Les raisons de la colère
L'absence de dialogue social et l'affaiblissement du syndicalisme expliquent en grande partie les manifestations du désespoir des salariés.
- Manifestation des salariés de Continental à Sarreguemines le 31 mars 2009. Vincent Kessler / Reuters -
Séquestration de cadres dirigeants, saccages de lieux officiels, occupations d'usines... Chacun trouvera matière à commentaires. Inexcusable, compréhensible, attendue, espérée ou redoutée, cette violence sociale est surtout révélatrice d'un échec national. Tous les pays développés, et notamment nos plus proches voisins, sont touchés par la crise. Et celle-ci est dure, implacable, cynique... Le chômage croît vertigineusement, les entreprises se restructurent hâtivement pour retrouver, dès demain, leurs profits d'hier, les patrons continuent de se rémunérer par tous moyens, comme si de rien n'était, les délocalisations s'accélèrent toujours plus loin. Et les gouvernements, au-delà des proclamations officielles, laissent filer leurs déficits comme pour mieux dissimuler leur impuissance. Oui, il y a partout des raisons de la colère.
Et pourtant, c'est en France qu'elle est susceptible de dégénérer le plus vite. Déjà qu'en temps de relative prospérité, la grève, le blocage, le conflit sont les formes les plus courantes — alors qu'elles devraient être les recours ultimes — de la confrontation sociale, en période de crise, tout est à craindre. Non pas l'émeute ou la révolution — laissons cela aux spécialistes du XIXe siècle — mais les manifestations du désespoir. Celles des travailleurs sans travail, des ouvriers sans ouvrage, des employés sans emploi. Celles des «rien à perdre», cette cohorte humaine à qui l'on a ôté bien plus que le travail, mais le statut, l'identité et la dignité.
Voilà ce qu'il en coûte à un pays comme le nôtre d'avoir autant affaibli le syndicalisme, d'avoir réduit la négociation sociale à une peau de chagrin, d'avoir méconnu la légitimité de l'action collective, d'avoir laissé les délégués du personnel sous la menace de la sanction ou de la mise à l'écart. D'avoir aussi permis que la moitié des entreprises ne compte pas de représentation syndicale, d'avoir refusé tout financement public des grandes confédérations, d'avoir amoindri la portée des élections prudhommales, espérant la désuétude de l'institution. D'avoir confiné le paritarisme à un partage des places plutôt que des responsabilités, d'avoir nié le fait majoritaire, de crainte de recomposer le paysage syndical français autour des plus grandes centrales. Bref, d'avoir fait le pari de l'individualisation des rapports sociaux atténuée par la sainte alliance du paternalisme et de l'étatisme.
Le patronat français n'est pas une victime — comme il voudrait le faire apparaître — mais le premier responsable de cet assèchement du dialogue social. Le Medef s'est transformé en lobby pour ne pas dire en parti. Qu'il défende les intérêts des entreprises, c'est bien le moins. Mais qu'il prenne alors, en leur nom, ses responsabilités. Or, il avoue son incapacité à normaliser — je n'ose pas dire moraliser — les hautes rémunérations, les stocks-options et autres retraites chapeaux. Il fuit devant toute discussion sur le partage de l'effort, alors même que les Français et leurs entreprises subissent une crise majeure. Il exige toujours et encore des baisses d'impôts et de cotisations, en refusant toute contrepartie. Il se méfie de l'Etat en lui demandant toujours plus pour offrir toujours moins à la négociation.
Que sont devenus les grands accords interprofessionnels d'antan? Même les discussions de branches sont devenues exceptionnelles. Tout est renvoyé vers l'entreprise elle-même où il ne se passe le plus souvent rien ou si peu. A force de manquer au dialogue, de déserter les lieux du compromis, c'est la force qui parle. Celle des rapports économiques. Celle des rapports humains aussi. Ils peuvent, les uns contre les autres, se révéler explosifs.
Et que dire de la propension des pouvoirs publics, notamment depuis deux ans, à s'ériger en recours universel, en pompier maladroit, en acteur de dernier ressort, en médiateur de tout et en régulateur de rien!
C'est le Chef de l'Etat qui, s'enorgueillissant encore récemment de faire la tournée des usines, constate désormais navré leur fermeture. C'est lui qui voulait réhabiliter le travail et le voit s'évaporer. C'est toujours lui qui prétendait que l'Etat pouvait tout et qui découvre, aujourd'hui, qu'il n'en peut mais.
Alors, cessons de gémir sur la pauvreté du dialogue social. Cette situation a été voulue, entretenue, délibérée. Et, aujourd'hui, il y a urgence à sortir de l'impasse du mutisme et de l'indifférence. Dans ce moment de crise du capitalisme, de contestation des patrons, de doute sur les valeurs de l'entreprise, de risque de violence, la planche de salut est le syndicalisme lui-même.
C'est avec des syndicats forts, responsables et unis que le pays retrouvera le chemin du compromis, de la négociation et du partage. C'est l'une des leçons les moins malheureuses de la crise à la veille du 1er mai.
François Hollande
Image de une: manifestation des salariés de Continental à Sarreguemines le 31 mars 2009. Vincent Kessler / Reuters
Mis à jour le 22/04/2009 à 17h55











































"Déjà qu'en temps de relative prospérité, la grève, le blocage, le conflit sont les formes les plus courantes — alors qu'elles devraient être les recours ultimes —"
loi sur les ce (comités entreprise)?
loi sur la transparence syndical?
loi sur tout et jamais appliquée?
votre constat est juste ...
les syndicats paient leur politique de preneur d'otage (sncf,edf,gdf,france telecom....), de "jusque boutiste" ...... sa dure depuis trop longtemps monsieur sans résultat.
si la gauche ne donne pas l'exemple pourquoi les syndicats le feraient?
