant 8% des salariés prennent des pans entiers de la population en otage, détruisent directement ou indirectement des moyens de production pour des raisons idéologiques et souvent quand leurs conditions de travail sont vastement meilleures que celles de leurs équivalents étrangers.
le PS est par les standards européens un parti communiste qui a passé une cravate social-démocrate. Il défend des "valeurs" obsolètes et surtout celles d'une nomenclature privilégiée. L'exemple Suédois le prouve : on peut avoir toute la "sécu", protection sociale etc... qu'on a en France et un excédent budgétaire pour investir dans l'avenir.
Ou bien défendre son système "marseillais" basé sur la triche, l'oisiveté et amenant le pays à la ruine. C'est aussi simple que ça.
« Fonctionnaire à la française ce n'est pas synonyme d'être simplement employé par un service public, c'est un statut qui garantit l'emploi »
La garantie de l’emploi est la contrepartie du recrutement par concours. Quand on veut attirer les meilleurs et les garder, on offre l’emploi à vie et on organise un concours, national et anonyme. C’est une des raisons pour lesquelles les grandes entreprises privées japonaises ont adopté le modèle de gestion des ressources humaines de la fonction publique français.
J’ajoute que revenir sur la garantie de l’emploi serait une rupture de contrat, une trahison de la parole donnée, un déplorable exemple pour les jeunes que leurs parents poussent à travailler à l’école. Le voyou fainéant qui n’a jamais voulu travailler à l’école ricanera bien quand son frère sérieux et travailleur, qui a passé les concours et intégré la fonction publique, se fera « baiser » de cette façon (passez moi l’expression)
Cela ne ferait l’affaire que des ripoux, qui veulent recruter au piston, à la tête de l’emploi ou pire encore.
Eux se fichent d’avoir les meilleurs, ils veulent des hommes de main sans scrupule qui obéiront à tous les ordres, même malhonnêtes ou illégaux. Et ils ne veulent surtout pas de la garantie de l’emploi : comment faire respecter la loi du silence si on ne peut pas virer ceux qui sont trop bavards ?
« des avantages en formes de primes, retraites, mutuelles etc »
Non, non, et non.
Non les primes ne sont pas des avantages des fonctionnaires : comme dans le privé, elles dépendent du grade et de la fonction, et comme dans le privé, beaucoup de fonctionnaires n’en touchent pas.
Non les fonctionnaires ne sont pas avantagés en terme de retraites : Si le taux est plus élevé dans le public, l’assiette est plus large dans le privé, si bien qu’au total on arrive à un taux de remplacement quasi-identique.
Et non, les mutuelles du public ne sont pas plus avantageuses que celles du privé.
D’ailleurs si vous croyez cela, rien ne vous empêche de souscrire à une mutuelle du public (eh oui, il n’est pas nécessaire d’être fonctionnaire ! Elles font même de la publicité à la radio) Mais alors, comment expliquez-vous que de nombreux fonctionnaires préfèrent cotiser à une mutuelle du privé ?
« Or tout ça, ça coûte énormément » Mais moins cher qu’en Suède quand même.
« Par exemple, il n'y a aucune raison morale valable qu'un prof soit fonctionnaire » Si, il a passé un concours extrêmement difficile. Il n’a pas été recruté au piston !
« De plus il y a des pans entiers du "fonctionariat" qui sont redondants : comment expliquer 70 000 administrateurs dans l'hôpital public pour 80 000 docteurs et des chiffres similaires administrateurs/policiers dans la police (Ministère de l'intérieur) ? »
Administrateur étant le plus haut grade de la fonction publique, celui des préfets par exemple, je suppose que vous voulez parler des administratifs, ceux que Jeremy Rifkin appelle les employés aux écritures.
Ils sont généralement débordés, en sous-effectif chronique sévère, si bien que de nombreux médecins et enseignants doivent indûment assumer des charges administratives, aux détriment de leur vrai métier.
Au moins dans le privé cela n’arrive pas, ce qui explique par exemple que les frais de gestion des assurances maladie et des établissements scolaires privés américains soient très supérieurs à ceux de leurs homologues publics français.
« Par contre il est normal que des hautes fonctions régaliennes aient un statut spécial »
Bien au contraire ! La garantie de l’emploi sert (entre autres) à protéger la base contre la corruption du sommet. Ce serait vraiment un comble qu’on la donne au sommet et pas à la base.
« Je refuse de croire que les Français sont plus malades que les Suédois en général »
Et pourtant je ne vois pas comment il pourrait en être autrement, puisque les Suédois peuvent plus facilement se loger et se soigner que les français, et que tous les chômeurs suédois ont droit à quelque chose pour vivre. Tout le monde sait que vivre dans la misère et dormir dans la rue est extrêmement nuisible pour la santé.
Remarquez, cela n’empêche pas qu’il soit plus facile d’être reconnu invalide, par exemple, en Suède qu’en France, car là bas on tient compte de la situation sur le marché du travail et du chômage des jeunes dans la politique d’attribution des pensions d’invalidité (les syndicats ont leur mot à dire !).
« Le coup des patrons "qui se barrent avec la caisse" c'est du folklore et l'exception. »
Certes, mais le coup du patron qui se permet de violer les accords qu’il a signé avec les syndicats ? Banal, celui là, même quand le patron n’est autre que l’État.
Croyez vous que les salariés suédois respecteraient leurs obligations (même en matière de grève) si leurs patrons ne respectaient pas les leurs ?
« En France des syndicats représentant 8% des salariés prennent des pans entiers de la population en otage, détruisent directement ou indirectement des moyens de production pour des raisons idéologiques »
Comme les agriculteurs qui attaquent les camions sur les routes, détruisent les marchandises, incendient les préfectures pour obtenir toujours plus de subventions de l’État ?
D'ailleurs, les agriculteurs ne sont autres qu'une variété de patrons. Les agriculteurs suédois se comportent ils de la même manière ?
Marchés publics : on externalise de nombreuses fonctions qui étaient auparavant assurées par des fonctionnaires.
Ensuite, on doit passer des marchés publics pour choisir l'entreprise privée qui sera retenue, ce qui est l'occasion de toucher de généreux dessous-de-table.
Mais bien entendu, cette possibilité de réclamer des pot-de-vin n'avait aucun rapport avec la décision initiale d'externaliser, n'est-ce-pas ?
Le résultat de l'action n'a jamais de rapport avec le mobile de l'action, c'est bien connu.
Puisqu'on vous répète à longueur de journée que l'externalisation doit permettre de réaliser des économies parce que les employés du privé n'ont pas la garantie de l'emploi, comment pouvez vous avoir l'audace de refuser d'avaler la propagande néolibérale et de soupçonner ceux qui la colportent et qui suppriment les emplois publics de n'être qu'une bande de crapules ?
Pantouflage : la privatisation de nombreux services public (transport, eau, énergie...) a fait exploser les occasions de pantouflage, et justement le pantouflage est très favorable à la corruption.
Mais bien entendu, le résultat de l'action n'a pas de rapport avec le mobile de l'action.
Tout cela, c'est la faute des fonctionnaires, surtout ceux de la base, avec leur garantie de l'emploi.
Comment osent ils encore protester contre la remise en cause du statut et la suppression des services publics ?
Pourquoi faut-il absolument confier au privé le ramassage des ordures ménagères ?
Réponse a : parce que les fonctionnaires bénéficient de la garantie de l'emploi. C'est horrible !
Réponse b : parce que si le service était assuré par des fonctionnaires, pas un centime ne tomberait dans la poche d'un patron, fut-il le frère du président du conseil général.