Tous ruinés dans dix mois?
Si les hommes politiques se conduisent enfin en hommes d'Etat et prennent la mesure de la gravité de la situation, les solutions existent pour sortir l'Europe de la crise.
- Un homme donne de l'argent à une mendiante de Managua au Nicaragua. Oswaldo Rivas/Reuters -
Les marchés ne laissent aucun répit aux peuples aussi longtemps que les hommes politiques ne se conduisent pas en hommes d’Etat.
Cette vieille loi, valable depuis des siècles, est aujourd’hui d’une cruelle actualité.
Il ne sert a rien de refaire l’Histoire; de répéter que si les décisions prises au dernier sommet européen l’avait été 18 mois plus tôt , il n’y aurait pas de crise de l’euro aujourd’hui, car l’eurozone disposerait de l’outil technique et de l’arme juridique pour contrer la spéculation. En particulier, les banques ne pourraient plus, en même temps et au sein du même établissement, constater des pertes sur les emprunts d’Etat d’un pays et vendre à découvert ces mêmes obligations.
Il est désespérant d’avoir à répéter qu’existe aussi une solution aux problèmes structurels de l’Eurozone; une solution que beaucoup proposent depuis des années: la mutualisation d’une part plus grande de la TVA entre pays de l’Union, pour financer le service d’eurobonds émis par une entité ad hoc de l’euro zone. Ces eurobonds pourraient utilement se substituer à une partie des dettes nationale et permettre à l’Europe de réinventer son avenir industriel, entrepreneurial et technologique; et de rembourser sa dette par la seule manière raisonnable, la croissance. Cela ne dispenserait pas d’effort les pays les plus endettés ; c’est à leur portée: il suffirait par exemple de taxer pendant dix ans de 1,5% la fortune privée des Italiens (qui est, en proportion, près de 25% supérieure a celle des autres européens) pour faire disparaître la dette publique de ce pays.
Seulement voilà: les dirigeants européens, sous l’influence de groupes de pression a courte de vue, et incapables de penser la politique hors des exigences de la finance, n’ont pas cru à la gravité de la dynamique en marche depuis la fin de 2007. Ils se sont contentés de naviguer au plus près, d’illusoires sommets européens en G20 de pacotille, repoussant les échéances par des mesures minuscules et de déclarations contradictoires.
S’ils ne veulent pas rester dans l’Histoire comme les fossoyeurs de l’euro, et de l’Union, les dirigeants européens doivent agir très vite. Ils doivent convoquer un nouveau sommet de l’eurozone, qui décidera enfin de ce pas nécessaire vers le fédéralisme en Europe. Et qui, en attendant que cela puisse entrer en vigueur, après le vote des parlements nationaux, qui devront pour cela être convoqués au plus tôt, autoriserait la BCE à défendre la valeur de l’euro et la liquidité du système bancaire par tous les moyens a sa disposition, même les moins orthodoxes.
S’ils ne le font pas, ou s’ils ne réussissent pas à convaincre leurs partenaires de le faire avec eux, les événements continueront de s’enchaîner vers le pire. Ceux qu’on accusait, il y a peu encore, de pessimistes, passeront alors pour de doux rêveurs. En particulier, dans ce cas, les élections présidentielles françaises se dérouleront dans un contexte de débandade, de remise en cause de l’existence même de l’union et d’une récession plus grave encore que celle de 2008.
Alors, les peuples rappelleront à ceux de leurs dirigeants qui n’auront pas su maintenir l’Europe comme la région économique la plus riche et la plus prospère du monde la dimension tragique de l’Histoire.
Jacques Attali
Cet article a été également publié par L'Express
Mis à jour le 12/08/2011 à 11h33




















































Ils se demandent pourquoi tous ces atermoiements alors que les chinois ne se gênent pas pour imposer des conditions drastiques à ceux qui prétendent investir en Chine. Les chinois se fichent complètement de l'emploi en Europe, tout ce qu'ils veulent, c'est refourguer leurs produits et ils ne supportent pas que l'on ose leur faire face. Mais les entrepreneurs occidentaux, par cupidité, ont aussi été d'une lâcheté sans bornes (dixit certains avocats fiscalistes).
Il est temps de rappeler aux chinois que s'ils veulent que l'on consomme leurs produits, il faut que les gens aient de quoi les acheter. Et cela passe par des taxes sur leurs produits, en réponse aux dumping multiples qu'ils utilisent comme une arme de guerre économique contre nous et qui nuisent à nos PME.