"faites ce que je dis pas ce que je fais" semble un peut juste non?
à quand la refonte de la gauche?
à quand la fin du mammouth socialiste?
à quand la fin de l'intérêt politique pour l'intérêt des citoyens?
quand je vous lis j'ai toujours plein de questions. force est de constater que je trouve rarement de réponses. dommage.
Votre diagnostic sur les dérives violentes constatées chez les ouvriers licenciés des grands groupes est donc la faiblesse du dialogue social.
Donc en fonction de votre diagnostic, si les prudhommes, les syndicats, le dialogue étaient plus représentatifs - encore faut-il nous dire comment - la crise serait mieux vécue parce que le dialogue social permettrait non seulement de licencier plus humainement, d'arrêter les délocalisations, d'instaurer des compromis (lesquels ? Plus de RTT, moins d'heures de travail, plus de primes, augmentation de salaires, vous ne le dites pas?) et de partager. Mais partager quoi exactement ?
Vous accusez les successeurs de Monsieur Jospin d'avoir amoindri le dialogue social. N'est-ce pas plutôt le désintérêt des Français pour leurs syndicats trop politisés et plus garants des privilèges acquis des fonctionnaires que de la défense de l'employé, est la réelle cause de la situation que vous décriez ?
La gestion socialiste de 1997 à 2002 a peut être été efficace sur certains points qui se rapprochent énormément d'une gestion de droite mais en matière de temps travail, d'accès aux loisirs, elle a surtout été responsable de l'augmentation du coût du travail et de l'imposition.
L'alourdissement des charges sociales, l'imposition visant à financer l'assistanat d'une tranche de population avec peu de qualification, un immobilisme dans la rénovation de l'administration, des lois comme celles de la retraite, de la police, de l'armée, l'absence de règles permettant d'appréhender la mondialisation, ont permis à de nombreux patrons de s'implanter ailleurs et pas nécessairement plus loin, en Europe, cette Europe que vous avez refusé de construire via un traité, certes imparfait mais réel.
La conséquence de tout cela, plus la bulle internet de 2003, les attentats de 2001 et leurs conséquences ont amplifié la crise économique de la France à laquelle s'ajoute aussi la crise financière mondiale que vous oubliez bien opportunément.
La violence des ouvriers licenciés est gratuite et improductive. Elle ne fait qu'apeurer les éventuels investisseurs, ce qui n'augure rien de positif pour la sortie de crise. Admettre, voire cautionner ce comportement est pour le P.S. une grave faute qu'elle, en place, n'aurait jamais admis.
Enfin vous parlez de dialogue social que la droite bafoue. Mais quel effort fait le P.S. pour aider le gouvernement dans cette crise ?
Aucun effort, aucun soutien, c'est une opposition systématique à toute loi, à toute proposition. Quel président a invité autour d'une table l'ensemble des parlementaires pour un debriefing du G20? Quelle a été la conséquence ?
Quel dialogue consent la première secrétaire du P.S. avec le gouvernement ? Aucun ? Prendre l'Allemagne en exemple, c'est bien, critiquer un leader socialiste comme Kouchner ou Besson parce qu'il participe au gouvernement, est-ce du dialogue ?
Enfin, l'exemple de l'opposition pour les Français est mauvaise surtout dans une période actuelle aussi difficile. Les discours de Mme Royal sont l'illustration du naufrage d'un parti de gauche : ne fonder son positionnement que sur l'anti-sarkozysme primaire, sur l'excuse et le pardon, la participation au conflit en Guadeloupe, l'appel à la révolte sont d'une vanité confondante.
Une des raisons de ma colère est que depuis 28 ans, je paie les erreurs de 1981, la cohabitation. Pour l'instant, des ouvriers s'en prennent à leur outil de travail. Espérons que dans les années à venir, la France véritable cocotte minute qui n'admettra plus une gauche des années 97/2001 et des années 80, ne s'entre-déchire pas !
Monsieur Hollande,
Le manque de représentativité des syndicats est un fait que vous décrivez bien. Néanmoins, ce n'est pas la principale raison de notre crise actuelle, ni même la raison des manifestations de violence.
Les origines de la crise proviennent d'un triple phénomène:
1) les dérèglementations progressives des marchés financiers depuis les années 80 initiées par Reagan, Thatcher, et poursuivies en France par les gouvernements de droite et de gauche (la bourse ne s'est jamais aussi bien portée que sous le gouvernement de Lionel Jospin, et Laurent Fabius a largement légiféré en faveur des stock-options).
2) la mondialisation issue de la chute du mur de Berlin
3) l'avènement d'internet et le développement des nouvelles technologies décuplant les flux financiers, et favorisant le développement de produits financiers complexes
Tout cela a amené à une inversion de la pyramide qui plaçait le capital en haut et le travail en bas. Cette bulle vient d'exploser sous nos yeux.
Le phénomène de délocalisation vers les pays low costs n'est pas un phénomène nouveau. Il est inéluctable dans ce système ou la recherche du profit à court terme est le moteur principal. Sans débattre ici des bienfaits et méfaits de la mondialisation (que l'on peut voir positivement comme un rééquilibrage des richesses des pays riches vers les pays pauvres), force est de constater que les hommes politiques français n'ont rien fait pour que la France s'ADAPTE à cette mondialisation, comme l'ont fait l'Allemagne (grâce à une véritable politique industrielle), et le Japon (en se développant sur la robotique par exemple).
