Les réformes en vrille
La France retrouve l'immobilisme.
- Manifestation à Nice contre la réforme hospitalière Eric Gaillard / Reuters -
Dans toutes ses décisions, Nicolas Sarkozy est accusé d'avoir deux objectifs cachés : le libéralisme et l'autoritarisme. En toutes occasions, disent ses détracteurs, il veut favoriser les riches et assoir son pouvoir personnel. Les réformes ne sont plus examinées en tant que telles mais pour ce qu'elles vont dans le sens de ce «complot sarkoziste».
La réforme de l'hôpital public de Roselyne Bachelot en est le dernier exemple. Le texte a fait l'objet de longs travaux de concertation préalable avec les organisations médicales. Puis tout à coup, un «appel» de 25 grands professeurs de médecine très réputés dans leurs spécialités réclame son retrait. «Depuis la grande réforme menée en 1958, écrivent ces 25 professeurs, la médecine française est devenue «la meilleure du monde». Cinquante ans plus tard, le gouvernement Sarkozy propose une réforme qui porte en elle la disparition de cette médecine hospitalière au profit d'une médecine mercantile. Le maître-mot n'est plus la santé mais la rentabilité. La préoccupation centrale n'est plus le malade mais le compte d'exploitation de l'hôpital».
Plus précisément, il est reproché à la réforme gouvernementale d'importer les critères des entreprises dans l'hôpital et de donner tous les pouvoirs au directeur de l'établissement, nommé par une agence régionale dont le président est nommé au Conseil des ministres. Les médecins s'inquiètent d'avoir pour supérieur une personne qui «pourra n'avoir aucune compétence en médecine ou en santé». Dans le même temps, concluent les 25 médecins, on organise «des suppressions massives et injustifiées d'emplois d'infirmières et d'aides-soignants. L'hôpital public doit être réformé. Mais certainement pas de cette manière».
Cet appel a reçu immédiatement le soutien de plusieurs syndicats et il est suivi d'une manifestation «pour le retrait du texte», le 28 avril. La mayonnaise anti-Bachelot-Sarko a pris. L'Appel «fonctionne» pour créer la paralysie alors que tout le monde reconnaît la nécessité des réformes en France et les 25 le disent eux-mêmes à propos de l'hôpital. Mais cet appel est très habile pour recréer une nouvelle ligne de défense solide sur le thème : «une réforme ? Oui, mais pas celle là !».
Roselyne Bachelot, comme estomaquée, a répondu que ces 25 professeurs «n'avaient pas lu le texte de sa réforme et qu'ils la caricaturent». Point par point, elle se défend et réplique qu'il n'y a pas eu de suppressions d'emplois au contraire, les effectifs du système hospitalier ont cru de 25 000 personnes l'an passé. Que l'hôpital sera dirigé par un directoire où le corps médical et celui des infirmières seront majoritaires, un médecin étant vice-président. Peine perdue, la ministre n'est plus entendue. Elle est en bute à des obstacles classiques, le corporatisme des professeurs et la désinformation des oppositions syndicales ou politiques, qui se trouvent revivifiés dans l'anti-Sarkozysme.
Les réformes oui, les siennes non!
La crise vient justifier intellectuellement le regain de l'immobilisme. Elle prend le président Sarkozy à contre-pied. Quand les entreprises réduisent les effectifs, il est devenu difficile de promettre de «travailler plus pour gagner plus». Ses avancées libérales apparaissent anachroniques : la rigidité du marché du travail permet aujourd'hui de ralentir les effets dévastateurs de la récession sur le chômage. La lourdeur des dépenses publiques, les plus élevées de l'OCDE, servent de gros « stabilisateur automatique» et freinent le plongeon de la croissance.
Bref, le modèle socialisto-étatiste français fait preuve de vertu alors que le modèle anglo-saxon est lui déconsidéré du fait de la crise financière. Pourquoi poursuivre des réformes qui visent la libéralisation, la souplesse, la privatisation et la diminution de l'Etat alors que les autres pays, Etats-Unis en tête, ont pris le chemin exactement inverse? Et que la Grande-Bretagne nationalise ses banques?
Nicolas Sarkozy, en outre, donne crédit au blocage par sa personnalité. Il est coupable d'accorder trop d'importance à la communication et à la rapidité plus qu'à la profondeur. Surtout, le message au départ de l'extrême-gauche du «président des riches» et de «despote» passe progressivement dans l'opinion. Nicolas Sarkozy a trop d'amis milliardaires, il aime trop les montres et les vacances de luxe, il veut s'occuper de tout et il ne laisse pas de marge de manœuvre à ses ministres et ses administrations. Il aime trop les provocations et son goût pour la bagarre le dessert.