La relation actuelle est tout sauf équilibrée. Les gens le savent.
Vous, qui êtes en contacts directs avec ces dirigeants et qui avez forcément plus d'impacts que nous sur les pensées de ces hommes d'Etats (ou de groupes de pressions comme vous dîtes), notamment à travers le mystérieux Siècle (à voir pour ceux qui ne connaissent pas http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Siècle).
Vous pouvez faire mettre en place cette solution et donc faire en sorte que nous soyons pas tous ruinés dans 10 mois... mais surement plus dans 9 ans comme l'indique votre livre sorti... il y a 14 mois.
Franchement, croyez vous que ces gens se soucient le moins du monde de telles considérations!
Messieurs je vous assure que les dirigeants et les hommes de grande influence politique et économique du monde actuelle sont pour la plupart sans scrupule et dénués de soucis moral ou éthique!
Ils complotent et complotent mais à la fin ils verront se réaliser d'autres desseins..
Personnellement je souhaite voir tomber le Régime.. coûte que coûte! et après le Grand Tribunal où on verra derrières les barreaux tous les bourreaux, corrompus et fossoyeurs comme vous le dites de ces Trois dernières décennies
Amen
Maintenant, il est "amusant" de remarquer que lors de la campagne de 2007, seul Francois Bayrou s'émouvait réellement du problème de la dette. Rappelons aussi que Francois Miterrand a autrefois dit au sujet de Bayrou, "regardez bien cet homme, il sera un jour président" (mais était-ce ironique ?) et peut-être que vous auriez intérêt à le faire revenir dans la course, si vous vous sentez capable de vouloir réellement sauver notre démocratie avec des idées nouvelles et salvatrices, qu'un petit arriviste inefficace de banlieue chic ne veut pas comprendre par manque de stature et de connexion au réel. Quelle heure est-il à votre Rolex ? 2012 - 6532 heures. Soit demain. Nous n'avons plus le temps pour continuer à vivre cette farce.
Cordialement.
(Bayrou, puisque DSK a été habilement mis hors jeu).
togdani@gmail.com
Ou nous souhaitons sauver l'euro, et dans ce cas, il faut en effet doter l'euro d'un gouvernement federal qui aurait toute latitude pour intervenir pour faire face a la crise.
Le vrai probleme, c'est que l'euro a ete tres mal concu des le depart et que nous en payons le prix maintenant. Pour en corriger les defauts, il faut que l'europe se reforme de maniere sans precedente et se dote d'institution d'un type uniaue qui reste encore a inventer (cela ne se fera pas en 1 mois!).
Les peuples d'europe, apres les multiples non au traite de Lisbonne, en sont-ils prets? J'en doute fortement.
L'europe est a l'origine une belle idee, qui aurait pu rassembler les peuples. Malheureusement, l'europe est devenu un monstre administratif a sang froid, ne se preoccupant pas vraiment d'ameliorer le quotidien du citoyen lambda. L'europe a aussi servi de deversoir a tous les politiques et autres populistes nationaux ("c'est de la faute a Bruxelles"), qui ont acheve de convaincre les citoyens que l'europe ne leur apporte finalement pas grand chose.
L'europe, la majorite est pour, a partir du moment ou elle se construira de maniere democratique (un president elu au suffrage universel?), et elle aura pour seul et unique objectif l'amelioration du quotidien du citoyen europeen. Quand les politiques comprendront que les citoyens veulent plus d'integration et moins d'elargissement, plus de programmes erasmus et moins d'uniformisation (comprendre moins d'attaques des specificites/traditions locales), plus de protection economique face a la concurrence deloyale de la Chine et moins de libre echange, etc., alors ils pourront esperer etablir une europe plus integree et federale. Sans cela, le projet europeen est voue a l'echec, malheuresement.
Les politiciens échouent, si c'est au peuple de payer, les créances doivent appartenir aux citoyens à part égales sans condition de ressources, de revenues ou autres ...
Pour tout autre cas, je refuse de payer ou de faire payer ma descendance pour les égoïstes et les cupides.
L'heure est réellement grave et certains d'entre nous y compris dans le reste de l'Europe s'en rendent compte. Les politiques actuels ne sont pas à la hauteur, loin s'en faut.
Et s'il fallait une proposition supplémentaire, engageons un grand emprunt européen rémunéré à un certain taux pour dégager une marge de manoeuvre tant pour le remboursement des dettes mutualisées que de préparer l'avenir stratégique, économique et énergétique de l'europe par des investissements massifs pour le futur.
