France

A Marseille, une rénovation forcée pour le PS?

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 08.09.2011 à 9 h 46

La crise de la fédération du Parti socialiste des Bouches-du-Rhône, dont le volet judiciaire pourrait entraîner le départ de Jean-Noël Guerini, a écorné la crédibilité d’un parti qui veut pourtant faire de la primaire l’acte emblématique de sa rénovation.

Arnaud Montebourg, Martine Aubry et Jean-Noël Guérini. REUTERS/Vincent Kessler/Michel Euler/Jean-Paul Pélissier

Arnaud Montebourg, Martine Aubry et Jean-Noël Guérini. REUTERS/Vincent Kessler/Michel Euler/Jean-Paul Pélissier

Le président PS du conseil général des Bouches-du-Rhône, Jean-Noël Guérini, est convoqué le 8 septembre par le juge d’instruction Charles Duchaine. A cette occasion, il devrait être mis en examen notamment pour «association de malfaiteurs» dans le cadre d’une affaire concernant les marchés publics de ramassage des déchets, pour laquelle son frère Alexandre a déjà été mis en examen puis incarcéré entre décembre 2010 et mai 2011. Retour sur la crise de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône avec un article de Jean-Laurent Cassely publié le 17 août 2011.

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Résumé des épisodes précédents
Panique au Mistral

L’attaque du chevalier blanc

C’est en décembre 2010 que tout dérape. Alors qu’Alexandre Guérini est mis en examen et écroué dans le cadre d’un vaste système supposé de corruption, de trafic d’influence et de blanchiment sur fond de marchés publics frauduleux, son frère Jean-Noël, président du conseil général des Bouches-du-Rhône, sénateur et «président» de la fédération socialiste du département, est mis en cause par Arnaud Montebourg. Le Monsieur rénovation du PS, dans une note confidentielle remise à la direction du PS fin 2010 et dévoilée par Le Point le 2 mars 2011, décrit «un système de pression féodal reposant sur l'intimidation et la peur».

Les Parisiens descendent à Marseille…

Fin mars, à la suite d’élections cantonales marquées localement par la présence des affaires et la montée du FN, le bureau national du PS décide d’envoyer une commission d’enquête présidée par Alain Richard. Lequel rend ses conclusions publiques début juillet: «faiblesses et dérives», «déroulement rustique» des scrutins internes, «place dominante prise par les activités de convivialité» dans les sections, «lien personnel privilégié» de JNG avec les élus, influence déterminante du premier secrétaire qui «pèse dans la durée sur l’accès des uns et des autres aux responsabilités…». Tout y est, même enrobé dans une langue techno de nature à effrayer le premier rénovateur venu.

Prudente et diplomate, consciente du contexte hyper-tendu, entre affaire DSK et préparation de primaires présentées comme un modèle de transparence politique, la commission accouche d’un contrat de rénovation soumis aux militants des Bouches-du-Rhône. Les principales propositions sont les suivantes:

«4. Une limitation de la taille des sections [...] à 250 inscrits. 5. Une limitation des adhérents non résidants dans les sections favorisant un enracinement réel des militants. 8. Un encadrement des cumuls entre responsabilités fédérales et emplois publics locaux.»

«Il n’y aura pas d’an 01», conclut la commission, ni reconstitution «ex nihilo, adhérent par adhérent, d’une fédération entièrement nouvelle». La rénovation molle est en marche…

Guérini 1 – Montebourg 0

Un vote des militants des Bouches-du-Rhône est donc organisé le 21 juillet:

«Jean-David CIOT a été élu Premier secrétaire fédéral avec plus de 88.84 % des suffrages exprimés. Le contrat a obtenu, quant à lui, près de 84.72% des suffrages exprimés et enfin, 73.51 % pour le groupe d’impulsion de la rénovation que présidera le nouveau Premier secrétaire fédéral, Jean-David CIOT», lit-on sur le site du PS13 au lendemain du scrutin…

Mais le répit est de courte durée pour la fédération. Moquant la «convivialité fédérale légendaire tant vantée par la commission Richard», un collectif frondeur, Renouveau PS 13, demande aux instances nationales la vérification du vote ayant porté Jean-David Ciot à la tête de la fédération, et la suspension de son résultat… Selon un porte-parole du collectif, Pierre Orsatelli, la tenue d’élections le 21 juillet était une absurdité: «Les adhérents sont des obligés, c’est clairement dit dans le rapport de la commission, c’est grotesque d’organiser un scrutin alors que la commission parle de travaux d’urgence… Rien n’est fait, on est dans le ridicule.» Mais voilà, c’est déjà l’été et la contestation du scrutin passe relativement inaperçue dans la presse.

