Culture

Planète des singes: les origines, manifeste pour le droit des animaux

Dana Stevens, mis à jour le 11.08.2011 à 11 h 20

Quand le film oublie les jérémiades des humains pour se concentrer sur la communication quasi muette des singes, les choses deviennent captivantes

Affiche du film Planète des singes: les origines

Affiche du film Planète des singes: les origines

En 1968, dans le premier La planète des singes (inspiré par un roman français de Pierre Boulle), le personnage joué par Charlton Heston, un astronaute perdu sur une Terre du futur gouvernée par de belliqueux primates, commençait le film en cynique narquois, pour le terminer en humaniste angoissé. Après avoir été emprisonné et maltraité par des animaux, Heston saisissait la valeur de son humanité. César, le singe super intelligent et héros de La planète des singes: les origines, suit la trajectoire inverse: il est un singe qui reconquiert sa nature animale après avoir été emprisonné et maltraité par des hommes. Si l'original était une œuvre de science-fiction spéculative – une fable critique s'interrogeant sur l'évolution à l'âge atomique – aujourd'hui, le mythe revisité de La planète des singes prend la forme d'un manifeste pour les droits des animaux déguisé en film d'évasion pénitentiaire. Et, contrairement au sombre remake de Tim Burton, en 2001, ce film est un digne héritier au trône simiesque et fait partie de ces rares blockbusters d'été où le déroulement de l'intrigue n'enlève rien à son caractère divertissant.

Techniquement parlant, La planète des singes: les origines, est une préquelle du film de 68, même si toute tentative d'établir une continuité entre les deux univers s'avère plutôt cocasse. Le film s'ouvre de nos jours, sur un jeune scientifique de San Francisco, Will (James Franco), cherchant à mettre au point une thérapie génique visant à améliorer les fonctions cérébrales. Will a tout particulièrement envie de mener son projet à bien car son père (John Lithgow), souffre de la maladie d'Alzheimer à un stade relativement avancé. La formule est testée en laboratoire sur des chimpanzés parmi lesquels une femelle, surnommée Beaux Yeux, manifeste des progrès extraordinaires à des tests d'intelligence pour singes.

Mais le jour où Will présente son médicament révolutionnaire à des investisseurs, son laboratoire connait une série de failles de sécurité spectaculaires qui tombent particulièrement mal. Beaux Yeux pique une crise, atterrit dans la salle de réunion au beau milieu de la présentation PowerPoint et est abattue. Ce que l'on apprend ensuite, c'est que la chimpanzé maboule essayait simplement de protéger son nouveau-né, que Will (lors de la faille de sécurité spectaculaire n°2), prendra ensuite chez lui et élèvera comme son propre fils. Ce bébé singe, César, a hérité des capacités cognitives de sa mère et en développe d'autres: rapidement, il maîtrise le langage des signes et bat Will aux échecs.

César – représenté enfant en images de synthèse, puis joué adulte, via captation de mouvements, par Andy Serkis – est au départ le compagnon et le fils adoptif de Will et de sa petite-copine vétérinaire (Freida Pinto). Mais en grandissant, César gagne en force et en intelligence (il rappelle de manière assez troublante le véritable chimpanzé dans Project Nim, un documentaire récemment sorti) et devient  ingérable et dangereux. Il se voit donc exilé dans un sinistre centre pour primates où son cruel directeur (Brian Cox) observe, sans sourciller, son fils sadique (Tom Felton) tourmenter le nouveau venu à l'aide d'un aiguillon électrique.

Cette intrigue pseudo-scientifique poussive est parfois pénible. Le personnage de Franco, aimable mais informe, vire de temps en temps à la vacuité, et la scène où il se heurte au président crapuleux du conseil d'administration de son entreprise (David Oyelowo), au sujet du financement de son expérience, semble revenir toutes les vingt minutes. Mais quand le film oublie les jérémiades des humains pour se concentrer sur la communication quasi muette des singes, les choses deviennent bien plus intéressantes.  Au cœur du film, on est à mi-chemin entre la Guerre du feu et Papillon: par une succession d'événements grandement improbables, mais néanmoins captivants, César arrive à faire prendre à ses codétenus la voie express de l'évolution et à se libérer, pour la plupart d'entre eux, dans une mutinerie et un saccage général de leur prison.

La grosse scène d'action centrale, où la milice menée par César et rassemblant chimpanzés, gorilles et babouins, s'oppose aux hélicoptères et aux chevaux de la police sur le Golden Gate, est le genre de séquence déjantée et splendide qui justifie à elle seule l'existence des blockbusters estivaux. L'armée des primates, composée d'un mélange de captations de mouvements et d'images numériques, est fantastique, et la chorégraphie de la bataille fait brillamment ressortir toutes les possibilités d'une guerre entre singes et humains. Mais l'investissement des singes dans leur lutte révolutionnaire et le dilemme de César, ni vraiment singe, ni vraiment humain, sont aussi pertinemment mis en scène, et comptent tout autant que l'issue de la bataille. Quand Will et le chimpanzé qui lui faisait quasiment office d'animal de compagnie se retrouvent à nouveau face à face, on comprend à la fois son amour pour César, et toute la violence que cet amour a pu générer à son insu.

Qu'un film mettant en scène un chimpanzé en images de synthèse puisse atteindre ce degré d'émotion (ou n'importe quel degré, d'ailleurs), est lié essentiellement aux dons d'acteurs d'Andy Serkis, surnommé le «Charlie Chaplin de la captation de mouvements». A 47 ans, Serkis est un ancien comédien britannique ayant déjà endossé les traits du caverneux Gollum, dans la franchise du Seigneur des Anneaux et ceux du monstre éponyme dans le King Kong de Peter Jackson. Il est impossible de savoir, exactement, quels mouvements et quelles expressions que nous voyons à l'écran sont ceux de Serkis, et lesquels ont été ajoutés à la postproduction (bien que cet extrait du making-of permette de comparer certaines scènes avant et après la postproduction).

Tout ce que je sais, c'est que j'ai ressenti avec César des émotions qu'aucun personnage généré par ordinateur n'avait réussi à susciter en moi depuis...eh bien en fait depuis Gollum. Des voix dissonnantes commencent à se faire entendre pour savoir si, oui, ou non, l'interprétation virtuelle d'un acteur comme Serkis mérite une nomination aux Oscars. On comprend facilement pourquoi des acteurs en chair et en os pourraient craindre l'invasion de leur pré carré par la technologie, mais l'interprétation que fait Serkis de César, dans toute son amertume et son ambiguïté, est bien loin d'être désincarnée. Peut-être que La planète des singes: les origines servira de manifeste libérateur non seulement pour les singes opprimés du monde, mais aussi pour le bataillon d'acteurs, de plus en plus nombreux, qui s'agite en combinaison à pois devant des écrans verts.

Dana Stevens  

Traduit par Peggy Sastre

Dana Stevens
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