Bref, il est facile de stigmatiser les patrons et le gouvernement Sarkozy, ou la représentativité des syndicats. Mais les vrai causes sont ailleurs:
- absence de vision industrielle pour notre pays (comment être compétitif malgré un coût du travail trop élevé?)
- dé-responsabilisation/victimisation des citoyens dans un grand nombre de domaines (sécurité sociale, assurance chomage, subventions de tous ordres, ...) => la protection, oui, l'assistanat, non!
- conservatismes de tous bords qui empêchent toute réforme d'ampleur.
- le coût du travail et les charges excessives qui pèsent sur nos entreprises
- tous ces facteurs nous affaiblissent dans un monde concurrentiel qui nécessite de se remettre en cause. S'adapter ou disparaître...
Tant que nos hommes politiques (dont vous et M. Sarkozy) cacheront les vrais problèmes, aux Francais, nous nous exposerons à des retours de flammes et à des explosions sociales.
Par ailleurs, le mutisme du PS concernant la séquestration des chefs d'entreprise et le saccage de la préfecture de Compiègne est choquant. Ce silence est déplorable. Lorsqu'il s'agit de faire respecter l'état de droit, nous avons besoin d'union nationale, droite et gauche unies. Pardon de rêver, mais cela se pratique de l'autre côté du Rhin... OUVREZ LES YEUX SUR LE MONDE SVP...
Mon propos vous paraîtra excessif, mais en prenant la peine de vous attarder vous y verrez des choses sensées.
En premier lieu la colère des ouvriers et qu'elle qu'en ait été la forme est LEGITIME et très largement contenue par rapport à la violence insupportable dont ils sont VICTIMES. Car j'estime qu'un système (dont on peut rechercher les composantes et les responsables) qui ATTAQUE un humain en le privant de tout ce qu'il a construit ou entretenu depuis des années (sa famille qu'il ne sera plus en possibilité de choyer, son outil de travail, sa maison dont il rembourse l'emprunt...) se rend coupable d'une AGRESSION.
Un système qui se rend coupable de multiples agressions voire MUTILATIONS en ce qu'il réduit à néant des années d'efforts et de travail, en ce qu'il avilit l'homme en le laissant errer sans domicile et sans perspective...Eh bien ce système est source d'une OPPRESSION.
Face à l'agression un pays est fondé à déclarer la guerre, face à l'oppression l'humain est en droit sinon en devoir de faire cesser cette oppression, légalement d'abord ( ceci à la condition que le gouvernant ait mis à sa disposition les moyens légaux utiles), puis par tout moyen... Ceci jusqu'à l'insurrection. Je ne dis pas que nous sommes ou non dans un climat insurrectionnel, je dis que l'insurrection est le dernier recours, mais c'est un recours légitime. Il serait bon que chacun se figure cela.
Par avance je réponds aux protagonistes qui se hasarderaient à avancer des arguments aussi dérisoires que les plans de reclassements ou les indemnisations pour rempart au désespoir de ces laborieux que ces réponses sont des cautères sur des jambes de bois.
"...Déjà qu'en temps de relative prospérité, la grève, le blocage, le conflit sont les formes les plus courantes — alors qu'elles devraient être les recours ultimes — " écrit F. Hollande.
Quand on lit ce genre de propos, on se demande bien si F.Hollande ne serait pas en train de virer à droite, ou plus précisément vers F. Bayrou, l'homme qui a toutes les solutions.
On se dit, en lisant ceci, pourquoi a t il attendu d'être hors des responsabilités socialistes pour énoncer ces nobles vérités !
Realpolitik ou langue de bois ?
Et pourtant, c'est en France qu'elle est susceptible de dégénérer le plus vite. Déjà qu'en temps de relative prospérité, la grève, le blocage, le conflit sont les formes les plus courantes — alors qu'elles devraient être les recours ultimes — de la confrontation sociale, en période de crise, tout est à craindre.
Au lieu de s'en prendre uniquement au patronat et a la droite comme le fait M. Hollande, peut-etre faudrait-il aussi parler des responsabilites des syndicats et de la gauche dans ce drame social. Ces 2 derniers ont ete incapables de se moderniser depuis 20 ans. En France, on se retrouve avec:
1) Des syndicats qui sont dans leur immense majorite archaiques, contraints d'avoir des positions ancrees tres a gauche pour garder leurs adherents parfois quasi-extremistes (on voit bien les methodes de SUD-rail). Ils ne peuvent avoir que des rapports de force muscles avec le gouvernement, car en cas de crise majeure signer un quelconque accord avec lui est vu comme une trahison par leur base. Ces syndicats rebutent donc la majorite des travailleurs du prive, qui travaillent dur, se taisent et subissent les greves des services publics annee apres annee. Au final, les syndicats francais representent avant tout les fonctionnaires. Ils defendent leurs adherents au detriment du reste de la population.
2) Un PS qui est reste fige depuis les annees 80, a nous proposer toujours les memes solutions dont on a deja eu la preuve qu'elles ne marchent pas. Il court apres ses electeurs perdus d'extreme gauche. Il fait preuve d'un manque de courage sur la meilleure politique economique a suivre (Par exemple, jamais je n'ai vu un membre du PS s'inquieter des effets negatifs d'une eventuelle hausse du SMIC sur le chomage et/ou les delocalisations). Il ne s'est declare partisan de l'economie de marche que l'annee derniere. Les membres les plus eminents du PS exacerbent le sentiment d'injustice sociale de facon purement demagogique afin de recuperer des voix. M. Hollande lui-meme est alle dire a la television "Je n'aime pas les riches" pour soigner son image d'homme de gauche. Ces riches qui deviennent petit a petit des ennemis publics. Ce parti est incapable de devenir le grand parti social-democrate dont la France aurait tant besoin.
