Monde

Israël-Palestine: septembre 2011, rendez-vous avec l'histoire?

Jacques Benillouche, mis à jour le 14.08.2011 à 7 h 08

L'annonce unilatérale de la création d'un Etat palestinien le mois prochain, aurait en l'état actuel des choses une portée seulement symbolique. Mais cette perspective est peut-être en train de faire bouger les lignes.

Mahmoud Abbas, Benjamin Netanyahou et Barack Obama Jason Reed / Reuters

Mahmoud Abbas, Benjamin Netanyahou et Barack Obama Jason Reed / Reuters

L'Autorité palestinienne déposera une demande d'adhésion d'un État palestinien à l'ONU le 20 septembre, a annoncé samedi 13 août le chef de la diplomatie palestinienne Riyad Al-Malki. Le président Mahmoud Abbas remettra la requête au secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, lors l'Assemblée générale de l'ONU à New York. Hostile à la démarche unilatérale des Palestiniens, le gouvernement israélien a fait savoir cette semaine qu'il continuera à construire massivement à Jérusalem-Est.

Septembre 2011 est le mois de tous les symboles. Les américains commémoreront les dix années de la chute des deux tours du World Trade Center. Les palestiniens, dans une sorte de marche en avant forcée, envisagent de déclarer unilatéralement leur indépendance parce qu’ils estiment le processus de paix totalement bloqué. Ils s’attendaient à une simple formalité de la part des pays de l’ONU, presque tous favorables à une telle initiative. Mais les Etats-Unis et l’Europe, perturbés par les révolutions arabes et par la résistance des régimes de Syrie et de Libye, ne semblent pas vouloir s’engager dans une voie sans issue en raison de l’opposition ferme d’Israël. Quant aux israéliens, ils attendent de ce mois la fin de la contestation sociale dans une sorte d’union nationale face au danger représenté par les intentions palestiniennes

En l'état actuel des choses, cette éventuelle déclaration d’indépendance aurait plus une signification symbolique que concrète. Mais les symboles, même s'ils ne suffisent pas, ont aussi leur importance. Sur le plan matériel, cette indépendance, d’une part ne concernerait pas Gaza toujours sous contrôle du Hamas opposé à toute solution internationale. D’autre part, l’Autorité palestinienne gouverne un pays morcelé, aux frontières imprécises, dont les attributs se résument à un drapeau et à un hymne. Le droit à une monnaie et à une armée, qui consacreraient une réelle indépendance, sont loin d’être acquis.

Le premier ministre palestinien Salam Fayyed avait, le premier, compris qu’il ne pouvait pas se contenter d’une déclaration d’intention. Il devait d’abord se donner les moyens économiques pour s’affranchir de la tutelle israélienne afin d’appliquer les réformes structurelles indispensables au futur Etat. L’indépendance passe par la réorganisation des infrastructures de la région, la création de routes, l’ouverture d’hôpitaux, la création d’industries pour obtenir une indépendance énergétique et la résorption du chômage. Il semblait avoir réussi mais il a été mis à l’écart avec l’homme fort de la sécurité, Mohammed Dahlan, tous deux sacrifiés sur l’autel de la réconciliation Hamas-Fatah. Mais la Palestine a besoin de l’occident d'autant plus qu'elle a quelques raisons d'être déçue par ses alliés arabes qui n’ont pas respecté leurs promesses financières.

Les palestiniens mesurent la difficulté de leur démarche avec l’accueil pas vraiment enthousiaste du monde occidental même si Barack Obama et Nicolas Sarkozy cherchen à l'utiliser pour faire pression sur Benjamin Netanyahou. En tout cas, le Conseil de sécurité a certes convenu d’en débattre mais sans donner de calendrier précis. Saeb Erakat, le négociateur palestinien, ménage les occidentaux en déclarant: «qu’il n'y a pas de contradiction entre le processus de paix et de la reconnaissance par l'ONU d'un Etat palestinien.  Nous avons déjà parlé pendant plus de 20 ans. »

Sommet à Paris le 2 septembre

Le président Sarkozy et son ministre des affaires étrangères Alain Juppé, qui ont pris des initiatives pas couronnées de succès en Libye, rêvent de débloquer le dialogue israélo-palestinien ce qui poserait le président en pré-campagne en grand de ce monde. Ils insistent pour la convocation d’un sommet de la paix  prévu pour le 2 septembre à Paris. Barack Obama, qui a pour l’instant les yeux fixés sur les révolutions arabes, aurait donné son accord du bout des lèvres. Il ne croit pas à un possible succès de négociations entre Benjamin Netanyahou et Mahmoud Abbas mais il pourrait profiter de leur présence à Paris avec Tayyip Erdogan pour au moins sceller une réconciliation entre Israël et la Turquie dans le cadre de la stratégie américaine au Moyen-Orient.

