Les antioxydants, ça ne marche pas
Mais personne ne veut l'entendre!
- Grenades en Jordanie Muhammad Hamed / Reuters -
Peu de remèdes médicaux ont meilleure réputation que les compléments alimentaires, vitamines et autres gélules qu’on désigne collectivement sous la dénomination «antioxydants». Voilà enfin la promesse d’une meilleure santé cardiaque, d’une immunité renforcée, d’un teint éclatant. Et ce n’est pas tout, ils soulagent les symptômes du cancer, de l’arthrite et agissent même contre coups de cafard, nous dit-on. Et puisque c’est entièrement naturel, comment ne pas être séduit?
La course aux antioxydants est bien lancée. Mais il y a, comme qui dirait, un petit problème: nous n’avons aucune preuve que ces derniers sont bénéfiques. (Quoique, si vous êtes un rat de laboratoire, il y a de l’espoir.) En fait, comme l’expliquait, l’an dernier, Emily Anthes sur Slate.com, les données les plus fiables dont nous disposons montrent que les antioxydants sont dangereux (risque de décès plus élevé, rien de moins!).
Mais dites-donc, on ne va quand même pas laisser quelques preuves nous contrarier? Surtout dans le cas présent: les antioxydants sont plébiscités comme participant d’une bonne hygiène de vie par des stars américaines élancées au parfait équilibre karmique, soutenues par les quatre – très compétents – cavaliers de la médecine alternative, les Drs Weil , Oz, Null, et Chopra. Le pouvoir de séduction de cette alliance (sexe! médecins! gélules!) est énorme. Pour l’apprécier, il suffit de prendre l’exemple de la grenade.
Autrefois un fruit assez rare, demandant une certaine patience pour le consommer, on trouve désormais des produits dérivés de la grenade dans les rayons de bon nombre de magasins d’alimentation. De quoi se refaire une jeunesse grâce à ses vertus antioxydantes.
Quels bienfaits?
Comme nous n’en savons finalement pas grand-chose, ce n’est pas compliqué d’affirmer que les antioxydants sont fabuleux (même si on sait qu’ils sont principalement commercialisés pour leurs propriétés de conservation de la nourriture – et que les conservateurs n’ont généralement rien de bon pour la santé).
Les antioxydants sont sortis de l’ombre en 1940. Un physicien-chimiste, dénommé Denham Harman, décide alors d’expliquer le vieillissement d’un point de vue biochimique. (Au début de sa carrière, il avait travaillé chez Shell dans la branche Lubrifiants, un domaine où les problèmes de détérioration chimique dus aux «radicaux libres» étaient répandus.) Au milieu des années 50, Harman formule une théorie selon laquelle ces radicaux libres, qui entamaient les profits de l’industrie pétrolière, pouvaient simplement et entièrement expliquer le phénomène de vieillissement. Mieux, avait-il avancé, leurs effets pourraient être diminués par des nutriments appelés antioxydants.
Les «radicaux libres»
Commençons par examiner ce qu’est au juste un radical libre. Ce terme ne fait pas référence à un impétueux politicard indépendant. Non, c’est un électron non apparié, perdu et gravitant autour d’un noyau atomique. Les électrons doivent forcément se déplacer en couple. Aussi, un électron privé de sa moitié se jette-t-il goulument dans les bras du premier électron venu, quelle que soit sa nature ou sa destination. De l’ADN, de l’ARN ou une mitochondrie…, la chasse est ouverte. Parfois, le «croisement» dégrade sérieusement les cellules, ce qui résulte (selon cette théorie) en une détérioration progressive et irréversible. Ce qui se matérialise chez nous par des rides, des chaires flasques et des articulations grinçantes.
Dans cette logique, le rôle des antioxydants est simple: le but est qu’ils s’accrochent aux électrons vagabonds pour prévenir les dégâts causés chez l’homme. L’observation de Harman était étayée par les théories –nouvelles à l’époque– sur la gestion de l’exposition aux radiations nucléaires, un sujet qui préoccupait largement les esprits dans les années 50. La radiation avait un effet connu: celui d’abîmer les tissus (nous assimilons la dégradation des tissus au vieillissement).
Parmi les remèdes qui semblaient atténuer cet effet, il y avait les antioxydants tels que la mélatonine, l’acétylcystéine et la pentoxiphylline. C’est ainsi qu’est née la frénésie des antioxydants! Qu’importe si les agressions et l’usure de la vie quotidienne sont d’une infime ampleur comparées aux dégâts causés par des radiations nucléaires. Si cela (pouvait peut-être) marche(r) pour les rayons gamma, imaginez tout le pouvoir bénéfique des antioxydants sur une tendinite au coude.
Pas qu’inutiles, mauvais!