En clair une pétition européenne sur le sujet nous ferait le plus grand bien à tous.
En conséquence vos avertissements sur les dangers pour la démocratie en France sont à prendre avec précaution.
On peut ne pas être d'accord avec et l'UMP et le PS mais parler d'eux comme une menace pour la démocratie est absurde.
Les mentors de Mme Le Pen et le FN dans le passé se sont par contre vite débarrassés de toute considération et institution démocratique
Quand on constate que l'inévitable déclin de l'industrie Européenne provient d'une décentralisation massive des industriels , dans tous les domaines, vers des paradis de 'la main-d'oeuvre à bas-coût'
Les 'know-How' , eux-mêmes, sont transférés, avec la fatalité d'un retour de marchandises copiées à l'identique.
Sans omettre la conséquence de la disparition des emplois, qui provoque la déshérance d' une grande partie de notre jeunesse.(voir l'encart "sans foi ni loi)
Je reconnais et j'apprécie le reste de votre analyse JMC
Je comprends le sens de votre message.
Il va sans dire que naturellement orienté vers ce type de sphères (Politique, Europe, Economie, Finance, Média…) vous songiez à une mesure qui fasse écho dans ces milieux.
Cependant si vous me le permettez, il me semble que la solution que vous proposez ne répond pas à plusieurs questions :
1/ Comment produire des biens de consommation à des tarifs compétitifs avec des bas salaires français (SMIC : 1365€/mois, hors charges) aussi hauts par rapport à nos compétiteurs (rappel : « SMIC » chinois variant officiellement entre 100 et 140€/mois selon les provinces), ce qui donne un ratio de l’ordre de 15 ?
Il s’agit là d’un ordre de grandeur qui prévaut sur les autres grandes masses. Rentrer dans une discussion de détails (marges/charges/monnaies/technologie de production/valeur ajoutée/high-tech/etc.) serait louper l’objet de la question. Rappel : Ce fut LA raison qui fît fuir nos entreprises françaises pour produire à l’étranger.
2/ En imaginant pouvoir intéresser économiquement les entreprises « de production réelle » à revenir/venir s’installer sur notre sol par une formule « nouvelle » ∫ (salaires, protectionnisme, eurobonds, etc.), que pensez-vous des contraintes environnementales et de protection des personnels qui s’imposent à toutes les entreprises de chimie, pétrolière, sidérurgie, productions manufacturières, verre, électronique, etc. ?
La question ne se pose pas d’un point de vue humain ni de notre responsabilité de terrien (sinon la réponse est convenue). La question est purement d’ordre économique et juridique, tout cela a un coût très important et comporte des risques juridiques forts en France tandis qu’en Chine, les protections sociales, environnementales et juridiques sont sans rapports. C’est la question du prix final de vente. Pour fabriquer le même produit le coût de production (hors salaire) est drastiquement moins élevé et en cas de problème le risque juridique est sans rapport (explosion, fuite, déchets, etc.).
3/ En imaginant une méthode faisant revenir/venir les industriels (prtectionnisme/allègements/etc.) pour protéger et alimenter le travail sur le sol français, en se basant sur les données d’entrées actuelles, pour produire un même produit (que produit en Chine) avec des salaires environs 15 fois plus hauts, des installations plus couteuses (gestion des risques et mise en conformité): le prix de vente et d'achat pour le consommateur serait impacté à la hausse de manière flagrante. Ce qui signifie, instantanément, une chute libre du pouvoir d’achat. Pensez-vous que nous sommes voué à réduire notre niveau de vie ?
Les dépenses actuelles des français font de toutes les façons partir les capitaux vers l’étranger au rythme de 51 Milliards d’Euros en 2010, ce qui équivaut à une perte d’environ 800€ par an par français. Si on admet que certains s’enrichissent, c’est donc que d’autres s’appauvrissent proportionnellement de manière encore plus forte (les plus pauvres).
4/ Dans l’industrie, la recherche coute forcément moins chère qu’elle ne rapporte. Partant de ce constat, que diriez-vous à ceux qui considèrent la recherche comme un eldorado tandis que les moyens de production sont à l’étranger, en considérant que la France n’est pas le meilleur exemple pour protéger ses brevets et que les autres pays ne nous attendent plus pour faire leur propres recherches ?
Même si cette branche est favorisée en France et que notre compétitivité doit forcément intégrer cette dimension.
