Dette française: le triple A menacé... dans un an ou deux
La France est sur le chemin pour perdre son triple A. Les faibles perspectives de croissance rendent difficiles politiquement et socialement une forte réduction indispensables des déficits publics. Mais les processus de changements de notes sont en général lents.
- Le siège de Standard & Poor's à New York Brendan McDermid / Reuters -
On connaît l’histoire du type qui tombe du dixième étage. En passant devant le sixième, il se dit «jusqu’à présent, tout va bien». Combien de temps encore? Pour ce qui est de la note de risque de la dette française par les agences spécialisées, Standard & Poor’s qui a dégradé la note américaine le 5 août, se veut rassurante: la France jouit toujours de la note maximale, et son triple A s’inscrit dans une perspective stable. Jusqu’au moment où... cette appréciation changera. Une perspective stable était aussi évoquée pour la dette américaine avant que, le 18 avril, le ton change et que cette même agence place la dette américaine sous perspective négative – c'est-à-dire avec une probabilité de baisse. Trois mois et demi plus tard, la sanction est tombée: les Etats-Unis ont perdu leur triple A pour un AA+.
C’est le scénario habituel: d’abord une alerte, puis une dégradation. Or, pour l’instant, aucune des trois agences anglo-saxonnes (Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch) n’a émis de perspective négative pour la dette française. Paris est donc dans une phase de répit. Mais les indicateurs ont plutôt tendance à virer à l’orange.
Gare aux cadeaux électoraux
Un point général, d’abord. La dégradation de la note américaine sanctionne l’apparente paralysie des Etats-Unis à procéder à d’importantes réformes. Or en France – comme aux Etats-Unis d’ailleurs, 2012 sera une année électorale. Ce qui n’est jamais propice à l’adoption de mesures impopulaires comme celles qui consistent à réduire les dépenses ou à augmenter les impôts. A l’inverse, c’est une période où les candidats sont plutôt bienveillants pour distribuer des cadeaux fiscaux incompatibles avec la discipline budgétaire. Autant dire que, si la logique de S&P qui a prévalu pour les Etats-Unis doit aussi s’appliquer pour la France, l’approche des élections induit des facteurs de risque pour le triple A français.
Ralentissement général de la croissance
Ensuite, les fondamentaux de la France. Ils se situent dans un environnement incertain. Les économistes prédisent une inflexion de la croissance en Europe et aux Etats-Unis. Les indicateurs avancés de l’OCDE rendus publics le 8 août pointent un ralentissement en juin dans un certain nombre de pays, dont la France.
Globalement, les prévisions de l’organisation sont moins optimistes qu’en mai. La Banque de France est un peu moins pessimiste, qui prévoit au troisième trimestre une hausse du PIB identique à celle du deuxième trimestre (+0,2%). Mais elle est plus réservée que l’Insee qui, avec une prévision de croissance de 0,5% au troisième trimestre, affiche un optimisme que le climat conjoncturel (hausses des matières premières, baisses de la consommation) a du mal à justifier. Ainsi, la consommation, principal moteur de la croissance, est recul de 1,8% au deuxième trimestre de l’année par rapport au premier, à cause notamment d’un recul de 11% des dépenses en automobiles.
Même si le gouvernement campe sur une prévision de croissance de 2% pour 2011, l’objectif semble de plus en plus difficile à atteindre. D’autant que la déroute des marchés actions à laquelle on assiste aura forcément des répercussions négatives sur l’investissement et l’activité des entreprises, donc sur la croissance. Ce qui est de nature à peser sur les recettes fiscales de l’Etat. Dans ces conditions, selon une arithmétique financière abrupte, le gouvernement devrait être contraint de réduire plus drastiquement les dépenses budgétaires. Mais la période pré-électorale ne s’y prête pas. Et, en outre, de trop fortes ponctions pourraient avoir l’effet inverse de celui recherché en freinant encore plus le rythme de la croissance. Pourtant, il ne s’agit plus de chercher son salut en ajoutant de la dette à la dette. L’équation est complexe, les solutions choisies seront décortiquées par les agences de notation.
Des fondamentaux qui ne se redressent pas
La dégradation du marché de l’emploi est une illustration du décalage entre les objectifs économiques et la réalité. En juin, pour le deuxième mois consécutif, le nombre de chômeurs a augmenté. De sorte que sur un an, les demandeurs d’emploi sont plus nombreux de 1,5% alors que, sous l’effet de la croissance, le chômage devait refluer. Les prévisions sont démenties. Certes, il peut y avoir des problèmes de recrutement dans certains secteurs professionnels. Mais globalement, si le marché de l’emploi ne s’améliore pas, cela peut être le signe que l’activité ne progresse qu’à un rythme inférieur à 2% par an.