Quand il fustige les chercheurs «qui ne trouvent pas», il met le feu aux poudres de la réforme si délicate de l'université et de la recherche. Les étudiants, les premiers à pâtir de la misère universitaire, se mettent en grève perlée aux côtés des enseignants-chercheurs. Les universités françaises se bloquent. Nicolas Sarkozy est devenu le premier obstacle à ses propres réformes.
Eric Le Boucher
Mis à jour le 23/04/2009 à 17h19












































Certes nos dépenses publiques freinent la chute mais lors de la sortie de crise elles freineront de la même manière la reprise. Et une fois en altitude de croisière nous nous retrouverons un point à un point et demi de croissance au dessous des copains si nous ne réalisons pas de réformes.
Très juste, a question est peut être de savoir si le taux de croissance est le meilleur moyen de jauger notre économie. Voulons nous être les champions de la croissance? Ou pouvons nous nous contenter d'une croissance "molle" en s'assurant une qualité de vie assuré par un état intervetionniste.
Sur ce point la, et c'est peut-être un des rares point, je soutiens M. le président Sarkosy lorsqu'il souhaite de nouveaux indicateurs de performance à travers la commission présidé par M. Stiglitz.
La question est donc la suivante Clinquo: La croissance doit elle avoir la priorité sur tout le reste?
Dans la mesure où tout le monde demande davantage de pouvoir d'achat et où d'autre part, il ne serait peut-être pas mal de rembourser un peu les dettes que nous avons contracté vis à vis de nos enfants, si vous voyez une autre solution...
Ceci dit des expériences de la croissance molle et d'un état interventionniste on déjà eu lieu. Demandez-donc aux habitants des derniers états venant de rejoindre la Communauté Européenne ce qu'ils en pensent !
cette reforme hospitalière, une de plus, n'ose pas dénoncer ce qui ne va pas.
l'hopital est en très mauvais état, la médecine française n'est pas la meilleure du monde ,loin de là,, et les blocages viennent des corporations qui s'y sont installées,de plus le rapport qualité prix est mediocre .
comme pour l'université, ou la justice, le gouvernement n'a pas le courage de s'en prendre à sa clientèle électorale, car tous ces fonctionnaires votent, et n'essaye même plus d'évaluer la réalité du service fourni.
pour simplifier, il propose d'améliorer, alors que les personnels concernés comprennent : vous mettre à bosser; le débat sur la tarification à l'activité est exemplaire, les hôpitaux se retrouvent en difficulté car il n'y a pas assez d'actes effectués, chez Continental, ils ferment l'usine, dans les hôpitaux, on verse une subvention d'équilibre.
il est vrai que le directeur d'usine est rarement ,en même temps ,le principal employeur et donneur d'ordre de la commune et qu'il n'a pas son maire au CA, ce sont ses actionnaires qui decident, ici, le contribuable met au pot et doit attendre dans une salle crasseuse pour payer un supplément d'honoraire. il n'a pas le choix, on choisit très rarement d'être malade.
Vous savez bien que le problème des réformes en France est antérieur à Nicolas Sarkozy. La méthode est toujours la même expliquer que c'est le réformateur qui est la cause de l'échec désiré. Tous les procédés même les plus malhonnêtes sont du coup légitimés. Envoyer les troupes d'étudiants bloqueurs pour défendre des causes dont ils ne connaissent que la version idéologique qui leur est servie dans les officines spécialisées. Vous citez les "25 plus grands professeurs de médecines très réputés dans leur spécialité" sans dire qu'ils sont patrons hospitaliers et défenseurs du "pouvoir médical" qui est une des principales cause des problèmes en France. Leur procédé consistant à expliquer que c'est la marchandisation, la privatisation qui est l'enjeu est malhonnête. Que dire de votre oubli de la dénonciation de ces 25 par Claude Evin et par l'ensemble des directeurs hospitaliers? Information biaisée. Vous feignez d'être favorable aux réformes en accusant les réformateurs de les faire échouer.
En fait votre combat est clair lutter contre des réformes et le réformateur identifiées à des "avancées libérales". Pour vous le modèle "socialo-étatiste français" ferait preuve de vertus. Sa plus grande force c'est effectivement la force d'inertie. Vous y participez activement.
L'analyse du contretemps idéologique qui fait que les pays "libéraux" renforcent leur État au moment les étatistes voulaient le réduire ne tient pas compte du changement de cap de Sarkozy qui s'est aussitôt adapté à la situation nouvelle née de la crise.