Au final, les uns et les autres entretiennent artificiellement un climat social explosif, pour des raisons de tactique electorale. Le francais moyen finit par etre convaincu que la lutte des classes fait rage. Dans aucune autre grande democratie le clivage gauche/droite n'est aussi fort, et il empeche la tenue de debats sereins et constructifs.
Quel étrange écho ai-je pu entendre ce matin sur RTL quand l'invitée du jour parlait des causes des conflits sociaux et de leurs solutions !
Cette invitée n'était autre que Mme Royal et apparemment votre duo politique est loin d'être terminé.
Même constat ! Mais vous oubliez autant l'un que l'autre de dire que ces conflits sociaux ne sont pas le fait de la législation française et du manque de dialogue mais le fait d'entreprises étrangères.
Si je ne m'abuse : Caterpillar, Continental (pourtant allemand donc supposé avoir plus de dialogue !)3M, Molex, Toyota, etc..sont bien des entreprises américaines, allemandes, japonaises ? Alors pourquoi placer la confusion avec vos propos aux moments les plus durs de la crise ?
Les solutions toutes trouvées de Mme Royal à la crise est "la croissance verte". Quelle jolie expression qui ne veut rien dire quand on y réfléchit de plus près.
Alors que le PS et Mme Royal sont contre la construction de centrales nucléaires et d'EPR, voilà que l'on nous parle de la voiture électrique. Où prend-on l'électricité ? Comment gère-t-on les déchets de ces voitures (batteries). S'agissant du photovoltaïque, sait-on aujourd'hui se débarrasser proprement des panneaux en fin d'utilisation ? Au sujet des éoliennes, les associations s'élèvent contre leur implantation. Comment compte faire Mme Royal pour les imposer alors qu'en Charente-Maritime, elle ne participe pas au débat des pour et des contre ?
En conclusion, il est simple pour ceux qui n'ont que peu connu voire pas du tout, le travail au niveau gouvernemental, de mettre en avant une absence de dialogue social, un amoindrissement du rôle des syndicats sans voir que justement le malaise provient des entreprises étrangères qui n'hésitent pas à licencier pour réembaucher aussi vite, en fonction des fluctuations du marché.
Votre démonstration montre à tout le moins que le parti socialiste français est complètement dépassé par la mondialisation , l'évolution des pratiques sur le marché du travail et ne propose rien moins que des solutions du 20ème siècle qui n'ont rien prouvé sinon une fuite du travail à l'étranger.
Monsieur Hollande
A chaque fois je me demande si vos propos relèvent du cynisme ou du catéchisme. A moins que ce soit d'une addiction à l'exercice d'habiletés vaines. Les commentateurs, à part les décervelés, très minoritaires sur Slate, donnent souvent un bon éclairage critique auquel vous ne répondez guère. D'où cette impression récurrente à la lecture de vos papiers.
Premier paragraphe, un tableau peint à coup de poncifs. Echec national, nos voisins proches touchés et cette formule d'une crise dure, implacable, cynique. Quel beau glissement sémantique sans doute le reflet du votre qui d'un problème fait une faute, celle des autres. Cynisme avez-vous dit?
Paragraphe 2 vous commencez par un avis courant sur le cas français et vous glissez sur « les manifestations du désespoir ». Y aurait-il un désespoir français? Le tableau des damnés de la terre que vous nous servez est-il spécifique à la France? À la crise? Sans enlever le drame de ces situations, l'exploitation que vous en faites n'a rien à voir avec la crise.
Paragraphe 3 notre pays mis en accusation d'avoir affaibli le syndicalisme. Rappelez-nous donc comment se sont négociées les 35 heures du temps de votre premier ministre Jospin? Le tableau, là aussi est une belle critique de ce que vous avez fait mais au lieu de vous interroger sur ce qui vous a amené à cela vous passez, au paragraphe suivant, à la dénonciation du patronat français comme s'il était la cause de cela.
Y aurait-il un caractère génétique du patronat français? Il est vrai que Mr Antoine Seillière ex président du Medef et monsieur Jospin étaient sur les bans de la même école, la vôtre l'ENA, celle de beaucoup d'hommes politiques, de hauts fonctionnaires, de dirigeants d'entreprises publiques et privées. Tiens Nicolas Sarkozy n'en est pas, lui dont le langage n'est pas si châtié, ni l'habileté si contournée. Mieux, comme l'a observé un commentateur plus attentif que vous, ce sont des entreprises étrangères qui sont sous les feux de la rampe des conflits violents.
Je note ensuite « Que sont devenus les grands accords professionnels d'antan? Et un peu plus loin. « Alors cessons de gémir de la pauvreté du dialogue social » Belle autocritique. C'est suivi d'un « cette situation a été voulue, entretenue, délibérée » Alors là par qui? il faut vite nous le dire? Mais comme vous vous en gardez et que vous avez déjà désigné des coupables, le patronat et le gouvernement de Sarkozy le lecteur peu attentif est servi.
Votre conclusion est d'une telle banalité, d'une telle platitude, d'une telle évidence pour tout le monde qu'on se demande quel était le but de cet article.
