Cachez ces corps morts!
La Cour de cassation a tranché: le respect dû aux personnes décédées est incompatible avec l'exposition de cadavres à des fins commerciales
- Exposition à Budapest, en 2008. REUTERS/Laszlo Balogh -
Le 21 avril 2009, Louis-Marie Raingeard, juge des référés au tribunal de grande instance de Paris, ordonnait la fermeture d'une exposition commerciale de cadavres humains intitulée Our Body, à corps ouvert. Cette exposition parisienne avait déjà été présentée dans différents pays ainsi, en France, qu’à Lyon et Marseille. La justice avait été saisie par deux associations (Ensemble contre la peine de mort et Solidarité Chine) qui soupçonnaient ici un trafic de cadavres de condamnés à mort chinois. Encore Events, la société organisatrice, avait aussitôt dénoncé une décision «ecclésiastique» nourrie des «convictions personnelles» du magistrat avant de faire appel.
L'interdiction avait ensuite été confirmée par la cour d'appel de Paris, mais sous un autre motif, nettement moins solennel: l' exposition de cadavres humains ne pouvait être autorisée en France qu'à la condition que l’exposant puisse fournir la preuve de leur origine. Encore Events s'était alors pourvu en cassation. Or jeudi 16 septembre, la Cour de cassation est finalement revenue aux motivations du juge de première instance:
«Aux termes de la loi les restes des personnes décédées doivent être traités avec respect, dignité et décence», or «l'exposition de cadavres à des fins commerciales méconnaît cette exigence».
Le même jour, le Comité national d’éthique a rendu un avis «sur les problèmes éthiques posés par l’utilisation des cadavres à des fins de conservation ou d’exposition muséale» [PDF] dans lequel il souligne que les expositions de cadavres du type Our Body, à corps ouvert constituent «une forme d’exploitation du corps des morts à visée commerciale qui contrevient à l’esprit de la loi française».
A cette occasion nous republions le texte que nous avions consacré à cette problématique au lendemain de la décision de justice du 21 avril 2009.
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Il se nomme Louis-Marie Raingeard. Juge des référés au tribunal de grande instance de Paris il vient de se faire un nom dans le vaste champ de la jurisprudence en ordonnant, mardi 21 avril, la fermeture d'une exposition commerciale qualifiée d' «anatomique». Intitulée Our Body, à corps ouvert cette manifestation se tenait au n°12 du boulevard de la Madeleine à Paris depuis le 12 février (15,50 euros l'entrée). On sait dorénavant que le justice française considère qu'une telle exposition de cadavres humains est contraire à la décence. Faut-il pour autant crier au scandale, à l'intolérable censure?
Pour M. Raingeard, la règle est claire: «L'espace assigné par la loi au cadavre est celui du cimetière.» Et «la commercialisation des corps par leur exposition constitue une atteinte manifeste au respect qui leur est dû». Et après avoir souligné tout l'intérêt que l'on pouvait accorder à un tel «débat de société» le magistrat a tranché: Our Body, à corps ouvert doit fermer au plus vite sous peine d'une astreinte de 20.000 euros par jour de retard.
Mais il y a plus. Dans sa logique le juge Raingeard a décidé que les dix-sept cadavres objets de l'exposition (des cadavres d'hommes et de femmes, entiers ou disséqués, présentés comme étant d'origine chinoise) devraient être placés sous séquestre «aux fins de rechercher avec les autorités publiques françaises compétentes une solution conforme aux droits de l'inhumation».
L'émotion des responsables de la société Encore Events organisatrice de ce spectacle est d'autant plus vive que c'est la première fois qu'ils font l'objet d'une condamnation en justice -qui les prive de leur matériel- après avoir présenté ces dernières années leurs cadavres dans de très nombreux pays. L'exposition devait quitter prochainement la proximité de l'Eglise de la Madeleine pour gagner le Parc Floral de Paris. Comme à chaque fois qu'elle a fait l'objet de critiques la société Encore Events a mis en avant le caractère «pédagogique» et «scientifique» de l'affaire.
Il nous revient ici en mémoire d'avoir à Amsterdam (en 2007) franchi –pour le prix de 22.50 euros (20.50 passé 60 ans et 18.50 avant 18 ans)- les portes de l'exposition Bodies. The Exhibition; et ce après avoir (dans les années soixante-dix) souvent franchi celles des amphithéâtres d'anatomie ou des services de médecine légale. Deux expériences qui permettent de relativiser grandement les objectifs pédagogiques des organisateurs de ce type de «fascinant voyage à travers le corps humain».