Si seulement la réalité suivait. La journaliste Emily Anthes souligne un aspect abordé par Michael Specter dans son ouvrage Denialism. La première fissure visible dans la façade fut une révélation, en 2007, dans la revue médicale JAMA: non seulement les vitamines antioxydantes sont inutiles, mais elles nuisent à la santé.
A partir de cette observation clinique, un groupe de chercheurs allemands a développé une explication scientifique plausible du risque accru pour la santé. Le titre de leur récente publication, «Extending life span by increasing oxidative stress [Prolonger notre durée de vie en augmentant notre stress oxydatif], résume assez bien leur position: les cellules humaines doivent se renforcer. Elles peuvent retirer des bénéfices d’une dure agression, comme celle dont les radicaux libres sont à l’origine. De cette façon, l’organisme est davantage prémuni contre un gros souci de santé, un cancer par exemple, des fumées toxiques, ou encore une épidémie de choléra. On s’aguerrit dans l’épreuve.
Il faudra peut-être plusieurs années pour savoir si ces recherches sont un tissu d’absurdités ou le premier pas vers l’élucidation du rôle des antioxydants. Ce qui est immédiatement évident, c’est la mise en retrait de votre médecin par rapport au débat sur les antioxydants: nous avons trop tardé à prendre le train des antioxydants en marche, et nous tardons trop à en sortir.
Le scepticisme du corps médical traditionnel
Ce tiraillement est monnaie courante pour nous, les cliniciens. Nous essayons éternellement d’être modernes et ouverts aux nouvelles découvertes… tout en ayant beaucoup de mal à nous départir de notre besoin de données et de chiffres. De nombreux patients en ont assez de cette prudence excessive et finissent par considérer les médecins comme des vieux schnocks, des conformistes suffisants aux arguments creux (et, accessoirement, des salauds qui ne s’intéressent qu’à gagner de l’argent et à maintenir le statu quo). Autrement, nous sommes vus comme des marionnettes manipulées d’une main de fer, celle de l’industrie pharmaceutique.
Les antioxydants étant très prisés et représentant une part substantielle du marché des compléments alimentaires et vitamines aux Etats-Unis (23 milliards de dollars), le problème est de taille. Si nous nous opposons aux idées reçues de nos patients et les mettons en garde, cela reviendrait à nier les bénéfices naturels du soleil et du grand air. Recourir à des «preuves» pour appuyer notre point de vue ne convaincrait guère davantage le grand public. Car, aux Etats-Unis, les études médicales en double-aveugle sont contrebalancées par un système parallèle d’évaluation par les pairs sous la forme d’un débat permanent sur les sujets de santé: talk shows, magazines et blogs.
De sorte que, quand un patient débarque dans mon cabinet pour me poser des questions (ou m’offrir des affirmations) sur les vertus curatives des antioxydants, je me sens coincé. Je peux lui faire une fastidieuse récitation des dernières conclusions d’études. Ou mentionner que le Centre américain pour la médecine complémentaire et alternative a déclaré qu’«il existe des preuves scientifiques limitées» selon lesquelles l’usage de compléments antioxydants préviennent la maladie. Il me rétorque que ces gélules ont fait des miracles pour la sœur de sa cousine par alliance. Et puis, nous poussons tous les deux un soupir et détournons le regard. S’il décide, malgré mon incrédulité, de se gaver de jus de grenade une fois rentré chez lui, il se garde de m’en parler la prochaine fois.
Oxydation du couple médecin-patient
Ce moment de gêne révèle un problème d’une autre nature: la fragilité d’un partenariat extrêmement fragile –celui qui existe entre un patient et son médecin. Certains malades se livrent à un jeu de pouvoir permanent parce qu’ils sont simplement en désaccord avec leur toubib. Les gens veulent vivre pour toujours (naturellement!) et sont preneurs de toutes les «solutions» disponibles (à savoir les antioxidants). Face à eux, le médecin affiche et assume le froid scepticisme d’un corps médical traditionnel qui se sent menacé.
En général, cette lutte entre le patient et son médecin ne porte pas à conséquences. La plupart des rendez-vous médicaux laissent place à un dénouement favorable: une douleur qui s’en va, des boutons qui disparaissent, etc. Mais de temps à autre, et en particulier lorsque les patients d’âge moyen entament la descente qui mène à la vieillesse, les bilans de santé de routine se transforment en un moment redoutable.
On a des mauvaises nouvelles à donner. Des plans à faire. Et c’est là que les antioxydants sont réellement pernicieux. Le vif débat qui dure depuis des années sur le jus de grenade et la vitamine E, et sur le bien-fondé de l’acquisition d’une centrifugeuse électrique, a graduellement érodé la confiance mutuelle sur laquelle repose la relation docteur-patient. Et ça, c’est un mal qui n’a pas de remède à effet rapide, qu’il soit réel ou supposé.
Kent Sepkowitz
Traduit par Micha Cziffra
Lire notre blog sur l'alimentation: Quand l'appétit va...