5/ Vous n’êtes pas sans ignorer les risques et la complexité que représente aujourd’hui la création d’une entreprise en France (statuts, emprunts, charges, gestion des personnels, gestion comptable, hypothèque des biens personnels, investissement horaire, risques financiers et personnels sur le foyer, etc.). Pensez-vous que ce terrain est propice à ce que la France se trouve une âme grandissante d’entreprenariat pour relancer notre économie?
6/ Dans un climat social ou officiellement 10% des personnes sont au chômage, je pense que nous serons d’accord sur l’idée que ce chiffre est largement sous-estimé, et quand on sait que les français veulent de moins en moins effectuer des travaux pénibles (ce qui se comprend très bien, évidement), par quel moyen penseriez-vous remplir les usines de productions alors qu’actuellement il fait aussi bon rester chez soi en touchant des allocations ?
Ce qui a un impact fort malheureux sur les personnes qui recherchent réellement un emploi en termes d’image, d’incompréhension sociale et d’amalgames.
7/ Si l’état venaient à diminuer ses dépenses afin de rassurer les marchés, par exemple en allégeant les aides sociales, par exemple…, ce qui irait dans le bon sens d’un point de vue purement économique, comment recommanderiez-vous l’annonce des telles mesures, faire face à l’appauvrissement des foyers les plus pauvres et enfin maitriser les effets tels que nous constatons actuellement en Angleterre (déjà vécu chez nous), alors que les plus pauvres demandent au contraire plus d’aide pour finir le mois ?
8/ Enfin, sans même parler de restrictions budgétaires, on dit « les politiques dépassés par l’économie mondiale, leur pouvoir d’action faible ». Ne pensez-vous pas que même avec la meilleur des stratégies économiques, les personnes qui disent cela oublient dans l’équation une forme naturelle/constitutionnelle à l’opposition aux changements encore plus poussée en France et dont un certain CdG disait « Comment voulez-vous gouverner un pays avec… » ?
Mettons-nous à la place d'un investisseur étranger, comme vous avez voyagé, vous savez quelle réputation (fondée ou non, ce n'est pas la question) nous avons concernant les grèves et autres paralysies récurrentes, que diriez-vous à cet investisseur à ce sujet? (hormis que nous avons d'autre qualités...)
Des changements, vous en conviendrez, qu’ils soient volontaires ou non, sont quasi-incontournables. J’entendais une personne âgée me demander il y a quelques mois : « j’ai cotisé pendant 45 ans environ 50€ par mois pour ma retraite et depuis 35 ans je touche 800€ par mois, comment ça marche ? ».
Je me rends bien compte du coté polémique des sujets abordés, je comprendrais donc que vous ne souhaitiez pas tenter de réponse. Mais vous avez raison sur un point, le moral est un élément clé.
Bonne journée.
Votre réponse a l'intérêt de soumettre des points de réflexion et de travail pratiques. Monsieur Attali a de le constance et c'est ce qui agace certains. Pour certains d'entre nous, citoyens de bon sens, maintenir le cap est un élément essentiel de la démocratie et de la politique. La clé aujourd'hui est la volonté politique; bien au delà des desseins personnels des uns et des autres. Qui sera/est l'homme d'Etat capable de prononcer les mots justes pour mettre en oeuvre les actions qui s'imposent à nous tous, quels que soient nos opinions, nos statuts. Le bateua fait eau de toute part, il est temps de reprendre les choses en mains. Quant à l'esprit, j'invite les lecteurs de Slate à se pencher sur l'esprit qui régna dans les commissions interalliées pendant la 1ere guerre mondiale, puis lors de la Fondation de la SDN, puis lors de la fondation de la CECA...jusqu'à l'UE. Rappelons nous l'esprit dans lequel travaillèrent Jean Monnet et Maurice Schumann, l'essence même de l'action politique aux services du plus grand nombre: le dessein avant le destin.
Je tiens à préciser de manière très courte:
Le sens de mon précédent message n’est pas d’ignorer votre proposition Mr. Attali, mais de rappeler que celle-ci a pour objectif que « ça n’aille pas plus mal tout de suite ».
Vous proposez une solution d’apnée qui est nécessaire pour éviter la noyade immédiate, mais qui ne durera que le temps que nous pourrons tenir.
Sur le terrain, l’économie réelle doit nécessairement prendre le relais (cf précédent message). Sinon votre proposition sera une rustine pour éviter que l’eau ne rentre trop vite alors que nous sommes déjà en partie sous l'eau et que nous fuyons à beaucoup d'autres niveaux.