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L'écologie n'est pas dans le pré

Daniel Gross, mis à jour le 23.04.2009 à 11 h 12

L'avenir des énergies renouvelables repose davantage sur la créativité financière que technologique.

En ces temps de vaches maigres, l'entreprise d'énergies propres SolarCity affiche une santé insolente. Basée à Foster City, en Californie, cette société qui emploie 380 personnes pour installer des panneaux solaires sur les toits du Golden State a vu son activité doubler depuis le printemps 2008.

Après avoir équipé plus de 2 000 foyers, l'entreprise se démène aujourd'hui pour honorer ses quelque 3 000 commandes, avec une liste d'attente d'une moyenne de huit mois. Proposer un produit très onéreux (une installation photovoltaïque coûte environ 25 000 dollars [19 300 euros]) en pleine crise du crédit, alors que le mot d'ordre des conseils d'administration comme des conseils de famille est «zéro projet», semble défier toute logique commerciale.

Mais le fait est là, SolarCity prospère. Et ce n'est pas grâce à une percée technologique dans le domaine de l'énergie solaire. Non, l'entreprise a opté pour un nouveau modèle de vente : la location. Les frais d'installation sont assumés par des investisseurs qui profitent des crédits d'impôts et des déductions associées à l'énergie solaire, et les usagers achètent à un coût moindre l'électricité ainsi produite. «Les clients n'ont pas à avancer d'argent et ils économisent dès le premier jour. Ils veulent du solaire sans dépenser 30 000 dollars» explique le PDG de SolarCity, Lyndon Rive.

Comme cet entrepreneur l'a découvert, l'avenir des énergies renouvelables repose davantage sur la créativité financière que technologique. Les magazines spécialisés dans les énergies vertes ne cessent de s'émerveiller sur les dernières innovations: panneaux solaires amorphes, nouveaux accumulateurs, voitures à pile à combustible, etc... Mais avec des marchés de capitaux en berne, l'argent n'a jamais été plus rare. «Le secteur des énergies renouvelables est terrassé, il ne peut plus se financer sur le marché» confirme David Crane, PDG du géant de la production d'énergie NRG. Cleantech Group [cabinet spécialisé dans l'éco-innovation] a ainsi annoncé qu'au premier trimestre 2009, les investissements dans l'énergie verte avaient diminué de moitié par rapport au premier trimestre 2008.

Les pouvoirs publics ont toujours joué un rôle moteur dans le lancement des nouvelles techniques, par exemple en fournissant les terrains et le financement pour les chemins de fer, ou en commandant la première ligne télégraphique. Quand des espoirs de rentabilité se profilent, le secteur privé entre dans la ronde. L'innovation financière devra se faire dans le public comme dans le privé pour que les énergies renouvelables, encore fragiles, prennent réellement leur essor. Et l'on peut déjà observer quelques notables avancées.

En Californie, les particuliers qui font poser des panneaux solaires sur leur toit bénéficient d'un abattement fiscal de 20%, ainsi que d'un crédit d'impôt de 30% sur les dépenses liées à l'installation. Cependant, même avec ces ristournes, un équipement solaire de 20 000 dollars exige une mise de fonds conséquente.

En février dernier, Berkeley a donc élaboré un nouveau schéma vert: les propriétaires empruntent à la ville de quoi installer les panneaux, tout en conservant le bénéfice des abattements et des crédits d'impôt, puis ils remboursent leur dette à la municipalité sur 20 ans, à travers l'acquittement de la taxe foncière. L'emprunt, de même que l'installation solaire, est rattaché à la propriété, pas à la personne ; si la maison est vendue, elle l'est avec la créance municipale.

Le secteur privé cherche à s'inspirer de ce type de modèle financier. Gerry Heimbuch, vice-président des opérations commerciales de Solar Center, qui construit des panneaux solaires depuis cinq ans à Rockaway, dans le New Jersey, estime que les propriétaires qui posent des cellules photovoltaïques sur leur toit peuvent espérer y gagner au bout de cinq ans.

Mais dans la conjoncture actuelle, c'est encore trop long. La solution: les contrats d'achat d'énergie. Un investisseur tiers paye l'installation dont il sera propriétaire, profite des déductions fiscales et vend  l'énergie produite à la «maison hôte» à un prix réduit. En d'autres termes, les propriétaires louent leur toit. Grâce à ce type de commande, Solar Center espère voir ses recettes doubler en 2009 (avec 8 millions de dollars réalisées en 2008).

Les installations industrielles, seules à même d'assurer la pérennité du secteur, relèvent d'une autre dimension en ce qu'elles requièrent des sorties de capitaux massives. «L'été dernier, nous recensions une vingtaine de grands acteurs institutionnels qui investissaient régulièrement dans le développement durable» témoigne Adam Umanoff, [du cabinet de conseil] Chadbourne & Parke, à Los Angeles. «Aujourd'hui, on les compte sur les doigts de la main.» Certains, à l'instar de Lehman Brothers, ont tout simplement disparu, tandis que les banques commerciales sont plongées en état d'hibernation avec le TARP [le Trouble Assets Relief Program, créé pour recapitaliser les banques américaines].

Le plan de relance gouvernemental comporte toutefois deux types d'incitation financière innovantes pour les énergies propres. À la place du crédit d'impôt, les entreprises qui investissent dans des projets qui seront opérationnels d'ici à fin 2010 pourront recevoir une subvention publique directe équivalente à 30% des dépenses engagées. Par ailleurs, le département de l'Énergie américain propose une garantie d'emprunt pour les grands projets. «Nous avons vu arriver plus de projets de financement en trois semaines qu'au cours de ces trois derniers mois» note Umanoff. Parmi les candidats, l'entreprise NRG cherche à développer trois installations solaires à grande échelle en Californie, pour un investissement qui représente entre 800 millions et 1 milliard de dollars.

Finalement, en matière d'énergie solaire, la grande révolution technologique a déjà eu lieu: nous savons maintenant convertir la lumière solaire en électricité. Cependant, même la cellule photovoltaïque la plus sophistiquée ne résoudra pas les problèmes que connaît le secteur : «Un panneau solaire d'une efficacité renforcée de 2% par rapport aux panneaux actuels ne changera pas la donne. Ce qu'il faut, c'est faciliter l'accès à cette technologie», conclut Rive, de SolarCity. Vous avez dit énergie verte ? Oui, verte comme la couleur des dollars.

Daniel Gross
Article traduit par Chloé Leleu

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Journaliste
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