Le conservatisme frénétique
Il est temps de mettre fin à cette façon de faire de la politique en France. La frénésie de l'inaction ne saurait tenir lieu de bilan et encore moins de programme.
- Nicolas Sarkozy à Neuilly-sur-Seine el 16 mai 2011. REUTERS/Michel Euler/Pool -
Il n’est pas qu’en matière financière que cette présidence de la France se caractérise par une agitation extrême, suivie d’une longue période d’inaction, justifiée en permanence par la soi-disant complexité de la situation, parachevée en fin de mandat par la redécouverte des problèmes du début et par une avalanche de discours sur l’urgence de faire quelque chose.
Cette méthode, qui a l’avantage pour le politique de multiplier les occasions de faire parler de lui, de rassembler des experts, de réunir des sommets, de visiter des expériences étrangères, n’a pas été appliquée que dans la gestion de la crise financière.
On trouve le même conservatisme frénétique en matière de sécurité, de santé, de politique de l’énergie, et, plus récemment, d’enseignement primaire.
Pourtant, chacun sait, depuis bien avant le début de ce quinquennat, que l’école primaire est le point faible essentiel de notre pays. Plusieurs rapports, français et étrangers, préparés avec beaucoup de soin, ont confirmé à maintes reprises ce diagnostic, et décrit les solutions qui s’imposent: donner plus de pouvoir aux directeurs d’école sur le recrutement des maitres, adapter les programmes au public spécifique de chaque école avec un encadrement personnalisé, des maitres mieux payés et travaillant plus longtemps en classe, donnant des cours particuliers à leurs élèves en difficulté. Et pourtant, on en est encore à mettre en œuvre les réformes décidées après les émeutes de 2005 et on commence à peine à contractualiser des projets d’école, à portée plus statistique que pédagogique.
Plusieurs institutions internationales (dont l’OCDE , dans son classement quinquennal dit PISA) ont pourtant dénoncé le déclin de notre enseignement primaire, et montré que, à budget égal par élève, 17 pays font désormais mieux que le notre; elles ont expliqué que, depuis de longues années, la Finlande est un modèle d’efficacité pédagogique et sociale. Pourtant, malgré ces faits, établis depuis longtemps et sans discussion, le ministre de l’éducation nationale français a cru bon de se rendre dans ce pays en ce beau mois d’août, pour annoncer à son retour que la France allait s’inspirer de ce modèle d’enseignement dès la rentrée …2012!
A- t-il oublié que son camp est aux affaires depuis plus de dix ans? N’a-t-il lu aucun rapport, n’a-t-il été informé d’aucun des résultats des programmes expérimentaux? Ne sait-il pas que, avant la rentrée 2012, il y aura des élections présidentielles et que son rôle se réduira désormais, pour l’essentiel, à préparer le programme électoral de son candidat?
Rien n’est plus tragique que cette manière d’agir. C’est à se demander quel intérêt on peut trouver, humainement, à remplir cette belle mission de ministre, et en particulier de l’éducation nationale, si c’est pour passer son temps à retarder l’application de réformes essentielles, dont l’avenir du pays dépend, que tout le monde approuve depuis longtemps? Est ce seulement pour pouvoir se servir de telles idées pour bâtir un programme pour une campagne présidentielle?
Cela serait absurde, et d’aucune utilité. Les électeurs se souviendront en effet , (je l’espère en tout cas ), que la frénésie de l’inaction ne saurait tenir lieu de bilan, et encore moins de programme.
Que cette rentrée soit vraiment, pour cette façon de faire de la politique, la dernière.
Jacques Attali
Cet article a été également publié par L'Express
Mis à jour le 22/08/2011 à 16h14

















































Et s'il n'y avait que l'éducation...
Mais comme vous le savez, Monsieur Attali, ce sont les fruits pourris qui en tombant de l'arbre donnent les nouvelles graines et donc les nouveaux arbres.
Continuez à abuser effrontément de votre notoriété à rédiger des rapports polémiques sur ce mal National, et vous verrez qu'il finira par en sortir quelque chose.
Habituellement admiratif de votre rapport et de vos points de vue politiques courageux et positifs, je crains de ne point comprendre aujourd'hui votre jugement... Ou sont les faits et l'argumentation? Votre article ressemble trait pour trait à un commentaire, à un énoncé d'affirmations sans fondement. Je ne vois que des jugements. Ou sont vos beaux calculs, faits historiques et concordants? En quoi la visite et le rapport de Luc Chatel concernant sa visite des écoles en Finlande est-elle négative? Cela vous désole t-il qu'il ne prévoit de prendre en considération le système finlandais qu'après l'élection de 2012? Vous craignez de fausses promesses? Cela je le crains aussi mais le reste de votre discourt ne fait que nourrir les réactions extrémistes car vous ne proposez aucune solution et n'expliquez pas les causes de vos critiques.
J'ai lu l'article du Monde parut hier concernant sa visite finlandaise. Je trouve désolant que ce fier journal critique à ce point l'action du ministre francais. Cela ne tiendrait-il pas seulement de son appartenance à l'UMP? Le coeur à gauche, je me désole que pour une foi qu'un ministre de droite est un point de vue novateur sur l'éducation francaise, un journal de gauche écris un article si conservateur, voir nationaliste. La peur du changement est la cause de nos maux en matière d'éducation. Bien sure le modèle finlandais est loin d'être parfait. Les meilleurs élèves s'ennuient et la culture n'est pas la priorité du programme mais pourquoi avoir peur de dire que notre modèle est destructeur pour nombre d'élèves.