Peut-être, comme le suggérait Hercule Poirot dans un commentaire sur Slate, nos syndicats n'en sont pas, c'est pour cela qu'ils ne recueillent pas les suffrages des salariés.
Enfin vous avez quand même réussi à désigner les coupables et à justifier « les réactions de désespoir » qui permettent de noircir le tableau, à donner raison à la colère contre les désignés coupables. Toujours ça de pris. Alors catéchisme, cynisme, habileté vaine?
Merci aux précédents participants qui ont su exprimé mes idées mieux que je n'aurais su le faire.
Je suis presque admiratif devant la capacité de certains politiques à tenir tout ce temps avec un bras levé et un doigt pointé vers l'adversaire, vers ce qu'ils désignent opportunément comme étant l'origine de nos problèmes.
Tout ce temps dans l'inaction la plus complète, et ce sans une crampe - ou presque - c'est fort !
En réalité le Socialisme français semble dans sa pratique sacrément courbaturé, au point que sa prise de parole ne sert qu'à des excuses indues et honteuses, quand un grand et sincère pardon devrait être adressé aux militants de la gauche majoritaire - et à certaines collaboratrices - pour tous leurs errements depuis 1981 qui rejaillissent aujourd'hui.
Au fond, pourquoi Monsieur Hollande ne cherche t-il pas à analyser les causes profondes de la crise du travail, et n'en évoque que des symptomes directement perçus par les français ? Encore une manoeuvre politique ? Pense-t-il sérieusement que les Français ne savent pas, ou ne réaliseront pas un jour, que les pairs de Monsieur Hollande sont ceux qui ont instillé le mal rampant de notre société, à savoir le travail dévalué parce que découragé par l'assistanat et le mépris pour les entrepreneurs ?
Je pense que le moral des français au plus bas, leur croyance quasi-disparue dans leur capacité à améliorer leurs conditions de vie par leur travail au quotidien, et leur pouvoir d'achat en berne, sont directement liés à cette crise profonde du travail. Lors de sa campagne, Nicolas Sarkozy avait proposé cette même analyse. J'ose croire qu'une partie significative de ses électeurs, même si elle n'a pas été d'accord avec lui sur tout, a adhérer à ce constat qui est crucial, et à l'idée que des solutions concrètes pouvaient être envisagées pour s'en sortir.
En marge de ces considérations, j'ai une question qui me semble très importante : le Socialisme français pourra t-il un jour défendre les intérêts de tous les Français sans exception, et parmi eux ceux qui créent de l'activité et des richesses ? Ou poursuivra t-il toujours, au travers de discours démagogiques et trompeurs, sa logique comptable de récupération des votes populaires et de dénigrement des patrons - qui sont, au passage, pour l'écrasante majorité dirigeants de PME ?
Corollaire : n'y aurait t-il pas donc quelqu'un dans l'énorme appareil socialiste d'assez courageux pour faire le procès aux politiques exercées par ses pairs par le passé, risquer de ne pas toujours être porté par les masses les plus en difficulté, et affronter avec honnêteté et sans démagogie ni calcul politicien aucun nos problèmes à leurs racines ?
En tout cas, une fois de plus et de manière toujours aussi éloquente, Monsieur Hollande s'exclut de ce rôle.
Tout à l'opposé, j'admire l'attitude digne, et la posture critique et constructive - non simplement dénonciatrice - de Monsieur Attali à qui je souhaite de pouvoir peser toujours plus dans le débat démocratique.
Que certains, enfin, cessent la prose, et se proposent d'agir !!
Mon propos vous paraîtra excessif, mais en prenant la peine de vous y attarder vous verrez des choses sensées.
En premier lieu la colère des ouvriers et qu'elle qu'en ait été la forme d’expression est LEGITIME et très largement contenue par rapport à la violence insupportable dont ils sont VICTIMES. Car j'estime qu'un système (dont on peut rechercher les composantes et les responsables) qui ATTAQUE un humain en le privant de tout ce qu'il a construit ou entretenu depuis des années (sa famille qu'il ne sera plus en possibilité de choyer, son outil de travail, sa maison dont il rembourse l'emprunt...) se rend coupable d'une AGRESSION. Un système qui se rend coupable de multiples agressions voire de MUTILATIONS en ce qu'il réduit à néant des années d'efforts et de travail, en ce qu'il avilit l'homme en le laissant errer sans domicile et sans perspective...Eh bien ce système est source d'une OPPRESSION. Face à l'agression un pays est fondé à déclarer la guerre, face à l'oppression l'humain est en droit sinon en devoir de faire cesser cette oppression, légalement d'abord ( ceci à la condition que le gouvernant ait mis à sa disposition les moyens légaux utiles), puis par tout moyen... Ceci jusqu'à l'insurrection. Je ne dis pas que nous sommes dans un climat insurrectionnel, je dis que l'insurrection est le dernier recours, mais c'est un recours … légitime ! Il serait bon que chacun se figure cela.
Par avance je réponds aux protagonistes qui se hasarderaient à avancer des arguments aussi dérisoires que les plans de reclassements ou les indemnisations pour rempart au désespoir de ces laborieux que ces réponses sont des cautères sur des jambes de bois.
En second lieu, certains arguant de l’improductivité de l’expression d’une colère pensent invalider cette colère et rêvent peut-être ainsi de l’ annihiler.
C’est désarmant de candeur…mais d’aucun recours lorsque viendra le jour de faire face à cette colère.
