Je suis un enfant de la dette
Nos enfants paieront, qu'ils disaient. Pas de chance, je suis l'un d'eux.
- Euro destruction/Makusram via Flickr License by -
Je suis né en 1985 et je n'ai connu aucun budget en équilibre. La dernière fois que l'Etat français a voté et exécuté un budget équilibré remonte à 1974 et personne ne m'en avait jamais parlé avant que Standard & Poor's se charge de ma formation économique accélérée.
J'avais 7 ans quand le Traité de Maastricht a été signé en 1992, instituant des critères de convergence dont la limitation du déficit à 3% du PIB. La France ne respectera pas ses engagements en 1993, 1994, 1995, 1996, 1997, 2002, 2003, 2004, 2009, 2010 et 2011. Pour le jeune garçon que j'étais, ces 3% ne servaient de toute façon à rien. Ils étaient un peu comme les Apports journaliers recommandés sur la tranche de mon paquet de céréales. En me resservant un deuxième bol et après un bref calcul, je savais que j'allais exploser mes AJR avant la fin de la journée. Mais comme il ne se passait jamais rien une fois la barre des 2.200 calories franchies, je continuais à me resservir des Choco Pops.
Les méchants, c'était Bruxelles
Les 3% de Maastricht étaient «recommandés» à la France, mais au nom d'un certain art de vivre, je comprenais qu'il fallait parfois savoir s'affranchir des règles. Les méchants, c'était Bruxelles. Les gentils qui finissaient toujours par remporter la mise après négociation, c'était nous. La Coupe du Monde 98 et le retour de la croissance des années Jospin viendraient nous donner raison. La France keynésienne qui gagne.
Épisodiquement, des rabats-joie venus de la droite libérale rappelaient les vertus d'une stricte discipline budgétaire. Ils manquaient d'argument et resservaient à chaque fois la même antienne: «Ce sont nos enfants qui paieront». Je ne voyais pas en quoi j'étais concerné par ce «fardeau». J'avais bien conscience que Chirac n'allait pas éternellement nous sauver la mise à Bruxelles, mais on en trouverait bien un autre d'ici là. La faillite n'était pas possible, pourquoi s'encombrer du diktat bruxellois? La France n'est pas l'Argentine, c'était du bon sens. Au pire, on ferait des gosses pour se débarrasser de la dette.
DSK fait tourner le Béluga
J'étais par contre sensible à un argument, celui de la «réduction des déficits». Ils ne servait à rien de faire du catastrophisme et d'annoncer la fin du calendrier Maya de la dette française. Par contre, dépenser moins les bonnes années pour réduire cette masse informe qu'on appelait le déficit et qu'on nous décrivait comme «abyssal», pourquoi pas. Je ne voyais pas pourquoi quiconque m'imposerait de ne pas dépasser les 2.200 calories par jour mais tenter certains jours de grâce de manger 5 fruits et légumes, je sentais l'effort légitime. Réduire les déficits, c'était chic et DSK pouvait le faire même avec les 35h. La gauche caviar avait fière allure quand elle faisait tourner le Béluga pour les générations futures.
Ce que je n'avais pas compris avant que Standard & Poor's me l'explique, c'est que «réduire les déficits» ne veut pas dire «réduire la dette». J'avais toujours pensé qu'à peu de chose près déficit = dette. Les deux étant jugés «abyssal», il ne pouvait y avoir de sensible différence. Mais la dette est l'«enfant» du déficit et réduire les déficits pour les fixer à 3% ne signifie pas récupérer de l'argent mais juste qu'on en perd moins. Depuis 25 ans, on m'avait donc caché la vérité: on ne bouchait jamais le trou. Et moi qui pensait que la doublette Jospin-DSK valait bien Zidane-Djorkaeff, je me sentais trahi. La gauche n'avait pas fait de miracles.
Je n'en veux à personne
Aucun économiste sur les plateaux télé n'avait donc réussi à m'expliquer que la dette, ce n'était pas qu'une affaire d'enfants du XXIe siècle mais qu'il existait aussi un scénario dans lequel le petit épicier d'Athènes me foutait dans la merde pour mon prêt étudiant en bossant de son côté au black. L'euro nous avait rendu interdépendants et tata Merkel ne serait pas toujours là pour alimenter ma banque en lignes de crédit.
Je suis un enfant de la dette, un de ces enfants fantasmés des années 90, sombres personnages de science-fiction, devenus une réalité en 2011. Franchement, je n'ai pas envie de payer, surtout que ça tombe super mal à quelques mois de la sortie de l'iPhone 5. Mais je n'en veux à personne. C'était cool les gars. Balladur, Chirac et Raffarin me manquent déjà, Juppé était le «meilleur d'entre nous», regrets éternels pour Jospin, Villepin était beau gosse et Sarkozy est bientôt papa alors je lui pardonne. À votre place, j'aurais pas fait mieux. J'ai beau chercher, je ne vois pas bien où couper dans les dépenses de l'État, et s'il vous plaît arrêtez de toucher à la Sécu et aux retraites. On peut taxer les riches mais est-ce qu'il y en aura assez pour payer les 1.646 milliards d'euros de la dette? Plus je regarde les vidéos d'Arnaud Lagardère sur YouTube et plus j'en doute.