Luc Chatel n'a jamais proposé de copier à la lettre le modèle finlandais. Jusqu'à présent, j'ai toujours été contre les propositions UMP concernant l'éducation mais je vois aujourd'hui une lueur d'espoir dans l'action Chatel. Il ne souhaite réformer l'école qu'après 2012. Certe cela est bien tard.
Les journaux sont aujourd'hui de plus en plus démagogues : ils surfent sur les peurs et les croyances populaires comme le font les politiciens et jouent le jeu des grands partis. C'est ainsi que la méfiance grandis envers les journalistes qui se rapprochent de plus en plus des grands politiques. Il est désolant que cette pratique américaine devienne si forte en France. A quand les journaux neutres? J'aimerai pouvoir lire qu'un seul journal, qui ne soit ni nationaliste, ne de droite, ni de gauche. J'aimerai lire un philosophe qui proposerait plus de solutions qu'il ne critiquerait celles des autres.
Dan92
"C’est à se demander quel intérêt on peut trouver, humainement, à remplir cette belle mission de ministre, et en particulier de l’éducation nationale, si c’est pour passer son temps à retarder l’application de réformes essentielles, dont l’avenir du pays dépend, que tout le monde approuve depuis longtemps?"
Ce ne sont pas des arguments, c'est du terrorisme intellectuel !
Ce serait scandaleux de donner aux directeurs d’école un pouvoir quelconque sur le recrutement des maitres, et moi je défend mon opinion avec des arguments :
-l'instituteur doit être au service des élèves, pas du directeur, -ce serait la porte ouverte à la corruption, à la tête du client, à la carte du parti... -ce serait la fin de l'égalité de tous les citoyens devant l'accès aux charges et aux emplois publics, qui ne peut être garantie que par le concours.
Et quand celui qui a réussi un concours ne peut plus trouver de travail parce que le concours ne vaut rien, seuls comptent le fric et les relations, il ne reste plus qu'à faire comme le peuple libyen : prendre les armes et renverser la tyrannie !
"adapter les programmes au public spécifique de chaque école "
Non merci !
Cela veut dire que les enfants des familles qui déménagent en cours d'année (fonctionnaires mutés, travailleurs du privé obligés d'accepter la mobilité sous peine de perdre le droit à indemnisation du chômage, et bien sûr les gens du voyage) ne pourront jamais bénéficier d'une scolarité cohérente et structurée.
Ils verront deux fois, voire trois certains points du programme, et feront l'impasse sur d'autres. Quel gâchis !
S'il n'y a plus de programme national, peut-on encore parler d'Éducation nationale ?
Au nom de quoi le programme de l'instruction donnée aux enfants devrait-il dépendre de l'endroit où les parents peuvent se loger ?
Et les conséquences dans un pays ultra-inégalitaire comme la France, écrasé par une terrible pénurie de logements, écartelé par une ségrégation résidentielle d'une férocité qu'on ne retrouve que de l'autre côté de l'Atlantique, seraient sans commune mesure avec ce qu'on peut observer en Finlande.
Tout les enfants de France devraient suivre le même programme selon le même calendrier.
Aucun enfant ne devrait jamais être pénalisé parce que ses parents ne sont pas assez riches pour habiter dans tel ou tel quartier, ou parce qu'ils sont obligés de déménager.
Jamais !
Depuis quand les instituteurs sont ils au service des élèves? Il y a très longtemps, dans les livres de Pagnol, mais ces 40 dernière années ce n'est plus le cas.
Beaucoup de parents d'élèves pensent que depuis longtemps le ministre de l'éducation nationale est plus au service des profs que des élèves. Sinon ça ferait longtemps qu'il répartirait les compétence en fonction des besoins: Les profs les plus chevronnés dans les classes difficiles et les débutants dans les classes faciles.
"Depuis quand les programmes sont-ils identiques dans toutes les classes? Dans une même école chaque prof suit sont propre agenda dans un cadre fixé. Toutes les classes d'une même école ne font pas la table de 9 le même jour."
Je ne dit pas qu'on doit faire partout les mêmes exercices le même jour, mais un élève qui déménage en cours d'année ne devrait perdre que quelques jours de programme, pas des semaines ou des mois.
"Beaucoup de parents d'élèves pensent que depuis longtemps le ministre de l'éducation nationale est plus au service des profs que des élèves. Sinon ça ferait longtemps qu'il répartirait les compétence en fonction des besoins:Les profs les plus chevronnés dans les classes difficiles et les débutants dans les classes faciles."
C'est vrai que le ministre refuse de payer en conséquence ceux qui travaillent dans les classes les plus difficiles pour attirer les profs les plus chevronnés, d'autant que cela profiterait aux classes (sociales) les plus défavorisées, avec un grand nombre d'élèves dont les parents n'ont pas le droit de vote.
Mais ce n'est certainement pas pour faire plaisir aux professeurs comme vous le croyez ! Cela ne les arrange en rien, au contraire, et beaucoup d'enseignants débutants ne résistent pas au traumatisme de leur première affectation. Ils tombent en dépression, voire démissionnent de la fonction publique (ce qu'il ne faut jamais faire, et ils le savent) jetant leurs années d'études et de préparation des concours à la poubelle.
Si le ministre refuse de répartir les moyens en fonction des besoins, c'est parce qu'il est au service de la bourgeoisie, pas des personnels.