Et c’est là qu’est la principale question. Face à la colère, il n’existe que deux possibilités. Soit on peut faire diminuer la colère avant qu’elle n’atteigne le seuil de basculement du passage à l’acte. Soit il faut être capable de survivre à son expression. Or force est de constater que de l’apaisement ou de l’adaptation à l’expression de la colère nous ignorons tout. Si bien que face à cette colère ne sommes tout simplement capable que de pousser des cris d’indignation ou d’ergoter sur ses causes ou ses conséquences.
Il ne faut pas non plus céder à l’idée triviale d’une résistance car toute tentative de contenir ou d’attaquer la colère par contrainte physique ou morale est vouée à l’échec. Car très rapidement ces forces contraignantes ou d’attaque muteraient en forces d’oppression et seraient sources de colère.
En conséquence je préconise l’apaisement. C’est une voie difficile en ce qu’elle nécessite la compréhension, la compassion et la sollicitude.
Puis je préconise de l’imagination et de la compétence pour trouver une place pour chacun.
Aider chacun à trouver sa place, n’en déplaise aux esprits chagrins ce n’est pas de l’assistanat, ni même exclusivement de l’assistance, c’est de la FRATERNITE (comme dans liberté, égalité, fraternité ;).
En ce qui concerne les aspects économiques de la situation actuelle du pays, quelques questions me viennent à l’esprit.
Pourquoi un pays qui compte les laborieux les plus productifs et parmi les plus qualifiés du MONDE ne fabrique-il pas les meilleurs produits du monde?
Pourquoi ces meilleurs laborieux du monde ressortissants du pays où la qualité de vie est reconnue dans le monde entier sont-ils les moins épanouis dans leur travail ?
La meilleure productivité qui soit n’est-elle pas le corollaire d’un taux de chômage relativement élevé ?
En ce cas que choisir ?
Mieux, quel modèle socio-économique nous permettrait d’échapper à ce terrible dilemme ?
P.S : -pas de réponse simpliste.
-arrêtez de regarder le doigt quand il vous montre la lune.
Votre propos est rationnel mais incomplet et je vais répondre à votre question finale.
La première partie qui décrit la souffrance de ceux qui subissent cela est factuellement exacte. Mais tout se passe dans votre raisonnement comme si il y avait un contrat entre le salarié et l'entreprise qui lui garantisse que cette situation n'arrivera pas. Or il n'existe pas ce contrat et d'autant moins que les entreprises ne sont pas des entités stables, de moins en moins. Il y a donc une attente implicite de stabilité garantie et une réalité de changement permanente. Ou alors il s'agirait d'être fonctionnaire dans une administration qui prend en charge l'avenir des siens (pas des autres). C'est l'idéal étatique qui tient que tant qu'il y a quelqu'un pour payer.
Le contrat des ouvriers est un contrat de salarié. Mais ce contrat est un contrat de subordination c'est-à-dire qui place le salarié en position de mineur. De ce fait il n'est pas forcément tenu au courant des problèmes "majeurs" et il ne s'en préoccupe pas non plus jusqu'à ce qu'arrive la catastrophe vécue comme une trahison du pacte supposé. Qu'il existe des patrons abusifs et peu ouverts au dialogue certes. Mais la situation décrite est inscrite dans le caractère fallacieux du contrat de salarié tel qu'il est. Je dois vous dire qu'un éminent syndicaliste du PS ma expliqué pourquoi cette clause de subordination était indispensable pour permettre aux syndicats d'étayer leurs revendications. Vous lisez bien les (des) syndicats veulent qu'il en soit ainsi. Ils ne veulent pas qu'il y ait un dialogue permanent entre pairs, contractuel. C'est pourtant ce qui justifie l'existence des syndicats partout ailleurs et leur échec en France (8% et surtout dans la fonction publique). Ce n'est pas une garantie contre les difficultés mais contre des attentes excessives et des surprises impréparées.
Pour ma part la réponse à la question du modèle socio-économique c'est celle de l'économie communautaire où tout est discuté, évalué, engagé en référence au Sens du bien commun. Pas dans l'absolu, insaisissable, mais dans le cadre accessible de l'existence communautaire.
Je voudrais enrichir votre dernière ligne.
La formule classique est "quand le sage montre la lune l'idiot regarde le doigt" seulement elle est insatisfaisante parce qu'elle décrit une situation où l'essentiel est évacué au profit de l'accessoire. L'essentiel c'est que le sage montre la lune à quelqu'un, c'est un acte intentionel. C'est dans cette relation que se trouve le Sens de la situation. C'est donc le sage qu'il faut regarder pour entendre le Sens de ce qu'il veut vous dire ainsi. Restaurer l'humain et l'essentiel, le Sens humain au lieu des formes accessoires et même du savoir qui n'est qu'un prétexte.
Même chose pour l'économie communautaire. L'important c'est le Sens du bien commun et pas les calculs accessoires et les spéculations lunatiques.
Le premier merci répond à la lecture patiente du propos originel de F. HOLLANDE et de ma modeste contribution.
Le second merci concerne la qualité de votre réponse qui tranche avec l'indigence d'autres contributions en ce qu'elle permet notamment d'enrichir le débat.
Le troisième est en rapport avec votre travail de "cohérence" que je vais m'empresser de lire plus avant.
Quelques précisions a propos de " Mais tout se passe dans votre raisonnement comme si il y avait un contrat entre le salarié et l'entreprise qui lui garantisse que cette situation n'arrivera pas". En fait si, il y a un contrat, il y a même de multiple engagements émanant de multiples intervenant. Le premier engagement provient de la société qui par les articles 16-3 et 22 de la déclaration universelle des droits de l'homme dispose que : -"Toute personne, en tant que membre de la société, a droit à la sécurité sociale ; elle est fondée à obtenir la satisfaction des droits économiques, sociaux et culturels indispensables à sa dignité et au libre développement de sa personnalité, grâce à l'effort national et à la coopération internationale, compte tenu de l'organisation et des ressources de chaque pays."