A Amsterdam, plus que de l'exposition, la fascination venanit de la foule de ceux qui s'y rendait. Mille personnes par jour en semaine, le double, voire le triple le week-end. Groupes organisés, badauds solitaires, touristes, crânes rasés, habits de cuir et, surtout, familles avec enfants en bas âge. Tous ou presque avaient le sourire de ceux à qui on a promis un gros, bon sinon gras spectacle; le sourire affiché avant-hier par les spectateurs qui faisaient la queue pour entrer dans le chapiteau du cirque; le sourire que l'on ne pouvait pas ne pas avoir quand on se régalait à l'avance des clowns et des panthères, des acrobates, de l'orchestre, de la sciure et des solides fragrances animalières. Nul animal, pourtant, au «Beurs van Berlage» d'Amsterdam sans clowns, sans panthère, sans orchestre.
L'affaire à l'époque était conjointement déclinée en boucle à Miami, Seattle, Las Vegas et New York. Et dans tous les cas cette promesse de bateleur : grâce à «Bodies. The Exhibition», après avoir vu les intérieurs de nos cadavres, vous ne regarderez plus jamais votre corps de la même manière.
Officiellement, pour Paris, les cadavres avaient été fournis par la fondation Anatomical Sciences and Technologie basée à Hong Kong. Et les organisateurs assurent que les personnes dont les corps sont exposées avaient donné leur consentement de leur vivant. Les deux associations qui avaient saisi la justice française - Ensemble contre la peine de mort et Solidarité Chine soupçonnent elles que les cadavres exposés soient ceux d'anciens prisonniers ou de condamnés à mort exécutés en Chine.
Ces deux associations estiment d'autre part qu'il y a là une forme d'atteinte aux droits de l'homme, ces derniers ne cessant pas -sous une autre forme- d'exister avec la mort. Elles ont été suivies en cela par la justice française pour laquelle «la présentation des cadavres et organes met en oeuvre des découpages qui ne sont pas scientifiquement légitimes, des colorations arbitraires, des mises en scènes déréalisantes» qui «manifestement manquent à la décence».
Pour le dire de manière cursive «la visée pédagogique» ne saurait tout permettre. Et ce d'autant que l'article 16-1 du Code civil français stipule que «le respect du corps humain ne cesse pas avec la mort» et que «les restes des personnes décédées (...) doivent être traités avec respect, dignité et décence». Quant à l'article 16-2 du même Code il autorise le juge «à prescrire toutes mesures propres à faire cesser une atteinte illicite au corps humain».
On ne sera nullement surpris d'appendre que la société Encore Events a décidé de faire appel en qualifiant d'«aberrant» un jugement condamnant une exposition déjà présentée à Lyon et à Marseille et alorS qu'il existe une vingtaine d'expositions similaires «tournant» actuellement à travers le monde et qui auraient déjà été vues par une trentaine de millions de vivants.
Dans la très savante et également délicieuse réédition du répertoire qu'il consacre aux «délicatesses du français contemporain» Renaud Camus cite, à l'article «Disparaître», le grand Fernando António Nogueira Pessoa (1888-1935) : «Mourir est seulement n'être pas vu.»
Kléber Ducé
Mis à jour le 17/09/2010 à 13h02








































Bonjour,
étant lyonnais je suis allé voir cet expo. Je ne suis pas contre la connaissance scientifique, au contraire, je fais moi même mes études en biologie. Ce que je reproche à cet exposition c'est à la fois sa cible et la manière de présenter les choses.
La cible est évidemment le grand publique. Il faut quand même comprendre qu'il y avait des enfants de 8 ans au milieu de cadavres réels. Ce qui me dérange c'est de voir une sorte de désacrilisation du corps qui pourrait représenter un danger pour la société. Un corps humain reste un corps humain, cela ne doit pas devenir un objet de curiosité, au risque de normaliser le vue de cadavres et d'organes, ce qui pourrait atteindre de respect de l'être humain.
Ce serait une exposition pour les scientifiques ce la me dérangerais pas, dans le sens ou il est nécessaire que des "spécialistes" aient des connaissances appliquées dans ce domaines dans notre société. C'est un très bon moyen de concrétiser des connaissances théoriques pour les médecins et les scientifiques. Mais ce n'était pas du tout le but, personnellement je n'ai quasiment rien appris en deux heures de visites et pourtant l'anatomie est loin d'être ma spécialité.