Le rénovateur isolé

Quant à Montebourg, seul socialiste à ne pas voter l’adoption du rapport de la commission au bureau national, il paraît désormais isolé, lâché par la commission d’enquête. Cette dernière jugera que «plusieurs des affirmations énoncées dans ce rapport, sans être dénuées de tout lien avec la réalité, sont restées au stade d’accusations péremptoires», critiquant la «confusion» introduite par le «camarade» entre les pratiques internes du PS local et les fuites de l’instruction visant Alexandre Guérini, frère du président du conseil général, mais également membre du PS…

Le chevalier blanc n’abandonne pas pour autant et s’en prend à nouveau à Jean-Noël dans la presse, en particulier le 7 juillet quand il parle dans l’Echo Républicain «d’élus dont les liens avec le grand banditisme apparaissent». Ce dernier contre-attaque en portant plainte pour diffamation. Réélu à la tête du conseil général malgré une campagne plombée par les affaires, lâchant le minimum de lest en quittant le poste de premier fédéral qu’il cumulait avec la présidence du département, évitant la mise sous tutelle de «sa» fédération, JNG a incontestablement gagné la première manche.

La saison d’été
Un (petit) vent de rénovation sur le PS…

Les opposants entrent dans la danse

Un résultat «correct» dans les circonstances politiques actuelles. C’est l’appréciation que porte Patrick Mennucci, maire du 1er secteur marseillais (1er et 7ème arrondissements) et vice-président du conseil régional, numéro 2 de la nouvelle direction collégiale entérinée par le vote des militants le 21 juillet. Cette direction fédérale est le résultat d’un compromis avec Solférino: ses membres se répartissent entre choix du premier secrétaire, opposants désignés par le bureau national du PS et postes dévolus aux motions.

Le but de ce groupe d’impulsion sur la rénovation, «la sortie de l’utilisation permanente de la fédé à l’usage unique de Jean-Noël Guérini», peut être atteint, juge encore Mennucci. «Il est évident qu’on peut toujours faire mieux. Limiter les sections à 250 adhérents, interdire les militants non résidents, cela peut paraître anecdotique vu de l’extérieur, mais ça ne l’est pas»… C’est en effet par le contrôle de quelques grosses sections marseillaises que s’organise jusqu’ici la domination sur la fédération.

En opposition de plus en plus frontale avec JNG, Mennucci est en réalité l’autre gagnant de l’affaire Montebourg-Guérini: omniprésent dans la presse locale, il incarne une figure du renouveau malgré une opposition au système qui amuse les connaisseurs qui la jugent aussi tardive qu’opportune… Les critiques fusent sur la posture des dirigeants locaux qui ont mis en avant le besoin de démocratie alors qu’ils font partie de la même majorité depuis longtemps. Sur ce très classique casting du groupe de rénovation locale, Mennucci rétorque que dans le contexte de pression décrit par les rapports Montebourg et Richard, les jeunes n’ont pas les moyens de résister: «Aujourd’hui, je suis un des seuls à pouvoir dire non».

Autosatisfaction estivale

Au siège de la fédération en revanche, l’autosatisfaction va bon train: «Sous l'impulsion de Jean-Noël Guérini, la fédération a employé une grande énergie à rassembler, à retrouver une unité et à mettre en ordre de marche l'ensemble des militants pour l'élection présidentielle de mai 2012.» Tout va donc pour le mieux.

Harlem Désir, lors d’un déplacement à La Seyne sur Mer le 28 juillet, a lui aussi fait montre d’une satisfaction certaine, se réjouissant que les militants bucco-rhodaniens aient entériné les trois propositions de «rénovation» soumises au vote des militants. Et d’ajouter: «Il y avait un problème dans le fonctionnement de cette fédération, nous avons fait ce à quoi nous nous étions engagés». Merci, au revoir, bonnes vacances…

JNG, qui a eu très chaud, va encore plus loin dans La Marseillaise le 20 juillet: «Je l’ai déjà dit : le parti doit se refonder. C’est pourquoi je suis heureux que la fédération des Bouches-du-Rhône soit le laboratoire de ce renouveau». Le PS marseillais passerait du statut peu enviable de «bâton merdeux» méridional à l’avant-garde du renouveau du parti… Un peu gonflé, tout de même.