-"La famille est l'élément naturel et fondamental de la société et a droit à la protection de la société et de l'Etat."
Cela engage l'entière société (dont n'est pas exclue l'entreprise pas plus que ses dirigeants).
Le deuxième engagement directement formalisé par l'entreprise consiste effectivement dans ce lien de subordination qui privant l'employé de toute initiative s'autotransfert la responsabilité du destin de ce dernier.
La remarque fort juste de l'incapacité de l'entreprise, trop peu stable, à assurer cette responsabilité ne l'en délie pourtant pas.
Elle doit selon moi assumer ce risque en s'assurant auprès d'un assureur privé ou de l'Etat.
Par rapport au "il existe des patrons abusifs et peu ouverts au dialogue certes", je ne peux qu'abonder et j'ajouterais même que ceux la ne représentent pas la menace la plus sévère mais son révélateurs du vrai danger. La relation de subordination doit céder la place à un rapport de coopération et les acteurs de l'entreprise doivent entendre la divergence d'intérêt et en ce dernier cas la supériorité de l'intérêt général et de la règle du jeu. En ces derniers points je partage largement votre point de vue en particulier "modèle socio-économique c'est celle de l'économie communautaire où tout est discuté, évalué, engagé en référence au Sens du bien commun. Pas dans l'absolu, insaisissable, mais dans le cadre accessible de l'existence communautaire".
Cependant la vulnérabilité de l'employé n'est pas seulement due à la relation de subordination, mais aussi à la répartition des fonctions. En effet, le patron de l'entreprise disposera toujours des données lui permettant de "voir plus loin" que l'ouvrier puisque précisément c'est son métier. Il faudrait donc pour contrer cet effet, soit organiser une rotation ou un partage des fonctions et/ou assurer le risque proportionnellement à l'impossibilité de l'anticiper.
"quand le sage montre la lune l'idiot regarde le doigt", je connais la formule, mais ne l'ai pas employé en raison du mot idiot. Je reçois votre lecture du sens de la relation entre le passeur et l'apprenant, mais ne peux manquer d'y voir aussi la beauté de la lune.
Enfin le quatrième et dernier merci consécutif à votre réponse à ma dernière question avec la proposition d'une conquête ou d'une reconquête du bien commun. J'ai humblement appelé cela "civilisation de bien public et commun".
Je vous livre ici Monsieur Hollande un exemple de dialogue social qui prouve à tout le moins, le peu de confiance que l'on peut avoir dans les propos du P.S. :
"S'il est une chose qui met tout le monde d'accord, chez les différents représentants syndicaux de la région Poitou-Charentes, c'est le sentiment d'être peu pris en compte par leur « patronne », Ségolène Royal. La présidente du Conseil régional recevait en audience les représentants du personnel le 19 février dernier. « La réunion était prévue à 14 h 30. Elle a d'abord été repoussée à 15 h 15. Finalement, la présidente n'est arrivée qu'à 16 heures et au lieu de nous donner la parole, c'est nous qui avons dû l'écouter. » Telle est la façon dont Dominique Vivien, de la CFDT a vécu cette rencontre...Du mépris...Ces collègues des autres syndicats y ont vu un manque d'intérêt et même du mépris à leur égard, c'est en tout cas ce qu'ils écrivent noir sur blanc dans un communiqué rendu public cette fin de semaine et signé par l'intersyndicale CFDT, CGT, Force ouvrière, la FSU, l'UNSA et la FA-FPT (Fédération autonome de la fonction publique territoriale). Les personnels de la région Poitou-Charentes y réclament une nouvelle audience auprès de la présidente. « On en a marre de se faire balader entre diverses réunions de commissions et groupes de travail au contenu extrêmement flou, lorsque tout n'est pas déjà dit d'avance », commente à son tour James Treuil, de Force ouvrière, qui fait partie des personnels non enseignants des lycées, ceux qu'on appelait autrefois les Atoss. Depuis le 1er janvier 2009 et l'ultime volet de la décentralisation, les derniers de ces personnels techniques et administratifs sont passés sous tutelle régionale. Ils sont devenus des ATTET, adjoints techniques territoriaux des établissements d'enseignement, ce qui porte l'effectif total des fonctionnaires de la Région à 2 400 personnes. « La présidente semble plus attentive aux paroles des syndicalistes extérieurs, dans les entreprises en difficulté qu'elle soutient, que dans sa propre maison », estime encore James Treuil. Foin de démocratie participative ! Ce que veulent à présent les syndicats, c'est l'ouverture négociations « à l'ancienne », c'est-à-dire sur la base de leurs revendications. « Nous voulons des réponses sur le problème des ATTET non remplacés dans les lycées lorsqu'ils sont absents. »
Source : Le journal SUD OUEST | Samedi 28 Mars 2009
A chaque lecture de vos chroniques, Mr Hollande, je me pose toujours la même question: Répondre ou ignorer ? Et puis, comme d'habitude, je réponds car j'ai trop de mal à laisser passer platitudes pour vérités, langue de bois pour paroles d'évangile !
- Absence de dialogue social: Le dialogue social, l'auriez vous oublié, s'instaure à l'initiative des partenaires sociaux: gouvernement, syndicats, politi (ciens)ques, entrepreneurs, patronats... Si absence de dialogue il y a, c'est sans aucun doute que les divers partenaires n'arrivent plus à débattre et échanger de manière constructive, chacun campant sur des positions passéistes, défense des prés carrés, chasses gardées... Ce n'est pas comme cela que l'on avance dans un monde qui évolue. Seriez vous un acteur de ce dialogue social ? Prouvez le nous ? Comment ? en étant constructif.
