Les vrais responsables de la crise
Cinq personnes, lieux et institutions qui ne sont pas vraiment étrangers à l'effondrement des marchés.
- Devant la Bourse de New York. ERIC THAYER / Reuters -
Si l'économie mondiale vient à sombrer dans la récession, le banc des accusés risque d'être fourni. Le 5 août, le président Barack Obama a réparti les responsabilités, évoquant une «année tumultueuse», avec le printemps arabe, le tremblement de terre au Japon, la crise européenne et les luttes partisanes qui ont agité Washington autour de la question de la dette. Mais de nombreux acteurs de cette tragédie financière ont déjà commencé à pointer du doigt des cibles précises. Tour d'horizon des principaux boucs émissaires.
LES AGENCES DE NOTATION
Affirmant que leurs économies sont fondamentalement saines, les gouvernements de l'Espagne et de l'Italie attribuent la hausse de leurs taux d'intérêts à une nébuleuse de «spéculateurs», opérant sous le couvert des grandes agences de notation. Fin juin, le Premier ministre italien Silvio Berlusconi a déclaré devant le Parlement que «les agences de notation nous ont placé sous observation et les sauterelles de la spéculation internationale attendent le moment opportun pour s'attaquer à toutes les proies qui donneraient des signes de faiblesse.» Le Premier ministre espagnol, Jose Luis Zapatero a établi un diagnostic similaire en début d'année en parlant d'une «attaque en cours des spéculateurs contre l'euro, contre une réglementation plus sévère du système financier et des marchés.»
En plus de ces attaques motivées politiquement, la justice italienne effectué une perquisition dans les locaux de Moody's et de Standard & Poor's la semaine dernière, en invoquant des fluctuations «anormales» de certaines actions italiennes.
ANGELA MERKEL
A la tête de l'économie la plus puissante d'Europe, la chancelière allemande Angela Merkel se voit reprocher de ne pas en faire assez pour venir en aide à l'économie européenne en difficulté. La plupart des grognements proviennent de pays comme la Grèce ou l'Irlande, mécontents des réformes drastiques que le gouvernement allemand a exigé en échange de son soutien financier. La presse internationale – essentiellement le Financial Times et the Economist – dépeint régulièrement Merkel comme un acteur indécis et peu fiable dans cette crise.
Mais les critiques sont de plus en plus nombreuses en Allemagne même. Le Parti Social Démocrate (SPD), principal parti d'opposition, a critiqué la chancelière pour la légèreté avec laquelle elle aurait traité la crise. (Un des membres de ce parti a exigé la semaine dernière que Merkel abrège ses vacances dans le nord de l'Italie.) Même l'ancien chancelier Helmut Kohl, mentor politique de Merkel, l'a fustigée pour avoir terni la réputation pro-européenne de la CDU – et dilapidé son héritage personnel de père fondateur – parmi d'autres – de l'euro.
L'UNION EUROPEENNE
Le sommet de l'Union Européenne du 21 juillet avait pour objectif de renforcer la zone euro. Mais si les mesures sur lesquelles on s'est accordé – dont un deuxième plan d'aide à la Grèce et un renforcement des capacités d’action du Fonds européen de stabilité financière – ont permis de calmer les esprits, les pays de la périphérie de l'Europe se sont à nouveau vus contraints d'appliquer de nouveaux plans d'austérité. L'inquiétude grandit sur le continent – le nouveau serrage de ceinture en Espagne va provoquer la tenue d'élections anticipées – mais aussi dans le monde, car les investisseurs y regardent à deux fois avant de s'engager en Europe.
Une des raisons de l'échec du premier plan de sauvetage est le processus politique complexe et alambiqué de l'Europe. Ce nouveau train de mesures stabilisatrices doit encore être voté par les divers parlements nationaux, dont la plupart sont en vacances au mois d'août. Avant que les parlements ne les votent, ces plans de sauvetage n'existent qu'en théorie, pas en pratique – ce qui ne rassure pas particulièrement les marchés internationaux. Olli Rehn, le Commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires a déclaré que de tels délais sont le prix que l'Europe doit payer pour en assurer la légitimité démocratique. Ces délais sont donc le prix «nécessaire - et légitime – à payer pour vivre en démocratie.» Vacances ininterrompues – au nom de la vertu républicaine.
LES ETATS-UNIS
En tant que principale économie mondiale, les Etats-Unis sont sans nul doute au centre de la tempête actuelle. Malheureusement, Washington reçoit des signaux contradictoires sur la conduite à adopter. Christine Lagarde, nouvelle tête du Fond Monétaire International, a suggéré que la polarisation politique extrême de l'Amérique – qui, il y a peu, a bien failli provoquer un défaut de paiement – est à l'origine de l'inquiétude internationale. Le vice-président chinois a quant à lui montré du doigt la politique monétaire laxiste de la Réserve fédérale (Fed) – ce qui pourrait ne refléter que l'inquiétude toute personnelle de la Chine à propos de ses propres réserves monétaires.
LA BANQUE CENTRALE EUROPEENNE
La BCE étant, de loin, la plus autonome des institutions européennes, on pouvait s'attendre à ce qu'elle joue un rôle de premier plan dans la résolution de la crise de la dette qui frappe la zone euro. Malheureusement, la BCE s'est contentée de passer la patate chaude. Comme le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz l'a fait remarquer, la BCE a fait preuve d'une répugnance marquée à acquérir des obligations publiques de pays comme la Grèce, l'Irlande, le Portugal ou l'Espagne en insistant sur le fait que le nouveau plan de sauvetage de l'Union européenne devait remplir cette mission. Jean-Claude Trichet, président de la Banque Centrale Européenne a fini par revenir en traînant les pieds sur cette position en acceptant d'acheter des obligations publiques en Irlande et au Portugal et puis en Espagne et en Italie. Mais le mal était fait.