Prochainement sur vos écrans
Primaires sous tension

Le bâton merdeux du PS…

«Nous ne pouvons pas nous permettre d’être contaminés par un feuilleton juridico-politique dans la période des présidentielles», rappelait Montebourg le 4 mai au micro de Jean-Jacques Bourdin. «Je crains que [Martine Aubry] ne parasite toute la campagne avec cette affaire», s’alarmait dans le JDD Philippe San Marco, ex-PS passé à la majorité UMP de Jean-Claude Gaudin et pourfendeur historique du système Guérini (l’interview mérite le détour).

Si tout le monde n’a pas la liberté de ton du député de Saône-et-Loire et de l’ancien socialiste, la perspective d’un pourrissement du conflit marseillais est unanimement jugée comme un risque à l’approche des primaires. Depuis les révélations du Point, l’UMP locale se régale de la confusion qui règne au PS. Il n’y a aucune raison pour que cela s’arrête.

La primaire ouverte rebat les cartes

Pierre Orsatelli, porte-parole de Renouveau PS13, ne fait pas mystère de son pessimisme: «1 euro le vote pour les primaires, c’est sûr que certains vont être tentés d’investir», déclare-t-il sans ambages! 8.700 cartes, ça compte (la commission Richard évoque le chiffre de 8.707 adhérents actifs). Mais voilà, l’ouverture aux sympathisants change la donne: que compterait en effet un éventuel vote massif de la fédération pour untel ou unetelle, quand ce collège électoral pourrait être dissout dans la masse des sympathisants (donc non adhérents au PS) susceptibles de se rendre aux urnes les 9 et 16 octobre prochains pour désigner leur candidat à l’élection présidentielle?

Qui soutient qui et pourquoi ?

D’autant que l’époque du soutien quasi-unanime de la fédé à un candidat —Ségolène Royal en l’occurrence– est révolue. Patrick Mennucci, comme les autres membres du courant L’Espoir à Gauche, émancipé par Vincent Peillon de Ségolène Royal et désormais rallié à François Hollande, s’affichait à Marseille avec ce dernier en juillet dernier. Un Hollande enjoué mais qui s’est bien gardé de s’attarder sur les affaires qui secouaient alors le PS local…

Peut-on lire les ralliements aux candidats des primaires des cadors du PS marseillais à l’aune de l’affaire Montebourg? Pour certains, la question est hors sujet, mais d’autres en sont convaincus: «Ceux qui sont montés au créneau contre JNG ont rallié François Hollande» et non la figure de l’autorité de l’appareil, Martine Aubry. «L’essentiel pour eux est de se démarquer de la direction fédérale.» Guérini a quant à lui choisi Martine Aubry. Un soutien politique qui a toutes les apparences d’un remerciement pour le tact dont elle a fait preuve lorsque l’homme fort du PS marseillais subissait les attaques de Montebourg. Alors que la justice tourne autour du conseil général et que l’avenir judiciaire de son président reste incertain, un échec d’Aubry aux primaires pourrait l’isoler un peu plus. Et l’ex-première secrétaire se passerait apparemment volontiers d’un tel soutien…

Comment les militants vivent-ils ce terrible feuilleton politique qui entache –une fois de plus– l’image de leur ville? «Quand toute la presse parisienne fond sur Marseille, les militants ont tendance à mal le vivre», observe une militante… Et Montebourg n’est pas l’homme le plus populaire sur la place du Mistral. «Au PS on lave son linge sale en famille, je trouve lamentable qu’il ait utilisé la presse sans venir en parler aux personnes concernées», juge un secrétaire fédéral.

Aubry pourrait elle aussi pâtir de sa réponse molle. Pierre Orsatelli affirme qu’il sera difficile «de faire coexister la dénonciation du système et le soutien à la direction», comprendre à l’ex-première secrétaire, commanditaire du rapport de la commission Richard. «Il y a une très forte incompréhension» locale des militants. Mais les manœuvres électorales seront cette fois «noyées sous un tombereau de citoyens engagés» et de sympathisants, espère encore Renouveau PS 13.

Jean-Laurent Cassely

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