Économie

Attention, chute d'actions

Temps de lecture : 2 min

Quelles conséquences pour l’entreprise quand ses actions dégringolent?

Sur le parquet de la Bourse de New York, le 4 août 2011, après une baisse de plus de 4% du Dow Jones Brendan McDermid / Reuters
Sur le parquet de la Bourse de New York, le 4 août 2011, après une baisse de plus de 4% du Dow Jones Brendan McDermid / Reuters

Depuis le 24 juillet, les bourses mondiales ont perdu environ 8,1 billions de dollars [8 100 milliards] ce qui représente 14,8% de la capitalisation mondiale totale. Les investisseurs accusent clairement le coup, puisque ce sont eux les propriétaires des actions. Mais la chute des cours affecte-t-elle les entreprises concernées?

Indirectement, oui. Si vous achetez une action d’Apple 300$ et que vous la revendez 250$, l’entreprise elle-même ne perd pas d’argent. Dans ce sens, les fluctuations des cours d’un jour sur l’autre n’ont pas grande importance pour les entreprises stables qui ont des réserves de liquidités (Apple, par exemple, détient en ce moment 76 milliards de dollars). En revanche, une chute de son cours peut détruire une entreprise dépendant de financements extérieurs (PDF) pour ses opérations. La difficulté à obtenir des liquidités par le biais d’émission de titres est évidente—puisque le même nombre d’actions vendues à un prix inférieur produira moins d’argent. Les actions dont les cours baissent beaucoup font également augmenter le coût des emprunts, car les banques prennent en compte le cours de l’action d’une entreprise avant de décider de consentir un crédit et de calculer les taux d’intérêt. De nombreuses entreprises, particulièrement des sociétés jeunes dans des industries nécessitant un haut niveau de recherche et de développement comme les biotechnologies, ne peuvent survivre sans un accès à des capitaux bon marché.

La chute des cours peut également avoir une influence néfaste sur le maintien des employés dans leur société. Un certain nombre d’entre elles, notamment les jeunes, utilisent les stock options pour inciter leurs cadres à ne pas quitter l’entreprise, car le salarié doit y rester un moment s’il veut les exercer. S’il pense que ses options ne vont pas prendre de valeur—une stock option ne sert à rien si le cours de l'action est plus bas que le prix de l’option—il sera plus susceptible de quitter le navire. Et les clients peuvent eux aussi hésiter à faire affaire avec une société dont les actions dégringolent, dans la mesure où ils se demandent si elle sera encore là pour honorer les termes d’un contrat ou assurer la garantie d’un produit.

D’un point de vue personnel, les cadres s’inquiètent pour le cours des actions de leur société car il arrive que les actionnaires mécontents d’une entreprise peu performante renvoient le PDG et son équipe.

Pour comprendre comment la chute des actions peut tuer une entreprise, voyez le destin fatal de la banque Lehman Brother tel qu’il est raconté par Andrew Ross Sorkin dans son ouvrage Too Big To Fail. Les cadres de Lehman avaient clamé avec véhémence qu’ils disposaient de suffisamment de capitaux et d’autres actifs pour essuyer la tempête financière de 2008, chœur auquel se sont joints de nombreux analystes jusqu’aux tout derniers jours de l’entreprise. Le problème, selon le PDG Dick Fuld, est que les investisseurs spéculant sur les contrats à terme—les gens qui parient que les cours vont baisser (ce qui a été interdit en France pendant deux semaines)—ont tellement fait chuter les cours que les prêteurs n’ont pas voulu négocier avec l’entreprise et que les clients ont retiré leurs capitaux. En quelques jours à peine, Lehman est passée de l’une des plus grosses banques du monde à une entreprise incapable de payer ses factures. Aujourd’hui les analystes débattent encore pour savoir si ces vendeurs à découvert ont détruit une entreprise en parfaite santé ou s’ils ont rendu service à l’économie en hâtant la mort inévitable d’un géant au bord du gouffre qui, si on lui avait laissé plus de temps, aurait fait davantage de dégâts encore dans sa chute.

Brian Palmer

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Traduit par Bérengère Viennot

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