Mis à jour le 12/08/2011 à 11h53
















































http://www.formascience.com/Editoriaux/Irradies_Taiwan.pdf
La théorie scientifique qui émerge à ce sujet c'est que le cellule qui ont perdus leur capacité de réparation de l'ADN sont éliminés par les radiations, hors c'est justement un caractère des cellules près cancéreuses: les erreurs ne sont plus réparés et les mutations cancéreuses peuvent alors apparaitr .
Difficile de croire qu'un tel article ait pu être écrit par un médecin. Il contient tant d'erreurs.
Dès le premier paragraphe, on doute que cette personne ait compris ce qu'est un antioxydant. Dire "les compléments alimentaires, vitamines et autres gélules qu’on désigne collectivement sous la dénomination «antioxydants»." est aberrant. Il existe de nombreux compléments alimentaires qui ne sont pas des antioxydants, et la plupart des antioxydants consommés par l'humanité ne proviennent pas de compléments alimentaires.
Passons sur les passages purement et simplement caricaturaux du genre "les antioxydants seraient censés soigner les tendinites au coude" pour aller vers ce qui semble solide dans cet article : une étude parue dans le JAMA en 2007 qui montrerait selon lui que "les vitamines antioxydantes sont inutiles, mais elles nuisent à la santé.".
Ce monsieur devrait lire les liens qu'il fournit à ses lecteurs, car la conclusion de l'étude n'est certainement pas aussi catégorique : "Treatment with beta carotene, vitamin A, and vitamin E may increase mortality." May increase, en Français, ça se traduit par "pourrait augmenter". Et on ne parle que de 3 antioxydants précis, pas de toutes "les vitamines antioxydantes".
Déjà, tirer des conclusions aussi fantaisistes sur la base de la conclusion d'un simple résumé d'étude est lamentable, mais ce monsieur aurait pu prendre le temps de décortiquer ladite étude, et de s'intéresser aux relectures qui en ont été faites. Il aurait appris notamment que ce qui fait douter du danger des antioxydants dans cette méta-analyse (c'est-à-dire une compilation de résultats de diverses études choisies selon des critères bien précis par les auteurs de la méta-analyse), ce sont quelques études précises dans lesquelles on a donné des doses très importantes d'antioxydants à des catégories bien précises de patients (notamment dans l'une d'elles de fortes doses de vitamine E à des fumeurs). Et, de manière pas très surprenante en fait, on a constaté que des surdosages n'étaient pas bénéfiques...
Mais au lieu de conclure que des surdoses d'antioxydants ne sont pas bénéfiques, on préfère conclure que les antioxydants sont mauvais... Et on appelle ça de la science, et on se moque grassement de ceux qui trouvent le procédé bizarre...
L'auteur aurait pu faire part des particularités méthodologiques de cette méta-analyse qui utilise 66 études et en élimine près de 700 autres notamment pour 405 d'entre elles parce qu'il n'y a pas eu de mortalité dans ces études. Ou qui ne prend pas en compte les causes de mortalité dans les études.
Il aurait pu aussi faire part de la relecture de la même méta-analyse qui a été faite par des nutritionnistes allemands l'année suivante et donc voici la conclusion : "36% des 66 études de supplémentation en antioxydants ont trouvé un résultat positif, c’est-à-dire que les antioxydants étaient bénéfiques, 60% des études n’ont trouvé aucun effet, ni dans un sens ni dans l’autre, et seulement 4% ont rapporté des résultats négatifs. De ce point de vue, les essais de supplémentation en antioxydants ont globalement trouvé plus de résultats positifs que de résultats indésirables."
Il aurait pu aussi signaler que les études retenues dans la méta-analyse sont totalement disparates : "la durée des études va de 28 jours à... 12 ans, et les dosages varient de 10 UI par jour pour la vitamine E à 5000 UI, c'est-à-dire qu'elles n'ont pas grand chose en commun.".
En clair, difficile de faire plus mal informé, ou plus malhonnête. Tout ce qu'on peut conclure des arguments de cet article, c'est qu'il est inutile et probablement dangereux de prendre des antioxydants à tort et à travers. Mais ça, on s'en serait douté.
http://www.lanutrition.fr/bien-comprendre/les-complements-alimentaires/les-principaux-complements-alimentaires/les-complements-anti-oxydants/les-antioxydants-augmentent-ils-la-mortalite-la-polemique-continue.html
http://www.lanutrition.fr/bien-comprendre/les-nutriments/vitamines/les-supplements-dantioxydants-naugmentent-pas-la-mortalite-et-seraient-meme-benefiques.html
On peut évoquer la mauvaise fois de certains scientifiques par exemple, comme vous l'avez expliqué, en surdosant de façon grotesque le produit à tester. Hors comparer des doses diverses permet d'établir un effet dose, seul à même de montrer un réel effet du produit, pas forcément linéaire, parfois avec un effet d'hormèse, mais qui ne peut pas être chaotique.
http://jama.ama-assn.org/content/297/8/842.full.pdf+html
Les auteurs ont étudiés ce point et n'ont rien trouvé qui ressemblerait à un effet dose marqué. C'est un signe fort de faiblesse de toute les études, il est sans doute très difficile de faire émerger un signal statistiquement significatif compte tenu de l'effet marginal de ces produits par rapport au l'hygiène de vie générale et de la génétique des groupes, pas forcément comparable.
