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Hépatite C: un pré-vaccin est né

Jean-Yves Nau, mis à jour le 09.08.2011 à 9 h 35

Une équipe française a mis au point une méthode protégeant contre un virus qui affecte près de deux cent millions de personnes dans le monde.

Seringues Nicky Loh / Reuters

Seringues Nicky Loh / Reuters

Ce n’est certes encore qu’un espoir, mais un espoir reposant sur de sérieuses données expérimentales. Un groupe de biologistes travaillant dans différents organismes français vient d’annoncer avoir, pour la première fois, réussi à développer une méthode vaccinale protectrice contre l’infection par le virus de l’hépatite virale de type C. Ce groupe est dirigé par le Pr David Klatzmann (CNRS/Université Pierre et Marie Curie/Inserm) et Charlotte Dalba (société de biotechnologies Epixis).

C’est là une avancée à la fois potentielle et importante en termes de santé publique. Car à la différence de  la principale autre hépatite virale (celle de type B) on ne dispose d’aucun vaccin contre l’hépatite C, une affection chronique transmise pour l’essentiel par voie sanguine et qui touche près de deux cent millions de personnes à travers le monde, tout particulièrement en Chine. Les résultats de ce travail viennent d’être publiés dans la revue Science Translational Medicine.

Depuis que son agent causal a été découvert –à la fin des années 1980-  la prévention de l’hépatite C ne suscite guère l’intérêt des multinationales pharmaceutiques. Ces dernières  préfèrent investir dans son traitement médicamenteux antiviral ; traitement à la fois efficace et très coûteux. « Dans les pays développés cette infection est dépistée avec succès chez les donneurs de sang et les pays a priori les plus concernés par la prévention –à l’exception, sans doute, de la Chine – n’ont pas vraiment les moyens de financer une vaccination généralisée de leur population, explique le Pr Klatzmann à Slate.fr. Il nous faut donc avoir recours à la puissance publique. Soutenue par l'Agence nationale française de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS), cette recherche s’inscrit dans le cadre d’un programme financé par l’Union européenne visant au développement de nouvelles stratégies vaccinales. »

La recherche menée en France se fonde  sur une approche originale : avoir recours non pas à des virus «tués» ou  inactivés» mais à des «pseudo-particules virales». On désigne ainsi des structures artificielles qui (ressemblant à l’échelon moléculaire et en trois dimensions aux particules virales originelles) en simulent l’action auprès du système immunitaire de l’organisme dans lequel on les injecte. Mais débarrassées de tout matériel génétique viral ces mêmes particules ne peuvent provoquer la maladie qu’elles visent à prévenir. Cette stratégie vaccinale est à la base de vaccins déjà autorisés à la commercialisation, comme ceux protégeant contre les infections causées par certains  papillomavirus humains impliqués notamment dans le cancer du col de l’utérus. Il s'agit ici de «pseudo-particules» fabriquées à partir de fragments de rétrovirus de souris recouverts de protéines du virus de l’hépatite C.

Pour l’heure l’équipe française est parvenue à franchir l’étape qui précède le stade de l’expérimentation sur l’homme. Elle explique avoir obtenu, chez des souris puis chez des macaques, une réponse immunitaire protectrice (production d’ «anticorps neutralisants») contre une infection par les souches les plus agressives du virus contre l’hépatite C vis-à-vis de l’organisme humain. « Au vu de ces résultats –et compte tenu des difficultés rencontrées en Europe pour mener des essais sur des chimpanzés-  nous disposons d’ores et déjà des éléments expérimentaux qui nous permettent de passer à des essais cliniques sur l’homme, ajoute le Pr Klatzmann. La question reste entière quant à savoir qui nous permettra, financièrement, de réaliser ce travail. Nous avons trois possibilités : une multinationale pharmaceutique, un financement public ou une institution émanant d’un pays directement concerné par cette maladie.» Dans le meilleur des cas des essais cliniques sur l’homme pourraient débuter en 2012.

Pour l’heure les brevets de cette nouvelle approche préventive sont détenus par la start-up française Epixis (en cours d'acquisition par une entreprise biotechnologique américaine dont l'identité n'a pas encore été rendue publique). Plus généralement ces résultats pourraient être applicables au développement de stratégies vaccinales similaires contre des infections dues aux virus responsables du sida ou de la dengue.

Jean-Yves Nau

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