Couper dans le budget du Pentagone n'est pas risqué

Des restrictions budgétaires dans l'armée américaine sont nécessaires. Menaceront-elles la sécurité des États-Unis? Pas si les priorités sont clairement définies.

Leon Panetta, secrétaire à la Défense, remercie les troupes servant sur le front afghan au Camp Dwyer, en juillet 2011. REUTERS/Paul J. Richards

- Leon Panetta, secrétaire à la Défense, remercie les troupes servant sur le front afghan au Camp Dwyer, en juillet 2011. REUTERS/Paul J. Richards -

Voici quelques chiffres pour vous aider à décider s'il est vraiment dangereux de tailler à nouveau dans le budget militaire américain —comme l'accord sur le plafond de la dette (et d'autres politiques fiscales) pourrait rapidement l'exiger.

En 1985 [PDF], lors de la Guerre froide et à l'apogée de la course aux armements du président Ronald Reagan [PDF], le budget du Pentagone (ajusté à l'inflation, afin de pouvoir le chiffrer en dollars actuels) s'élevait à 574 milliards de dollars (402 milliards d'euros).

Aujourd'hui, le budget du Pentagone tel qu'il est examiné pour l'année prochainesans compter le coût des guerres en Afghanistan et en Irak— s'élève à 553 milliards de dollars, soit à peine 3% de moins (en comptant le coût de ces guerres, on arrive à 671 milliards, c'est-à-dire 17% de plus qu'à l'acmé de la Guerre froide, soit une somme d'argent 17% plus importante que la somme la plus importante jamais dépensée en un an par les États-Unis pour leur armée depuis la guerre de Corée).

Les États-Unis ont-ils encore un ennemi de leur trempe?

Laissons de côté les détails précis de ces budgets (nous y reviendrons dans un instant). La principale question qui se pose est la suivante: à une époque où les États-Unis n'ont à affronter aucun ennemi jouissant d'une puissance militaire comparable, comment se fait-il qu'ils aient besoin de dépenser autant d'argent que lorsque l'Union Soviétique était debout, que la Guerre froide ne cessait de s'enflammer, que la frontière entre l'Europe de l'Est et l'Europe de l'Ouest était truffée de garnisons armées jusqu'aux dents et que la course aux armements nucléaires devenait de plus en plus folle?

Oui, ils ont toujours des ennemis, mais le combat ne se fait pas par des vagues de divisions blindées, des armadas de chasseurs-bombardiers, ou de gigantesques porte-avions capables de déployer en haute mer d'importants corps expéditionnaires —et leurs menaces ne requièrent pas non plus ce genre de dispositifs militaires (du moins, pas autant que le requéraient les menaces antérieures).

En réalité, certaines des armes conçues pour les menaces actuelles coûtent moins cher qu'avant. Par exemple, les «bombes intelligentes» guidées par laser, utilisées pendant la Guerre du Golfe de 1991, coûtaient 250.000 dollars pièce —tandis que les bombes encore plus intelligentes guidées par GPS, utilisées aujourd'hui en Afghanistan, coûtent 20.000 dollars chacune (14.000 euros), soit moins d'un dixième du prix.

Les militaires, mieux payés qu'à l'époque de Reagan

Et, oui, les militaires sont mieux payés aujourd'hui qu'ils ne l'étaient à l'époque de Reagan —et c'est bien normal, car nombre d'entre eux sont partis plusieurs fois au combat, et en sont parfois revenus avec des blessures très graves (et chères à soigner). Mais quand on regarde le pourcentage du budget militaire global, les coûts du personnel sont quasiment identiques —23% [PDF] au milieu des années 1980, 26% [PDF] aujourd'hui. Si vous incluez le coût des guerres en Afghanistan et en Irak, les pourcentages sont exactement les mêmes: 23% (c'est le cas, globalement, parce que l'armée américaine actuelle compte un nombre de postes actifs bien moins important).

Ensuite, comme les guerres (ou, du moins, l'implication directe des États-Unis dans ces guerres) se restreignent, les coûts de personnel vont probablement diminuer à leur tour. À l'heure actuelle, on peut parfaitement se demander si les troupes qui ne sont pas sur le champ de bataille doivent toujours percevoir les primes et les hausses de salaires devenues coutumières ces dix dernières années, tout particulièrement dans une économie stagnante offrant moins d'alternatives professionnelles aux jeunes hommes et femmes envisageant un passage dans les forces armées.

On peut, aussi, parfaitement se demander si nous avons toujours besoin d'autant d'effectifs. Selon quelle probabilité les Etats-Unis vont-ils devoir s'engager dans un important combat terrestre, dans une bataille navale majeure, ou même dans une guerre aérienne à cause d'un conflit de territoire, à relativement court terme?

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L'AUTEUR
Fred Kaplan écrit la chronique "War Stories" pour Slate.com, et se penche de temps à autres sur la musique ou le high-tech. Ancien du Boston Globe, il a été en charge du bureau de Moscou, de New York, et correspondant militaire. Ses articles
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Publié le 21/08/2011
Mis à jour le 21/08/2011 à 16h18
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