Dans ces conditions, les fondamentaux de l’économie française ne se redressent pas. La dette publique, de 1.646 milliards d’euros à la fin du premier trimestre 2011, a gonflé de 110 milliards en un an. Après avoir augmenté du tiers en trois ans, elle est, en valeur, la troisième dette européenne derrière celles de l’Allemagne et de l’Italie. Mais l’Allemagne a une balance commerciale très nettement excédentaire compte tenu de la force de ses exportations au contraire de la France dont le déficit de son commerce extérieur ne cesse de grandir et la compétitivité de faiblir (37,5 milliards d’euros de déficit commercial au premier semestre 2011, soit une augmentation de plus de 50% par rapport aux 24,6 milliards du même semestre en 2010) .
Une dette publique de plus en plus lourde
Par ailleurs, cette dette publique en France qui représente 84,5% du PIB va encore s’alourdir, à 85,4% à la fin de l’année et 86,9% fin 2012 pour refluer un peu à 86,4% fin 2013 et continuer ensuite dans le même sens si tout se passe selon le scénario présenté par le gouvernement. On est loin de la convalescence, d’autant qu’à de tels niveaux les intérêts de la dette atteignent des sommets, de l’ordre de 50 milliards d’euros par an, soit le deuxième poste de dépenses pour les finances publiques (après le budget de l’éducation nationale).
Certes, l’Italie, avec une dette publique représentant 120% de son PIB, est de toute évidence l’une des prochaines cibles des agences de notation. Ce qui explique qu’elle se finance déjà à un taux presque deux fois plus élevé que celui auquel la France négocie ses emprunts - les incertitudes sur l’avenir politique en Italie venant en plus alourdir le climat. Mais à l’inverse, la France affiche un déficit budgétaire plus important que celui de l’Italie, et le ralentissement de la croissance devrait malheureusement remettre en question les prévisions de déficit public du gouvernement, de 6% du PIB en 2011 puis de 4,6% en 2012, 3% en 2013 et 2% en 2014.
C’est l’ensemble de ces paramètres, et bien d’autres, que les agences de notation prennent en considération pour juger les dettes souveraines. Et qui pourrait un jour les amener à abaisser la note de la France. Pourquoi le craindre tant? Une dégradation signifie une perte de confiance dans la signature d’un pays emprunteur. Les créanciers deviennent plus méfiants. La France devrait alors payer des taux d’intérêt plus élevés pour emprunter sur les marchés, ce qui contribuerait à alourdir sa dette, la propulserait sur une pente dangereuse et rendrait les remèdes encore plus difficiles à appliquer. Or, sans décision politique à la hauteur du problème posé par la crise de la dette en Europe, le risque est grand qu’un tel scénario se produise dans un an ou deux.
Gilles Bridier
Mis à jour le 12/08/2011 à 11h31
















































Sauf erreur, et d'après les chiffres ci-dessus, l'intérêt annuel
de notre dette est "de l'ordre" de 8 pour cent. Mieux que le livret A
pour les prêteurs. Comment donc en arrive-t-on à de tels taux d'endettement
nationaux sans complicité générale de toute la chaîne de "financement" ?
S'il n'y a pas confusions d'intérêts de la part de beaucoup trop
de nos "dirigeants", ils sont alors très incompétents d'être
si facilement roulables par leurs économistes.
Pour en rester aux agences de notation, à en croire aussi les bilans
ci-dessus, le plus inquiétant n'est pas qu'elles dégradent le crédit
d'économies à bout de souffle mais qu'elles ne les aient pas rétrogradées
progressivement beaucoup plus tôt. Ne feignons pas aujourd'hui
de découvrir, non seulement que la mécanique financière est bancale
et contraire aux objectifs de garantir des échanges commerciaux
à des conditions équitables, mais aussi les raisons pour lesquelles
le système livré à lui-même est instable !
Piedsnickelénormément.