Et puis ca sent vraiment le business, une place très cher à 15,5 euros, avec comme cible le maximum de monde, des connaissances vraiment limites et une polémique pour faire parler de soit...
J'ai été très déçu.
Si on présente ce genre d'exposition je pense qu'il faut aller plus loin et montrer comment ces gens sont mort. C'est pédagogique de montrer l'exécution et l'agonie du pauvre type qu'on fusille (si j'ai bien compris ce sont des condamnés à mort chinois).
Après il faut montrer la technique d'embaumement, comment on vide le bougre comme un vulgaire poisson. D'habitude c'est pas la morale qui m'étouffe mais là c'est un peu glauque quand même.
Ce type d'exposition n'est pas choquante car l'anatomie humaine est une des plus belle chose que l'on puisse observer. Bon nombre de scientifique ont travaillé sur des cadavres afin d'obtenir les connaissnaces nécessaires à l'execution d'opérations chirurgicales qui sont devenues monnaie courante de nos jours.
Néanmoins, il aurait été de bon ton de définir un age minimum pour cette exposition de cadavres décharnés et mutilés. J'estime que des enfants n'ont pas à subir ce genre de vision imposé par leurs bobo de parents bien pensant espérant leur ouvrir l'esprit à des choses plus profondes. L'éveil d'un enfant passe effectivement par une exposition à des situations différentes mais lui expliquer que le membre de sa famille disparu depuis peu se fait dévorer par les vers et lui montrer en live la décomposition, quel traumatisme.
La surexposition de la violence et de la mort sur les support audiovisuels publics (télévision, cinéma, jeux vidéos) entraine nombre de personnes sans talents comme "Guillermo Habacuc Vargasou" à s'en servir comme attraction populaire.
Dans un cas comme dans l'autre, a qui la faute ? Pour ma part, les organisateurs de ce genre d'événements devraient mettre au point une charte déontologique. Un artiste arriviste sans limite est comme un fou en liberté, il peut aller jusqu'au crime.
A bon entendeur.
Nous avons certainement été anthropophages,
et nous n'aurions probablement aucun mal
à le redevenir en des conditions difficiles.
Avec la venue de notre conscience,
nous avons sans doute habillé
de mysticisme la transition
au cours de laquelle
nous avons abandonné,
ou presque, le cannibalisme.
Peut-être reviendra-t-il un temps
sauvage où nous nous chasserons
sans même y mettre de formes ?
Nous avons déjà goûté à des épisodes
d'extermination et d'asservissement,
mais peu, semble-t-il, d'exploitation
de nous-mêmes en tant que matière première.
Observer l'interdit sur l'utilisation de tout ou partie
du corps humain dans des buts qui conduisent "in fine"
à la réification de l'individu qui en est inséparable
(sans être pour autant merveille de l'Univers)
est prendre pari honorable et courageux
de civilisation et de dignité.
je suis toujours trés etonnée de voir combien est sacralisé le corps humain une fois le décès survenu alors que l'on croise sans sourcillier un SDF au coin d'une rue, que l'on regarde sans avoir l'appetit coupé les info du 20h00 relatant la mort de la population palestinienne, montrant les refugiés de calais dont on veut juste se debarrasser... les exemples ne manquent pas!
Alors la superiorité de l'espece humaine...?
moi je regrette juste d'avoir raté l'expo de marseille car je trouve passionnnant le travail réalisé sur l'animal qu'est l'homme...
Quand la vie n'est plus là le corps humain n'est plus qu'un assemblage de molécules.
Je ne vois pas où est le sacré.
Pour ma part, je suis prêt à donner ma carcasse à qui la veut.
Après ma mort.
Ceci dit je me demande, si l'art en est absent, quel est le réel intérêt d'une exposition de cadavres.....
Plus que le droit à la dignité humaine, cet article interroge sur le droit à l'image du mort. Le droit au respect de la vie privée prend-elle fin dès lors que l'individu est mort? Ou bien doit-il exister un droit à l'image intemporel?
Par exemple, une publicité mettait en scène Fernandel afin de vendre un produit grande consommation.Or, l'acteur était décédé depuis longtemps, par conséquent l'entreprise ne lui a jamais demandé son avis personnel. Cela signifie qu'il aurait aussi bien pu être opposer à l'idée de réaliser cette publicité!
De la même manière, l'exposition a été réalisé sans l'accord direct des individus dont on expose les cadavres. En outre, les organisateurs génèrent des profits grâce à ces squelettes. C'est pourquoi, il me semble nécessaire que des royalties soit verser aux familles de ces morts.