Cameron Abadi
Traduit par Antoine BourguilleauMis à jour le 12/08/2011 à 17h05


















































Quant à reprocher à Trichet d'avoir hésiter à racheter les titres des pays sur endetté c'est quand même fort. Il gère l'argent des européens et n'a pas de mandat politique. Racheter les titres c'est instaurer une solidarité de fait qui n'est pas dans le traité ! Il outrepasse (dans l'urgence et face au cataclysme j'en conviens) ces fonctions. Ce n'est quand même pas à lui de décider si l'Europe doit être fédérale.
Pour comprendre les vrais raisons de la crise, à savoir la déstabilisation économique et monétaire du monde occidental par la Chine, je vous renvoie, si vous parlez l'anglais, à l'excellente interview prémonitoire donnée par Sir James Goldsmith, un entrepreneur franco-anglais, en 1994 lors des négotiations sur le GATT (ouverture des frontières et baisse des tarifs douaniers). Tout est dit dans cette interview, des conséquences sociales, du chomage, etc. Il avait même prévu l'écroulement du monde financier à cause des "dérivatives"!
Une partie de cette interview est un débat contradictoire avec le chef des conseillers économique de Bill Clinton. Il suffit de voir à quel point nos élites etaient, et sont toujours, aveuglés par leur idéologie libre-échangiste. Le plus dramatique dans cette histoire et que cette personne est aujourd'hui un conseiller économique d'Obama...
Quant à James Goldsmith, il est malheureusement mort en 1997. Si seulement on l'avait écouté, nous n'en serions pas là aujourd'hui...
Voici un lien vers l'interview (en 6 parties): http://www.youtube.com/watch?v=4PQrz8F0dBI
Un petit exemple, supposons que j'ai achete pour 5 telephones portables a 200 euros sur les 10 dernieres annees,tous les 2 ans j'en ai achete un un nouveau. Une depense de 1000 euros sur 10 ans donc.
Sur ces 1000 euros, peut-etre les chinois n'ont-ils percu que 100 euros, mais ils les ont soit mis en reserve, soit s'en sont servit pour construire des infrastructures. Et aujourd'hui par exemple il y a 11 lignes de metro a Shanghai, il y a 10 ans il y en avait qu'une.
Moi qu'est-ce qui me reste dans les mains aujourd'hui ? il me reste mon dernier telephone portable derniere generation qui dans deux ans sera obsolete parce qu'il aura pas les nouvelles fonctions. Les 4 autres : poubelle. Bonus : je me suis endette, et c'est la Chine qui me rachete ma dette.
Qui est gagnant dans cet echange ? vous pensez pas qu'on agit de maniere stupide ?
Dans son interview, Sir James Goldsmith a prédit exactement ce qui se allait se passer suite à l'ouverture des frontières, à savoir un enrichissements des grands groupes internationaux, une désindustrialisation massive de nos pays et le chomage de masse.
Il n'y a pas que la Chine qui est responsable, l'attitude des grands groupes internationaux occidentaux ont une large part de cette responsabilité. Lorsqu'on aura interdit toute forme de lobbying auprès de nos gouvernements, nous aurons alors fait un grand pas dans la direction d'un pouvoir par le peuple et POUR le peuple.
@florianbro : t'es libre d'acheter Chinois ou pas ! Si tu veux payer un portable 20 fois plus chère parce que fabriqué en France (d'ailleurs c'est étrange, aucune entreprise n'en produit, je me demande pourquoi.) je pense que tes dettes seront pires... Et ta dette personnelle elle intéresse peu de monde, même pas les chinois.
L'article parle de la dette des pays, contractée par des politiciens inconséquents mentant au peuple et les faisant vivre au dessus de leur possibilité... à crédit. Ben oui, il y a un moment un crédit ça se rembourse, sinon plus personne ne nous prête.
je parle de "stupidite occidentale" parce qu'il y a pas que nos entreprises qui sont rentrees dans le jeux, le citoyen consommateur lambda aussi a sa part de responsabilite.
Le fait de tout le temps consommer, de voir la dette s'alourdir d'annee en annee, et ca n'inquietait personne ? pourtant il faut pas etre un expert de l'economie pour savoir que ce n'est pas saint. Notre economie est basee sur la consommation, basiquement il faut qu'on achete, meme si c'est n'importe quoi, MEME SI C'EST N'IMPORTE QUOI, c'est pas completement stupide ? les gens le savent, mais le iPad, la nouvelle Golf GTX, ca brille trop, ca fait oublier a la plupart des gens combien c'est idiot de fonctionner comme ca.
Je vis en Chine, et je vois pas mal d'occidentaux dire que les chinois sont stupides, ou le penser tres fortement. Mais au vu de la reussite economique et politique, de leur plan sur le long terme, du pays qui se developpe, il me semble qu'il y a quelque chose de plus a voir que la stupidite apparante des chinois. Et ces choses ne sont pas plaisantes pour nous, il n'y a pas vraiment de secret chinois, juste moins d'individualisme, plus de famille, plus de vue sur le long terme.
@ qsdqsd
un telephone portable j'en achete un, et j'essaye qu'il dure 5 ans, j'achete pas un nouvel iPhone a chaque nouvelle generation. C'est pas dans mes plans non-plus d'acheter une voiture, meme si j'ai le fric. Pour la dette, c'est facile d'accuser les politiciens alors que tout le monde en parlait et depuis bien bien longtemps, tout le monde savait. Personne n'a voulut bouger, parce que s'occuper de la dette signifiait une baisse de notre niveau de vie. Mais finalement le probleme nous a rattrape comme il devait immanquablement le faire comme tu dis.