Monde

Israël-Palestine: les adversaires de la paix à l'oeuvre

Jacques Benillouche, mis à jour le 22.08.2011 à 12 h 05

Le Hamas et ses alliés islamistes et iraniens n'ont aucun intérêt à voir Mahmoud Abbas réussir dans son intention d'imposer de fait la création d'un Etat palestinien et une normalisation avec Israël.

Le cercueil d'une des victimes des attaques d'Eilat Baz Ratner / Reuters

Le cercueil d'une des victimes des attaques d'Eilat Baz Ratner / Reuters

Il est difficile de ne pas voir de coïncidence entre l’évolution politique récente entres Palestiniens et les Israéliens et les attentats perpétrés près d’Eilat la semaine dernière et la succession de représailles et d'attaques qui ont suivi. A plusieurs reprises dans le passé, le terrorisme s’était invité lorsqu’une ouverture politique prenait forme. Le Hamas et son allié iranien ne semblent nullement intéressés à faire la courte échelle au président Mahmoud Abbas dans son projet de déclarer unilatéralement l’indépendance de la Palestine. Les islamistes se sentiraient alors phagocytés et engagés dans une voie politique qui n’entre ni dans leur stratégie, et ni dans leur doctrine.

Le leurre de la réunification Fatah-Hamas

Le président de l’Autorité palestineinne voulait profiter de sa démarche à l’ONU, le 20 septembre, pour réussir la réunification Fatah-Hamas afin de présenter au monde occidental l’image forte d’un peuple palestinien uni. Il a sacrifié sur l’autel de cette union le meilleur premier ministre et le meilleur économiste, Salam Fayyed, que les palestiniens ont eu à ce jour. Il a éliminé l’homme de l’ordre et de la sécurité palestinienne, Mohammed Dahlan, dont l’objectif restait la reconquête de Gaza dont il fut l’homme fort et d’où il a été expulsé. Mahmoud Abbas était prêt à tous les compromis avec le Hamas pourvu que la politique et le dialogue priment sur l'affrontement.

Mais au moment où une avancée politique semblait poindre à l’horizon de l’ONU, où Benjamin Netanyahou, sous une forte pression de son allié américain, laissait filtrer discrètement d’éventuelles concessions pour relancer le processus de paix, les attaques contre des civils israéliens sur la route d’Eilat ont été déclenchées. Le gouvernement israélien les impute au Hamas car une attaque de cette envergure, perpétrée par un groupe d’une vingtaine de personnes, lourdement armés, n’a pu se faire sans l’accord des dirigeants islamistes et de leurs protecteurs iraniens.

Stratégie iranienne

L’Iran n’a jamais eu intérêt à ce que la situation s’arrange à Gaza qu’il contrôle, arme et finance. Les troubles qu’il génère lui garantissent la mainmise sur le Hamas et le Hezbollah libanais et détournent l’attention occidentale de ses projets nucléaires. Cette coïncidence entre avancée politique et attentats n'en est pas une. Les iraniens tirent toujours les ficelles pour assurer le désordre au Proche-Orient dont ils se nourrissent pour montrer que rien ne se fera sans les mollahs.

Le mouvement islamiste du Hamas vient d’annoncer le 20 août  la fin de la trêve militaire observée avec Israël depuis l'offensive de Tsahal de 2009: «La trêve avec l'ennemi n'existe plus». Cette trêve avait eu pour conséquence d’alléger le blocus de la bande de Gaza par les israéliens et la réouverture du terminal de Rafah qui a été décidée avec l’accord d’Israël.  Les habitants du sud d’Israël avaient bénéficié d’un calme de plusieurs années, aujourd’hui rompu.

L’Iran, par ailleurs, n’avait pas apprécié que les nouveaux dirigeants égyptiens annoncent à plusieurs reprises qu’ils ne mettraient pas en cause les accords de paix de Camp David signé en 1978 et qu’ils maintiendraient les relations pacifiques avec l’Etat juif. Une partie de l’opposition égyptienne avait réclamé le rétablissement de relations normales avec l’Iran qui avaient souffert de l’ère Moubarak. L’Iran devait donc briser les liens entre Israël et l’Egypte et il semble y avoir réussi.

Brouille égyptienne

L’attentat d’Eilat a installé en effet un climat de défiance puisque l'Egypte a décidé, ce 20 août, de rappeler son ambassadeur en Israël pour protester contre la mort de cinq de ses policiers à la frontière. Les terroristes avaient utilisé des uniformes de l’armée égyptienne et lors de la réaction de Tsahal, des vrais policiers ont été pris dans la tourmente et le feu des militaires. L’armée israélienne avait pris en chasse le groupe d’assaillants venu d’Egypte dans une sorte de droit de poursuite.

Le gouvernement égyptien «a décidé de rappeler son ambassadeur en Israël jusqu'à la présentation d'excuses officielles israéliennes», selon l'agence égyptienne MENA. En se fondant sur l’affaire des flottilles de Gaza et sur le contentieux avec la Turquie, il est peu probable que les israéliens s’empressent de s’excuser pour des faits dont ils ne s’estiment pas être à l’origine et être les victimes. Une rupture des relations n’arrangerait pas Israël qui verrait ainsi s’ouvrir  un nouveau front au sud et qui donnerait de l’eau au moulin de ceux qui ont toujours prétendu que le maintien des terres conquises restait la base de la sécurité du pays. L’éventuelle évacuation d’une partie  de la Cisjordanie est ainsi remise aux calendes grecques.

Nous entrons donc sans doute dans une ère, d’attentats et représailles, qui attisera la haine et consolidera les thèses extrémistes dans les deux camps. Les forces israéliennes appuyées par des hélicoptères équipés de fusées éclairantes ont ratissé les 70 kilomètres de frontière vers le sud de la bande de Gaza, le long de la frontière égyptienne du Sinaï pour débusquer les terroristes. L'aviation israélienne a frappé les bâtiments au sud de Gaza servant de bases d’entrainement des islamistes. Les chefs deviennent des cibles puisque les six principaux dirigeants des comités de résistance populaire, qui ont commandité l'attaque avec d'autres groupes palestiniens liés à al-Qaida, ont été éliminés. En plus de s’attaquer aux hommes, l’armée de l’air a visé les installations techniques et militaires du Hamas, les magasins d'armes et les tunnels de contrebande.

Le ministre de la Défense Ehud Barak a présidé une réunion avec les hauts responsables de l’armée israélienne et de la sécurité. Il a estimé qu’«il s’agit d’un évènement terroriste grave qui a eu lieu à différents endroits. Cela montre l’affaiblissement du contrôle de l’Égypte sur la péninsule du Sinaï et la croissance des activités terroristes. La source du terrorisme se trouve dans la bande de Gaza et nous agirons contre les terroristes avec force et détermination». Le risque d’une intervention militaire à grande échelle n’est pas exclu et elle pourrait s’étendre au sanctuaire islamiste au Sinaï. La brouille avec l’Egypte pourrait laisser les mains libres à Israël pour se débarrasser des éléments perturbateurs qui ont pris racine à leurs frontières.  

Jacques Benillouche

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Journaliste
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