- Affaiblissement des syndicats: Effectivement, les encartés syndiqués ne représentent que 6 à 7% de la population active ( pres de 30% en Allemagne ). La faute à qui ? Peut-être bien aux syndicats eux-mêmes qui à force de jouer la confrontation plutôt que le compromis et le consensus, ont fini par épuiser leurs viviers naturels, par fatiguer les otages des grèves à répétition. Parlez moi de reconstruction du syndicalisme, de rénovation de l'esprit syndical, de consensus ( allez voir en Allemagne comment cela se passe ) et, avec plaisir, je tendrai l'oreille.
- "les entreprises se restructurent hâtivement pour retrouver, dès demain, leurs profits d'hier". Vous écrivez cela avec dédain; mais encore heureux qu'elles se restructurent ! Il n'y a pas de sortie de crise sans mutation du système, pas d' entreprises qui durent sans productivité et rentabilité, pas de saine concurrence sans compétitivité et pas d'investissements sans profits !
- Le passage de votre chronique sur l'affaissement des syndicats ! Un modèle du genre "c'est pas moi le coupable, c'est les autres ". Qu'avez vous fait Mr Hollande, votre PS déconfit, l'ère Mitterand, Jospin, qu'avez vous donc fait pendant toutes ces années pour que le syndicalisme ne s'effondre point ? Visiblement pas grand chose.
- "Le patronat français n'est pas une victime — comme il voudrait le faire apparaître — mais le premier responsable de cet assèchement du dialogue social" Encore une fois, vous avez la mémoire courte. La gauche a été aux affaires pendant tant d'années, n'aurait-elle donc rien fait dans ce cas pour irriguer sainement le dialogue social ? Si la gauche a fait quelque chose dans ce sens, cela n'a pas été très efficace, si elle n'a rien fait, elle est tout autant coupable. A croire que cette situation a été voulue, entretenue, peut-être bien mais alors, absolument toutes les composantes politiques en portent la responsabilité, même vous, même le PS.
- La planche de salut serait le syndicalisme: Apès avoir appelé les verts de Cohn Bendit à l'aide pour les européennes, après avoir fait de l'oeil à Bayrou, voila que vous sollicitez les syndicats pour nous sortir de la mouise. Pourquoi ne pas l'avoir fait plus tôt?
Et puis, si vous avez besoin d'aide, tant le marasme de la gauche française est grand, faites donc appel à Olivier, à Marie Georges, à Nathalie tant que vous y êtes...
Non décidément, Mr Hollande, tant de platitudes ne font pas honneur au métier d'homme politique. Oups, j'aurais du écrire, ne font pas honneur au bien commun et au bon sens qui devraient animer tous les hommes politiques.
Pas cordialement,
A lire Francois Hollande et Jean-Francois Copé, ainsi que les commentaires de tous les lecteurs (je me retrouve dans la plupart de ce qui est exprimé ci-dessus), on voit se développer comme un consensus délétère:
Voici deux hommes qui représentent ou tentent de représenter une sorte d'alternative, ils ne sont pas (très) vieux, ils ont un discours clair et bien structuré (assez énarque quand même), très démonstratif, on ne peut pas dire qu'ils soient fondamentalement antipathiques.
Mais l'un comme l'autre se complait dans un discours compassé, chacun dans son registre, mais chacun sur le mode "je vais vous dire comment que c'est que ça se passe en vrai".
Pas de bol (pour eux) ça tombe systématiquement à plat.
Pas de bol (pour les lecteurs), on nous ressert le couvert à chaque livraison. Et, semble-t-il, ça ne dérange pas nos auteurs de continuer à essuyer le feu de la critique sous les spotlight de Slate.fr
Finalement, voilà le consensus délétère: On sait à quoi s'attendre et, bientôt, il n'y aura plus personne pour commenter, la guerre s'arrêtant, de guerre lasse.
Triste tout ça...
Je suis tout a fait d'accord avec vous. Selon moi, le plus regrettable dans ces interventions c'est qu'elles pourraient tout aussi bien etre publiees dans le Monde ou le Figaro. J'esperais que sur Slate.fr la liberte de ton serait plus grande qu'ailleurs et qu'on sortirait des discours aseptises. On voudrait savoir ce que pensent veritablement M. Coppe et M. Hollande des sujets qu'ils abordent, mais on a l'impression d'en rester a la propagande officielle de leurs partis respectifs. Tout est lisse, sans l'ombre d'une autocritique. C'est peut-etre cela qui met les lecteurs de mauvaise humeur. De plus, rares sont les intervenants qui jouent le jeu du dialogue (en meme temps je les comprends, tant certains commentaires sont virulents). Aujourd'hui M. Coppe a repondu a "Plume", c'est une bonne surprise. Peut-etre qu'il faut un peu de temps pour que chacun prenne de bonnes habitudes.
Oui, c'est une bonne chose, mais on voit bien qu'il prend le train en marche: C'est Slate qui prend l'initiative de publier Plume. Devant l'ampleur de la chose, JFC n'a pas d'alternative, il répond. Mais il le fait sur le ton de la condescendance et de du moi-je-sais-tout alors que très probablement, il ne sait rien du tout.
Je persiste et signe: Dommage.
Maintenant, si sous la pression des lecteurs, tout cela change, je suis prêt à changer mon avis.