Economie

Sauve-qui-peut sur les marchés

Eric Le Boucher, mis à jour le 07.08.2011 à 11 h 14

La décélération de la croissance simultanée aux Etats-Unis, en Europe et en Asie et l'incapacité des gouvernements américain et européens à rassurer sur leurs dettes provoquent la panique des investisseurs. La situation n'est pas sans rappeler celle de l'été 2008.

Indice Dow Jones de la Bourse de New York le 5 août 2011 à la clôture  Brendan McDermid / Reuters

Indice Dow Jones de la Bourse de New York le 5 août 2011 à la clôture Brendan McDermid / Reuters

Malgré le «petit mieux» de vendredi 5 août après midi - un bon indice d’emplois aux Etats-Unis autorisant un léger rebond des cours de Bourse - les marchés financiers ont retrouvé l’ambiance de sauve-qui-peut de septembre 2008, à la suite de la chute de la banque américaine Lehman Brothers. Les taux d’intérêt grimpent, les banques ne se prêtent plus l’une à l’autre, les primes de couverture ont atteint des sommets depuis la création de la zone euro et les Bourses s’écroulent. Une conjonction de deux évolutions alimente la panique: une décélération de la croissance partout dans le monde, pays développés comme pays émergents, et l’incapacité des gouvernements américain et européens à mettre un terme à la crise des dettes.

En Europe, la contagion s’est étendue à l’Italie et l’Espagne, prenant une dimension si considérable que la défiance des investisseurs est redevenue générale. Ils prennent leurs jambes à leur cou!

Les gouvernements européens se sont mobilisés pour tenter de mettre un peu de calme. M. Sarkozy doit téléphoner à Mme Merkel et M. Zapatero, fait-on savoir. Et Olli Rehn, le commissaire européen aux affaires économiques, a quitté ses vacances pour donner une conférence de presse. Il assure travailler «nuit et jour» pour mettre en place  le plan de sauvetage de la zone euro décidé le 21 juillet. Ce sera «une affaire de semaines et non pas de mois», assure le Commissaire. Mais ce que retiennent les marchés est bien au contraire la zizanie qui revient sur le «que faire?» au plan européen. C’est José Manuel Barroso qui dresse un bilan en demi teinte du sommet du 21 juillet. Ou Jean-Claude Trichet qui indique à la fois pour rassurer que la Banque centrale européenne (BCE) va continuer à acheter des titres grecs ou portugais pour faire descendre la fièvre, et en même temps parle d’inflation, ce que les analystes interprètent comme une volonté d'arrêter rapidement ces achats.

La dette publique a remplacé la dette privée mais le problème reste

L’ampleur de la panique est telle que les gouvernements sont largement dépassés. D’un point de vue économique, concernant l’affaissement de la reprise, ils ne peuvent plus «relancer» par des mesures budgétaires, ils doivent au contraire faire l’inverse, imposer l’austérité. En croisant les doigts pour que ce serrage de vis n’ait pas un effet récessif trop fort qui creuse le déficit au lieu de le réduire. Mais n’est-ce pas le cas déjà? Au moins en partie en Grèce, en Espagne, voire ailleurs?

Les responsables monétaires sont les seuls à pouvoir encore agir, un peu. Non pas en abaissant les taux, ils sont au taquet, mais en maintenant justement ces achats non-conventionnels de titres des Etats surendettés. Toute la question est de savoir si la BCE doit acheter des titres italiens et espagnols pour soutenir leurs cours. Visiblement la réponse est oui, si les choses empirent.  

Mais est-ce suffisant? Les marchés peuvent-ils se laisser convaincre par les gouvernements que leur panique est «exagérée»? Et que «tout est fait» pour redresser la barre? Qu’ils n’ont aucun intérêt, eux les marchés, à la poursuite du jeu de massacre?

Il n’est pas impossible que des thèses, disons radicalement alternatives, commencent à gagner du terrain. L’économiste américain Ken Rogoff explique que les «plans de relance» keynésiens mis en place de part le monde en 2009 n’ont fait que déplacer le problème: la dette privée est devenue publique, ou pis les deux se sont additionnées. La vraie cause de la crise n’était pas la perte de croissance mais l’endettement, et de cet endettement, on n’en viendra pas à bout avant 4 ou 5 ans d’austérité. Autrement dit, la reprise était fictive, elle était soufflée, c’est bien normal que… le soufflé retombe.  La seule façon radicale d’agir, selon Rogoff, est d’effectuer un transferts massif d’argent des créanciers vers les endettés. Comment? Soit en spoliant globalement ces créanciers, nationalisant les banques au passage, soit en instillant de l’inflation, manière connue de baisser la valeur des crédits.

Qu’en sera-t-il? Sans doute chaque pays va agir au plus près de ses besoins et ses habitudes. Les Etats-Unis pourraient être tentés par «un peu» d’inflation, comme le suggère Ken Rogoff. S’ils le faisaient, le dollar baisserait, la croissance reviendrait par l’exportation. C’est déjà la voie choisie la Grande-Bretagne. Si tel était le cas, l’Europe continentale serait en mauvaise posture avec, en sus du reste, un euro réévalué. Quand on entend la Chine, qui redoute une perte du dollar, demander une «une coordination mondiale sur la dette», on se dit que Pékin a raison.

En attendant, il faudrait déjà que les Américains et les Européens fassent ce qu’ils promettent concernant leurs dépenses et leurs déficits, sans perte de temps, sans tricher et perdre le peu qu’il leur reste de crédibilité.

Eric Le Boucher

 

 

 

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Cofondateur de Slate.fr
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