M. Éric Le Boucher n'est ni pour ni contre les réformes, bien au contraire! Lesquelles ? On ne sait pas. Comment? On ne sait pas. Mais, comme tous les journalistes qui n'osent plus parler positivement de Sarkozy, il critique la forme ou la manière ou Dieu sait quoi encore. Dans ce papier comme dans ses interventions à l'émission de Philippe Meyer, "L'esprit public", il est si dédaigneux à l'égard de Sarkozy que l'on ne sait ce qu'il souhaite. Jamais un mot de soutien ou d'encouragement. On le sait bien que les politiques ne sont pas parfaits, mais bon sang si on veut que notre pays avance il faut le dire clairement et si on ne veut pas soutenir ceux qui s'y essaient au moins pourraît-on dire leur vérité à ceux qui bloquent. C'est trop facile de compter les points tranquillement assis dans les tribunes.
Et si on profitait aussi de la crise pour redéfinir la réforme et en particulier redonner du sens non pas à la terminologie idéologisée depuis Balladur et Blair mais au contenu même, tout en décrivant rigoureusement les objectifs. Et tous les pays sont assez murs pour comprendre qu'avec nos endettements, la meilleure gestion est un objectif louable.
Mais prenons des exemples,ce sera plus simple.La santé en France ne souffre pas de son coût global -plutôt moins cher à prestations égales que dans les pays équivalents avec la différence de financement par le public chez nous, par l'assurance ailleurs.
Elle souffre d'une redistribution des rôles qui n'a pas été faite malgré les progrès de la mèdecine. On paie un spécialiste quand un généraliste suffit et un généraliste quand un pharmacien est suffisant, etc... sans parler des autotests et autodiagnostics parfaitement au point (et qui seraient d'ailleurs un facteur de croissance au même titre que la croissance verte)
Elle souffre de la stupidité de l'ordonnateur de la dépense inclu dans une économie de marché libéral et de connivence rentière et du contrôleur qui s'abstient des outils libéraux de contrôle des prix et des prestations?
Elle souffre du mauvais arbitrage fondamental entre prévention et thérapie, comme l'exemùple des maladies dues à la suralimentaion va nous le prouver.
Et si on s'en prenait aux fondamentaux plutôt que de faire de l'organisationnel?Peut-être la réforme retrouverait son sens, comment faire mieux avec le service public, seul débat politique d'intéret
« Nicolas Sarkozy est devenu le premier obstacle à ses propres réformes ! »
Cependant, de petites questions me taraudent, pour être sur du sens (ironique, critique, ou partisan) que vous donnez à cet article.
Sarkozy n’a-t-il pas déclaré qu’il déciderait en son nom des réformes qu’il ferait durant son quinquennat, et que lui seul serait responsable devant les français ?
(Dans ces conditions, on ne peut pas reprocher aux français, ni à ceux qui ne sont pas d’accord avec sa politique, de le rendre directement responsable !)
Ne dressez vous qu’un constat négatif « des détracteurs » de ses réformes et de son attitude ? (Même si penser différemment, est parfois stigmatisé par certains de la majorité comme « coupable de quelque chose de négatif », heureusement que la pensée unique n’est pas encore obligatoire !)
Ne voyez vous aucune raisons valables dans ses objectifs non cachés d’asseoir par autoritarisme sa gouvernance, et son libéralisme exacerbé ?
(« L’autoritarisme » est sa marque de fabrique, à moins de trouver qu’il fait preuve de souplesse !)
Concernant votre exemple, je suis étonné du manque de rigueur (par a priori ?) qui caractérise d’habitude vos articles.
Vous prenez l’exemple de la réforme hospitalière, bien ! Mais vous laissez sous entendre que le 25 professeurs sont contre l’ensemble de la réforme, or il apparaît que le point de discorde concerne uniquement le fait de laisser les décisions à prendre, à un gestionnaire unique sans connaissance particulière du monde médical, de ses besoins, de ses contraintes.
On ne gère pas la santé, l’humain comme on gère une entreprise, le diagnostique et les remèdes pour soigner un malade, ne sont pas de même nature que la réparation d’une « voiture malade » chez son garagiste ! N’en déplaise à certains dans leurs commentaires, la question de l'humain n'est pas qu'une affaire de rentabilité !
Mr Le Boucher, vous auriez aussi pu prendre comme exemple la LME (loi de modernisation de l’économie) qui n’a pas suscité autant d’opposition, ni de « révolte ».
Excellente analyse.
