Economie

Les vrais responsables de la crise

Foreign Policy, mis à jour le 12.08.2011 à 17 h 05

Cinq personnes, lieux et institutions qui ne sont pas vraiment étrangers à l'effondrement des marchés.

Devant la Bourse de New York.  ERIC THAYER / Reuters

Devant la Bourse de New York. ERIC THAYER / Reuters

Si l'économie mondiale vient à sombrer dans la récession, le banc des accusés risque d'être fourni. Le 5 août, le président Barack Obama a réparti les responsabilités, évoquant une «année tumultueuse», avec le printemps arabe, le tremblement de terre au Japon, la crise européenne et les luttes partisanes qui ont agité Washington autour de la question de la dette. Mais de nombreux acteurs de cette tragédie financière ont déjà commencé à pointer du doigt des cibles précises. Tour d'horizon des principaux boucs émissaires.

LES AGENCES DE NOTATION

Affirmant que leurs économies sont fondamentalement saines, les gouvernements de l'Espagne et de l'Italie attribuent la hausse de leurs taux d'intérêts à une nébuleuse de «spéculateurs», opérant sous le couvert des grandes agences de notation. Fin juin, le Premier ministre italien Silvio Berlusconi a déclaré devant le Parlement que «les agences de notation nous ont placé sous observation et les sauterelles de la spéculation internationale attendent le moment opportun pour s'attaquer à toutes les proies qui donneraient des signes de faiblesse.» Le Premier ministre espagnol, Jose Luis Zapatero a établi un diagnostic similaire en début d'année en parlant d'une «attaque en cours des spéculateurs contre l'euro, contre une réglementation plus sévère du système financier et des marchés

En plus de ces attaques motivées politiquement, la justice italienne effectué une perquisition dans les locaux de Moody's et de Standard & Poor's la semaine dernière, en invoquant des fluctuations «anormales» de certaines actions italiennes.

 ANGELA MERKEL

A la tête de l'économie la plus puissante d'Europe, la chancelière allemande Angela Merkel se voit reprocher de ne pas en faire assez pour venir en aide à l'économie européenne en difficulté. La plupart des grognements proviennent de pays comme la Grèce ou l'Irlande, mécontents des réformes drastiques que le gouvernement allemand a exigé en échange de son soutien financier. La presse internationale – essentiellement le Financial Times et the Economist – dépeint régulièrement Merkel comme un acteur indécis et peu fiable dans cette crise.

Mais les critiques sont de plus en plus nombreuses en Allemagne même. Le Parti Social Démocrate (SPD), principal parti d'opposition, a critiqué la chancelière pour la légèreté avec laquelle elle aurait traité la crise. (Un des membres de ce parti a exigé la semaine dernière que Merkel abrège ses vacances dans le nord de l'Italie.) Même l'ancien chancelier Helmut Kohl, mentor politique de Merkel, l'a fustigée pour avoir terni la réputation pro-européenne de la CDU – et dilapidé son héritage personnel de père fondateur – parmi d'autres – de l'euro.

L'UNION EUROPEENNE

Le sommet de l'Union Européenne du 21 juillet avait pour objectif de renforcer la zone euro. Mais si les mesures sur lesquelles on s'est accordé – dont un deuxième plan d'aide à la Grèce et un renforcement des capacités d’action du Fonds européen de stabilité financière – ont permis de calmer les esprits, les pays de la périphérie de l'Europe se sont à nouveau vus contraints d'appliquer de nouveaux plans d'austérité. L'inquiétude grandit sur le continent – le nouveau serrage de ceinture en Espagne va provoquer la tenue d'élections anticipées – mais aussi dans le monde, car les investisseurs y regardent à deux fois avant de s'engager en Europe.

Une des raisons de l'échec du premier plan de sauvetage est le processus politique complexe et alambiqué de l'Europe. Ce nouveau train de mesures stabilisatrices doit encore être voté par les divers parlements nationaux, dont la plupart sont en vacances au mois d'août. Avant que les parlements ne les votent, ces plans de sauvetage n'existent qu'en théorie, pas en pratique – ce qui ne rassure pas particulièrement les marchés internationaux. Olli Rehn, le Commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires a déclaré que de tels délais sont le prix que l'Europe doit payer pour en assurer la légitimité démocratique. Ces délais sont donc le prix «nécessaire - et légitime – à payer pour vivre en démocratie.» Vacances ininterrompues – au nom de la vertu républicaine.

 LES ETATS-UNIS

En tant que principale économie mondiale, les Etats-Unis sont sans nul doute au centre de la tempête actuelle. Malheureusement, Washington reçoit des signaux contradictoires sur la conduite à adopter. Christine Lagarde, nouvelle tête du Fond Monétaire International, a suggéré que la polarisation politique extrême de l'Amérique – qui, il y a peu, a bien failli provoquer un défaut de paiement – est à l'origine de l'inquiétude internationale. Le vice-président chinois a quant à lui montré du doigt la politique monétaire laxiste de la Réserve fédérale (Fed) – ce qui pourrait ne refléter que l'inquiétude toute personnelle de la Chine à propos de ses propres réserves monétaires.

LA BANQUE CENTRALE EUROPEENNE

La BCE étant, de loin, la plus autonome des institutions européennes, on pouvait s'attendre à ce qu'elle joue un rôle de premier plan dans la résolution de la crise de la dette qui frappe la zone euro. Malheureusement, la BCE s'est contentée de passer la patate chaude. Comme le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz l'a fait remarquer, la BCE a fait preuve d'une répugnance marquée à acquérir des obligations publiques de pays comme la Grèce, l'Irlande, le Portugal ou l'Espagne en insistant sur le fait que le nouveau plan de sauvetage de l'Union européenne devait remplir cette mission. Jean-Claude Trichet, président de la Banque Centrale Européenne a fini par revenir en traînant les pieds sur cette position en acceptant d'acheter des obligations publiques en Irlande et au Portugal et puis en Espagne et en Italie. Mais le mal était fait.

Cameron Abadi

Traduit par Antoine Bourguilleau
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