Economie

Les banques françaises sont déjà dégradées

Stéphanie Villers, mis à jour le 19.08.2011 à 7 h 08

Les comptes des banques françaises regorgent d’obligations d’Etat de la zone euro. Mais ces dettes publiques longtemps considérées sans risques sont devenues des produits toxiques.

Dollar et yuan. REUTERS/Nicky Loh

Dollar et yuan. REUTERS/Nicky Loh

 Les banques françaises n’ont plus la cote. Le 10 août, l'action Société Générale perdait en une séance plus de 22% sur de folles rumeurs entraînant dans son sillage, BNP Paribas et Crédit Agricole avec une dégringolade de leurs cours respectifs de 9,5% et de 11,8%. Jeudi 18 août, la Banque Centrale américaine (la Fed) soufflait sur les braises en évoquant le manque de solidité des banques européennes. Un nouveau coup de semonce pour les valeurs bancaires françaises qui chutaient lourdement. La Société Générale abandonnait pas moins de 12,3%,le  Crédit Agricole 7,3% et BNP Paribas 6,8%.

 

Pourtant, depuis la crise des subprimes, les établissements bancaires français s’en étaient plutôt bien sortis, sans heurts et même avec les honneurs. Les résultats des stress tests, de ce début d’été, avaient fini par confirmer leur résistance à d'éventuelles crises financières. Pour autant, la méfiance a envahi les places financières. Comment expliquer cette soudaine fièvre vis-à-vis des banques françaises malgré leurs résultats florissants? Que se passe-t-il aujourd’hui dans la tête des investisseurs / spéculateurs?

Les infortunes de la vertu

En fait, les marchés doutent de la capacité de la France à conserver son triple A et s'inquiétent de la capacité des pays de l'Europe du sud à faire face à leurs obligations financières. Des rumeurs circulent sur le déclassement de la note française et les valeurs bancaires sont logiquement les premières à écoper.  Explication: Les banques françaises sont parmi les investisseurs institutionnels les plus frileux, ceux qui prennent le moins de risques et regorgent de dettes françaises et européennes dans leurs bilans.  Elles savent promouvoir pour leurs clients des produits financiers quasi «magiques», des produits actions «décorrélés» des variations de marché, c'est-à-dire des investissements capables de ne pas être emportés par des cours baissiers par exemple. Mais elles ne les utilisent surtout pas lorsqu’il s’agit de gérer leur propre argent. Compte tenu aussi des réglementations qui leur sont imposées sur le contrôle des risques (normes de fonds propres), elles optent pour des gestions très classiques et plutôt très prudentes. Elles n’investissent en moyenne pour compte propre qu’à hauteur de 5 à 6% en actions alors que les assureurs placent environ 15% de leurs actifs en actions.

C’est ainsi que les établissements financiers français ont passé la crise des subprimes sans trop d’embûches, ayant investi très peu dans ces produits toxiques. Et ce que les banques françaises perdent en rentabilité avec leurs investissements bas de laine, elles le regagnaient, et se faisaient de très belles marges, en faisant payer des commissions considérables à leurs clients. Nous. Du grand art! Elles ont ainsi placé au fil des ans essentiellement en obligations d’Etat, françaises en priorité. Plus la période était perturbée et plus elles avaient tendance à se replier sur des placements dits «sans risque», les sacro-saints bons du trésor. Plus de 70% de leurs portefeuilles sont investis en obligations, essentiellement d’Etats de la zone euro et françaises en particulier. Elles détiendraient ainsi 14% de la dette nationale. 

Ceci dit, 65% de la dette publique française est tout de même détenu par des non-résidents. Et on voit bien poindre la menace d’une dégradation de la note de la France, ce qui de facto entraînerait la vente massive des obligations françaises et affaiblirait sérieusement le bilan des banques. 

Tel est pris qui croyait prendre

Les banques françaises sont aussi très investies en Italie et en Grèce, toujours en obligations d'Etat. Elles ont déjà enregistré une décote de 21% sur une partie de leurs titres grecs, ce n'est qu'un début, et continuent de naviguer en eaux troubles en Italie. Selon les données de la BRI, le secteur bancaire français y est exposé à hauteur de 400 milliards de dollars. Une contagion de la crise de la dette à la péninsule italienne risque de sérieusement les endommager. Lors des récentes attaques en bourse, c’est aussi ce risque là qui a été mis en évidence.

Les créanciers de l’Etat français pourraient demander des comptes

Le lobby bancaire dispose d’un argument de taille pour se justifier, la réglementation impose aux institutionnels de jouer la sécurité. Qui aurait pu imaginer que les obligations d’Etat français puisse être un jour dégradées? Les banques ne seront sûrement pas les seules à appeler au secours si leur bilan se détériorait trop dangereusement. Les assureurs ne manqueront pas à l’appel. Eux aussi ont depuis toujours massivement entretenu le train de vie de l’Etat français. Ils détiennent aujourd’hui près de 20% de la dette nationale. Avec une dégradation de la note de crédit française, la perte du triple A, c’est l’ensemble de notre épargne nationale qui est en jeu. Ce qui explique l’extrême détermination de Nicolas Sarkozy à défendre envers et contre les anticipations de marchés le triple A de la France.

Stéphanie Villers

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