La perte du triple A pour la France est au programme depuis plusieurs années déjà. N'en déplaise à Polémikeur, certes le système du capitalisme violent se nourrit des atermoiements de nos politiques. Cependant c'est surtout l'incurie de la population qui rend possible la situation dans laquelle nous nous trouvons et qui permet à une oligarchie complexe composée des élites politiques, syndicales et économique (patrons du CAC 40)de mener la barque comme bon leur semble. Tant que les Français penseront que l'on peut affronter le XXI siècle en travaillant moins que les autres, tant que la valeur travail ne sera pas restaurée, nous assisterons à la désindustrialisation du pays.Faute de production de biens durables...........exportables , au delà du tourisme, nous devrons emprunter faute de recettes fiscales suffisantes pour financer les régimes spéciaux, la sécurité sociale, les 35 heures, les 5 semaines de congés. En la matière pas de miracle, on ne dépense que ce qu'on a et ce qu'on a pas on l'emprunte.
Le système n'est que le reflet des acteurs qui l'animent
et pourquoi ne serions nous pas optimistes? Les discours politiques commencent à converger en pleines périodes électorales n’est-ce pas un miracle obtenu pas seulement sous la pression des agences de notation mais peut-être grâce aux électeurs? Les exigences de ces agences sont le fruit d’observations qui ne surprennent pas l’opinion. La gauche distribuaient de l’argent alors que nous avions des budgets en déficit, la droite allégeait les impôts sans prévoir de contrepartie et tout ceci de manière parfaitement assumé. Il faut aussi ajouter des 2 côtés des budgets factices avec des recettes prévues irréalistes. On le voit la France est bien entre la Grêce et l’Allemagne! Et la démocratie dans cela? Ces agissemments n’auraient pu durer si longtemps sans la complicité de l’opinion. Complicité à droite pour les baisses d’impôts et à gauche pour une redistribution pas toujours sélective. Cette douce torpeur on la retrouve sur Slate ..: Il faudrait éduquer les français à la mondialisation ceci pour justifier les baisses d’impôt, les salaires exhorbitants des grands patrons français (pourtant les plus hauts d’Europe). Un autre exemple les critiques subit par Jacques Attali: Son analyse est finalement assez simple mais inacceptable parce qu’elle demande une remise en cause au delà des clivages, des priviléges de droite “des héritiers” de l’argent, des priviléges de gooche des héritiers de notre système étatique et éducatif. Il s’est fait traiter de Cassandre, de donneur de leçon etc etc. Nous ne devons pas nous contenter du consensus mou sur la recherche des facteurs communs de la rigueur un peu à la Védrine” mais construire un projet exigeant qui demande un effort important et partagé mais avec des objectifs ambitieux pour notre pays. Nous devons trouver le plus grand multiple commun réaliste. Les éditorialistes ressemblent à la plupart des prévisionnistes en analysant la prochaine campagne à travers une surenchère électoraliste. Ils ont le nez sur le rétroviseur. En réalité les français sont conscients que notre pays va à vau-l’eau. Nos élites manquent de courage, d’imagination et d’ambition. Ils ont peut-être un trop grand mépris pour leur peuple. Mais cela bouge, la droite s’attaque aux niches fiscales qu’elle a créée. Le projet du PS semble déjà caduque. Bientôt on ne trouvera plus beaucoup de candidats au primaires pour l’évoquer. Vive la V ème république! J’ai envie de dire aux candidats: Sortez de vos logiques de défenseur des priviléges ! Soyez offensifs, imaginatifs et ambitieux les français vous suivront!
Merci à iconoclaste07 pour ce très bon commentaire plein d'espoir en notre démocratie.
Il est vrai que depuis qu'il est sûr que si on les laisse faire, les vautours de la finance internationale vont nous dévorer le coeur et le foie, une certaine torpeur s'est emparée de notre site, et d'ailleurs de la plupart des journaux, soyons justes.
Sur Slate on nous offre le "clitoris de Paris", les arnaques dans les restaurants et ce Jeu de l'été new-look : "Notez les candidats à la primaire socialiste" qui a déjà drainé 44 commentaires et ce n'est sans doute pas fini.
Il me semble que l'urgence voudrait que les journalistes - où est passé monsieur Colombani ? - mettent les différents candidats à la présidentielle face à leurs responsabilités au regard de l'Histoire, faute de quoi nous finirions par assister, non seulement à un rejet violent de nos élites mais également au rejet de notre République que certains se sont déjà crus autorisés à enterrer par avance.
Ah oui! Il est temps que tu reviennes de vacances. On est tout seul!