Le Conseil de Sécurité de l’ONU, en raison du veto américain, fera lui-aussi obstacle à toute décision non négociée au Proche-Orient. Le président Sarkozy hésite à soutenir cette déclaration unilatérale et mise sur le succès du sommet de Paris. Ce n'est pas forcément bien parti. Alain Juppé a déjà dans la tradition gaulliste et chiraquienne indisposé le gouvernement israélien en rappelant son attachement à un Etat d'Israël démocratique avec une sémantique propre au Quai d’Orsay puisque, selon lui, Israël doit être un Etat israélien et non pas un Etat juif. 

Les américains souhaitent aussi en finir avec le conflit libyen qui reste une épine au talon occidental. Barack Obamal a  envoyé son conseiller spécial Dennis Ross discuter avec le conseiller diplomatique de l’Elysée Jean-David Levitte pour mettre fin au blocage en Libye. Le président américain subordonne la tenue du sommet à Paris, le 2 septembre, à une solution en Libye. C’est pourquoi les français se hâtent d’empêcher le conflit libyen de s’enliser au point qu’ils acceptent aujourd’hui une direction mixte entre des tenants de l’ancien régime et les représentants des insurgés, sans même exiger l’exil du colonel Kadhafi.

Propositions concrètes

Pour autant, on peut tout de même mesurer l'impact de la possibilité d'une annonce unilatérale de la création d'un Etat palestinien, au fait que Benjamin Netanyahou a fait un pas important dans le sens américain en acceptant la reconnaissance d’un Etat palestinien sur les frontières de 1967, corrigées par des échanges de territoires. Jusqu'à présent il refusait catégoriquement le plan de Washington d’un retour aux frontières d'avant 1967 qui rendrait Israël trop vulnérable. Il a accepté cette initiative en proposant d'échanger des territoires israéliens contre des implantations juives en Cisjordanie. Les palestiniens pourraient accepter en contrepartie  l’exigence israélienne  de reconnaitre Israël comme un Etat juif. Le premier ministre israélien aurait fait secrètement cette concession sous réserve que Barack Obama cosigne la lettre du président Bush, datée d’avril 2004 à Ariel Sharon, dans laquelle les américains n’exigeaient plus le retour aux frontières de 1949 et reconnaissaient les grandes implantations juives de Cisjordanie. Il a donc renvoyé la balle à Washington.

Critiqué par l’opposition pour son absence de propositions, le premier ministre israélien a donné des éléments précis pour un accord avec les palestiniens. Il a pour la première fois fixé des bases de discussion dans l’espoir de convaincre les palestiniens d’abandonner leur démarche à l’ONU en septembre. Selon un haut responsable israélien: «L’idée, c’est que les palestiniens renoncent à leur projet d’agir unilatéralement à l’ONU pour élaborer un cadre permettant de reprendre les discussions». Benjamin Netanyahou veut garder les grandes implantations qui couvrent 8% de la Cisjordanie en offrant en compensation une surface de 4% prélevée sur l’espace israélien. Il estime que la sécurité de l’Etat juif risque de souffrir d’un abandon d’une plus grande surface.

Il est appuyé car l’architecte des accords d’Oslo, Yossi Beilin, qui a exhorté les palestiniens à s'engager pour la paix «en dépit du fait que l'aile droite a gagné les élections en Palestine et en Israël.»

Yasser Abed Rabbo, responsable palestinien, a annoncé une mobilisation populaire pacifique à partir du 20 septembre pour soutenir les démarches à l’ONU, à la suite d’une réunion de mouvements palestiniens, d’organisations de la société civile et de personnalités. Septembre 2011 devient ainsi le mois de tous les dangers. Le président de la commission de la Défense, Shaoul Mofaz, ancien chef d’état-major et député du parti d’opposition Kadima, a jugé «très élevée la possibilité qu’Israël soit contraint en septembre de mobiliser ses réservistes pour faire face aux manifestations palestiniennes». Tsahal a décidé de préparer ses soldats à maintenir l’ordre en cas d’émeutes par le biais des différents moyens de dispersion d’émeutes et grâce à l’utilisation d’armes non létales. L’armée a tiré des enseignements du jour de la «nakba», en mai, pour améliorer la capacité des soldats à réagir face à des émeutes

Malgré ces menaces feutrées, les observateurs constatent un frémissement dans les positions extrêmes des deux partenaires qui comptent cependant sur l’occident pour les aider à surmonter leur intransigeance. La rentrée de septembre pourrait apporter des surprises. On peut rêver.

Jacques Benillouche

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Journaliste
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