Le seul objectif de Sarko, c'est d'être réélu en 2012 pour pouvoir continuer à vivre sur la bête, à jouer au roi en gros. Pour cela, il faut qu'il garde les 35/40% d'opinion favorable qu'il a depuis des mois. Après, cela se jouera dans la ligne droite, avec des promesses de dernière heure et en fonction du candidat qui sera en face. Pour garder ses 35/40% que doit-il faire, à qui doit-il parler ? Il doit faire une politique de droite et éviter les clashs, ce qu'il a fait successivement avec le cheminots, les étudiants, les chercheurs, maintenant avec les professeurs de médecine après les enseignants. Il recule donc très souvent mais ce ressentiment qu'il alimente contre les ennemis de son électorat (voir les délinquants) et même s'il n'a pas de résultat, cela conforte son électorat. Évidemment, son caractère le pousse à jouer les gros bras, à fanfaronner. Mais sur le fond il fait une politique pour son électorat qui s'y retrouve idéologiquement et financièrement (ils se disent "Sarko est des notres") et s'accommode de ses fanfaronnades. Néanmoins, un gros souci le guette, que la crise amplifie: un jour viendra, pas si lointain, où endetter la France coûtera beaucoup plus cher et là, il faudra qu'il fasse aussi payer son électorat. C'est d'ailleurs le nœud du débat sur le bouclier fiscal, s'il lâche là-dessus, il va ressembler à supermenteur, il va trahir. L'autre souci, probablement, c'est d'être sûr d'être au second tour. Villepin, Bayrou, il peut perdre des plumes. Il n'a donc qu'une ligne : donner l'illusion de la réforme, soigner son électorat, pas trop se renier... et vivre sur la bête, en attendant.
Anti-Sarkozysme primaire de votre part ? Non ? alors expliquez moi le "vivre sur la bête"
Merci d'avance cher Jboss
Cordialement,
Au fond, pour quoi roule Sarkozy ?
1/ pour se croire important en étant parmi les importants,
2/ pour profiter tous simplement des atouts de la fonction, ce que j'appelle "vivre sur la bête".
Le Canard enchaîné du 22 avril signale que 5 questions écrites du député Dosières, spécialiste du train de vie de l'Elysée, relatives au train de vie de notre monarque restent sans réponse à ce jour. Les ministres n'osent même plus s'exprimer sur le grand homme pour qui rien n'est trop beau.
Il se trouve qu'hier j'ai dû me rendre au commissariat de Vallauris pour porter plainte suite à une tentative d'effraction; la veille Sarko passait à Nice et le fonctionnaire de service nous a expliqué que tous les policiers du commissariat étaient mobilisés pour accueillir le grand homme à Nice! "il fallait pas qu'il y ait un caramel ici sinon on aurait rien pu faire".
Pour ma part, je ne crois pas à "Sarko le bosseur". c'est quand même le premier président de la république de l'histoire à avoir pris 4 semaines de vacances en août dernier. J'ai arrêté de compter les petits WE du monsieur (Egypte, Petra, Mexique, Brésil, Cap Nègre). Tout son activisme c'est de l'esbroufe, il fait ce qu'il veut, comme il le veut. Malheureusement j'aime mon pays et je crois qu'il a besoin d'être réformé. Sarko = la mise en scène de l'impuissance.
je sais qu'il est devenu habile et conforme à une certaine mode de mettre tout sur le dos de mr sarkozy et qu'il est trés facile d'attirer le gogo en parlant de son autoritarismeet de son libéralisme . mais hélas les thémes abordés méritent mieux qu'un procés en sorcellerie , un de plus , de mr sarkozy . 25 patrons, mandarins de l'APHP ne font pas hélas le systéme de santé français et ne résoud pas les problémes d'accés à des soins de qualité de l'ensemble des citoyens français .quand je les lis et que je les écoute nous parler de la médecine "mercantile" de mr sarkozy , on croit réver quand on sait ce que secteurs privés recouvrent à l'hopital public .
un peu moins de corporatisme, un peu plus d'altruisme et croyez moi l'hôpital y gagnera en transparence et en qualité.
arrêtons de reculer devant nos responsablités et de tout mettre y compris la météo sur le dos de "sarko" !!!!
Bref, Sarkozy est le seul politique à avoir encore le courage de tenter de réformer un pays en panne depuis 25 ans - quand le monde autour de lui avance à toute vitesse - mais sa mauvaise image permet aux corporatismes de mobiliser toutes les forces de résistance au changement que compte ce vieux pays bloqué.
Qu'est-ce qui nous reste à espérer, dans ces conditions ?
Que la gauche, radicalisée, tente de recréer pour nous une espèce d'Union Soviétique ?
Le problème, c'est que les réformes avaient déjà trop tardé lorsque la crise est venue tout bloquer. Même en comparaison avec notre voisin allemand, nous sommes en retard d'une génération dans la gestion de l'Etat social.
Lorsque le nouveau monde économique aura fini de prendre forme, on s'apercevra que la France appartient désormais aux pays qui ne sont plus dans le coup. Notre niveau de vie, qui stagne depuis déjà des années, baissera alors assez rapidement.