Quelques soit les effets, ils sont très faible, dès que le nombre de patient dépassent un millier ils ne dépassent pas 1.20, ce qui au plan biologique ne veut pas dire grande chose, un vrai produit dangereux fait exploser cet indice (le tabac le fait monter à 25 dans certains cas).
En définitif mangez des fruits et des légumes, et faite un peu de sport ça permet vraiment d'avoir une bonne santé, c'est pas avec des pilules à la con que vous allez vivre mieux.
La mauvaise foi n'est pas de la part de chercheurs qui ont tenté de fortes doses pour trouver une effet dose. Ils ont fait leur boulot. La mauvaise foi est de la part de l'interprétation de la méta-analyse, qui inclut des études dont les effets ont été négatifs à cause du surdosage. C'est comme si dans l'étude de l'efficacité d'un médicament quelconque, on incluait des études à des doses mortelles ce médicament, ou à des doses très supérieure à la posologie normale. Évidemment, on ne va pas faire ça. On va prendre les études qui ont été menées avec des doses raisonnables.
Pour les antioxydants, c'est la même chose. Si la dose efficace est 1, une étude avec une dose 10 ne montrera pas d'efficacité supplémentaire, mais probablement des effets secondaires. Et on n'est pas dans un cas où doubler la dose est censé doubler l'efficacité.
La mauvaise foi est ensuite d'extrapoler des résultats (la prise d'antioxydants PEUT être dangereuse, dans certains cas et pour certaines populations) pour les transformer en "la prise d'antioxydants EST dangereuse".
Ensuite, vous dites que les résultats ne dépassent pas 1,20 pour des cohortes de plus de 1000. Pourtant, l'étude SUVIMAX obtient 31% de réduction du cancer chez les hommes, sur une cohorte de plusieurs milliers. 31% c'est loin d'être négligeable, d'autant que ce qui a été donné pour SUVIMAX est loin d'être optimal (on n'a que 5 antioxydants parmi les plus connus, mais les études montrent que c'est la synergie des antioxydants qui donne un résultat).
La où vous dites quelque chose de bien plus important, c'est quand vous remarquez que l'effet des antioxydants est faible par rapport à la variabilité génétique et à l'hygiène de vie. Et c'est exact. Et justement, on trouve des résultats significatifs quand on utilise les antioxydants dans des sous-groupes précis et non pas dans la population générale. Parce que le secret des antioxydants (et éventuellement à des doses supra-nutritionnelles qui justifient l'usage de pilules"), c'est qu'ils sont efficaces... chez les patients qui en ont besoin, aux doses dont ils ont besoin...
Or cette méta-analyse écarte justement toutes les études ciblées sur des sous-groupes pour ne garder que les résultats sur des grands groupes. Un peu comme si pour évaluer l'efficacité d'un médicament contre l'hypertension, on le testait sur une population qui n'aurait pas globalement de problèmes d'hypertension. On trouverait toujours que ce médicament est inefficace, et même parfois qu'il est dangereux. Alors que sur une population sélectionnée d'hypertendus, on le trouverait efficace.
La mauvaise foi supplémentaire de l'article lui-même, c'est de dire "Les antioxydants ça ne marche pas", et non "les compléments d'antioxydants, ça ne marche pas". On est donc passé de la réalité : "les antioxydants, ça fonctionne si on donne ceux dont a réellement besoin le patient, mais c'est inutile, voire dangereux si on fait n'importe quoi", à cette conclusion absurde.
Un raisonnement similaire pourrait pousser à conclure que "les médicaments, ça ne marche pas", parce que mal utilisés, il causent des accidents et des décès (et, entre nous, beaucoup plus que les antioxydants...).
Ce qui est désolant dans ce débat, c'est qu'on a d'un côté des charlatans qui veulent vous vendre des cubitainers de jus de grenade fermentée en vous promettant la vie éternelle, et de l'autre des "scientifiques" qui utilisent l'existence de ces charlatans pour rejeter en bloc des centaines d'études scientifiques. C'est affligeant.
Mais le marketing à la vie dure. A noter que dans les pays où il faut démontrer les effets bénéfiques, ce marketing est interdit...