Je suis un enfant de la dette. Mes enfants seront des petits-enfants de la dette. Mes petits-enfants ne survivront sans doute pas à l'explosion d'une centrale ITER. À défaut, je leur expliquerai que de mon temps, la France gagnait la Coupe du Monde et avait un triple A. Good old days.
Vincent Glad
Mis à jour le 18/08/2011 à 15h09




















































La remarque "sans la dette il n'y a aucune création de richesse" est fausse ou imprécise. Dans tous les cas, ça ne veut absolument pas dire que faire de la dette est une condition nécessaire et suffisante pour créer de la richesse (sinon nous n'en parlerions pas)
Quand à dire que la crise de la dette des *états* est la preuve que *Marx* avait raison sur le *capitalisme* Non, Marx avait raison, mais pas pour la raison que vous évoquez, je le citerait simplement : "La Bureaucratie n’est pas l’esprit de l’Etat, mais son manque d’esprit"
La primauté de l'avenir date de l'époque où l'Occident a inventé ce nouvel art de faire des promesses, à partir de la Renaissance, au moment où le crédit est entré dans la vie des Européens. Pendant l'Antiquité et le Moyen Age, le crédit ne jouait presque aucun rôle parce qu'il était entre les mains des usuriers, condamnés par l'Eglise. Tandis que le crédit moderne, lui, ouvre un avenir. Pour la première fois, les promesses de remboursements peuvent être remplies ou tenues. La crise de civilisation réside en ceci : nous sommes entrés dans une époque où la capacité du crédit d'ouvrir un avenir tenable est de plus en plus bloquée, parce qu'aujourd'hui on prend des crédits pour rembourser d'autres crédits.
Autrement dit, le « créditisme » est entré dans une crise finale. On a accumulé tant de dettes que la promesse du remboursement sur laquelle repose le sérieux de notre construction du monde ne peut pas être tenue. Demandez à un Américain comment il envisage le remboursement des dettes accumulées par le gouvernement fédéral. Sa réponse sera surement : « personne ne le sait », et je crois que ce non-savoir est le noyau dur de notre crise.
Personne sur cette Terre ne sait comment rembourser la dette collective. L'avenir de notre civilisation se heurte à un mur de dettes."
J'espère que je ne vous ai pas trop cassé le moral.
Je te mets AAA+, mais bon, là aussi, ça veut rien dire...
Pensez-vous que l'immense majorité des jeunes dont vous parlez envie les grecs en ce moment ? Et puis après tout, il y a toujours plus malheureux, est-ce donc une bonne raison pour ne rien changer ?
Il y a 86000 SDF en France, mais bon, comme "des milliards de jeunes nous envient dans le monde entier (ce qui reste d'ailleurs à prouver)" tout va bien...
dette <> de deficit, bien sur. Les politiciens sont tous fixes sur "reduite le deficit a 3%", ils repettent alors que meme si le deficit est seulement a 3% la dette continue d'augmaneter. Et si la dette continue d'agmenter fatalement on sera dans la m.... Moi je suis pour reduire la dette de 3% chaque annee, tant pis pour la croissance et la consommation. J'ai plus envie de consommer ces merdes qui polluent, j'acheterais ni iPas, ni iPod, ni voiture. a+
Et puis la dette, cela ne se pense pas uniquement sur un chiffre donné sur une année, il faut noter deux points :
Le coût de la dette se calcul dans le rapport inflation/intérêts (30 ans de politique d'inflation basse a pesé énormément sur les endettements des Etats, dans l'après guerre l'inflation forte et un endettement d'Etat à très faible intérêt (avant qu'ils soient contraint d'emprunter sur les marchés obligataires, soit 1973 en France) permettait aux Etats de gagner de l'argent sur leur dettes, un moyen de répartir sur les épargnants l'impôt manquant -de fait-, ce qui d'ailleurs prend beaucoup de sens). D'ailleurs, et en toute logique, avant 1973, les produits financiers rapportaient peu.
Deuxièmement, il faut distinguer dans la dette des Etats, celle relative au frais de fonctionnements et celle relative aux investissements.
La première ne devrait pas exister. Les recettes fiscales doivent pouvoir payer intégralement les frais de fonctionnements de l'Etat. Mais par contre, pour ce qui est de l'aménagement du territoire (par exemple les routes, ponts, et généralement les infrastructures d'un pays), la dette prend tout son sens puisqu'elle permet de répartir le coût dans le temps.
Le problème de la dette pose en fin de compte et inexorablement le problème de la répartition des richesses. Aujourd'hui on en arrive à un système ou les classes moyennes (les plus taxés) doivent toujours plus d'argent aux riches (qui prêtent), et ou les pauvres ne peuvent espérer devenir que plus pauvre encore (par le désengagement progressif des Etats dans la redistribution).
Imaginons tout de même que nous sommes la société la plus riche et la plus productive de toute l'histoire de l'humanité. Ça fait pas "tilt" dans vos têtes ?
Les deficits de 3% ne sortent pas de nul part, c'est le deficit maximum pour ne pas augmenter la dette, car la dette se degonfle automatiquement par different mecanismes (inflation et croissance). La croissance atone de ces dernieres années fait que 2.5% aurait été une limite plus juste, d'ailleurs les quelques années -- sous Jospin -- où le deficit était sous cette barre ont entrainées une diminution de la dette (en valeure relative au PIB).
L'herbe est toujours plus verte chez le voisin, avant l'euro nous étions jaloux du Mark allemand et de la livre anglaise car c'était des monnaies fortes. Maintenant on a une monnaie forte on se plaind de ne pas avoir une monnaie faible. On oublie que l'on a un petrole a bas prix grace a cet euro fort si décrié. D'ailleurs que ce passerait il si l'europe se lançait dans la course a l'inflation avec les États-Unis? Je doute que ça sorte la planète de la crise, au contraire.
Enfin la pique anti-nucléaire complètement gratuite et hors sujet (sans parler du fond) conclu bien cette article remplis de lieux communs.
Cependant, la croissance appréciée sur la base de 1700 millliards d'euros, ne représente que 26000 euros par citoyen et cette dette individuelle pour bénéficier à vie d'un environnement de la cité (écoles, infrastructures techniques ou routières, protection sociale, système de soins...) très abouti et performant. Le ticket d'entrée dans la communauté citoyenne du pays n'est in fine pas si disproportionné qu'il n'y paraît. C'est la prégnance des créanciers qui est à redouter et à écarter au mieux. On peut ainsi mieux apprécier la solvabilité du pays sans tomber dans le commentaire excessif.
Serait il toléré d'un francais X d'avoir une dette permanente de + de 18 000E (26 000 par citoyen dixit Queetinois) ? On lui demanderait de serrer son budget, prendre des décisions, arbiter. Certes l'état ne gère par l'argent d'un ménage, mais revenons à la réalité ! le ticket d'entrée de la cité vaut ~20kE/pers, exigibles ce jour (cad encore plus demain). Pouvez vous chacun le payer (cf iconoclaste07) ? Et collectivement, le compte est il "bon" sans que "tous les riches se barrent" faute d'une fiscalité plus pesante qui leur déplairait forcément ? Le pacte "républicain" supporterai t il cela ? Certes Johnny n'est peut-être pas un cyberangels, mais certains "riches" (et moins riches) investissent, et tous les faire fuir n'est pas une solution.
Que reprocher aux financiers : qu'ils gagnent de l'argent grace à l'argent ? ok, mais preter... à des débiteurs éventuellement défaillants n'est pas chose simple. D'accord, c'est simpliste. Mais supprimer financiers et banques (dixit SibeudJean) et la rémunération des emprunts ? Qui prétera alors, et pour pourquoi ? Si un état était banquier à taux 0 sur 50 ans, ca se saurait.
Vient ensuite le fantome de l'inflation (= planche à billet) cf Quétinois et Paul Durke: résoudre la dette par l'inflation ! ok relativement, ca baissera, mais il ne faudra pas se plaindre que le café vaudra 5 euros dans 10 ans, et que les salaires n'ont pas augmentés, et que votre épargne ne vaut plus rien.
Ca a peut etre marché 30 ans après guerre, mais de grands travaux générateurs d'activité massive étaient alors incontournables. Aujourd'hui, moins, par exemple sur les infrastructures, hopitaux... la france est équipée. Et quel grand projet pourrait à ce jour laisser présager un retour économique certain, chiffres à l'appui ?
Quant à "la faute à l'euro" et du "retour aux monaies de singes" (tristan) : déjà, il faudrait que les créanciers l'acceptent, car cela revient à les blouser. Et si c'était vous, le préteur, l'accepteriez vous ?
Il est aisé de dire "y'a qu'à...", ou "dans le principe...", mais ca fait un peu "yéyé les copains". Alors à défaut d'un choix social ou libéral, et après avoir fait perdre leur temps à certains, je rappelerai que décider c'est aussi tenir l'objectif économique induit, sans blouser ses partenaires (entreprises ou créanciers), ses citoyens, ou futurs concitoyens.
Et donc, pour assumer ses décisions, s'astreindre au budjet. CQFD.