Economie

Etats-Unis: la récession revient

Annie Lowrey, mis à jour le 05.08.2011 à 11 h 07

L'économie américaine ne parvient pas à sortir du marasme et l'Etat fédéral ne pourra plus la soutenir comme auparavant après l'accord sur la dette qui limite ses dépenses. Or plus de 14 millions d'Américains sont encore au chômage et la Bourse de New York commence à paniquer.

Sur le parquet de la Bourse de New York, le 4 août 2011, après une baisse de plus de 4% du Dow Jones  Brendan McDermid / Reuters

Sur le parquet de la Bourse de New York, le 4 août 2011, après une baisse de plus de 4% du Dow Jones Brendan McDermid / Reuters

Quels seront les effets de l'accord de la dernière minute conclu autour du plafond de la dette sur une économie fragilisée? Nuls.

L'économie américaine est dans un état déplorable. La semaine dernière, le dernier chiffre officiel de la croissance, annoncés par le Département du commerce a mis les économistes en émoi. Au deuxième trimestre, l'économie a donc connu une croissance de 1,3%. Au premier trimestre, la croissance était de 0,4%, un chiffre très largement revu à la baisse par rapport aux premières estimations. Si l'on se fonde sur les six premiers mois de 2011, la croissance sur l'année devrait être inférieure à 1%, soit trois fois moins qu'en période d'expansion normale. Pour faire court, la reprise s'est totalement enlisée et l'économie est donc sur le point de basculer les deux pieds joints dans la récession.

Ces chiffres terribles de la croissance sont rendus plus terribles encore par ceux de l'emploi. A l'heure actuelle, 14,1 millions d'Américains sont au chômage. Bien plus encore travaillent à temps partiel, ont abandonné toute recherche d'emploi ou ont tout simplement décidé de ne pas faire leur entrée dans le monde du travail. Quand bien même l'économie connaîtrait un regain soudain de croissance qui atteindrait celui de la période d'expansion de 2002-2007, il faudra attendre 2018 pour que le taux de chômage repasse sous la barre des 5%, qui était la norme avant la récession.

L'accord sur la dette ne prête aucune attention à la catastrophe qui guette l'économie réelle. Le principal mérite de l'accord, proclamé par la Maison blanche, n'est même pas à proprement parler méritoire – il consacre le simple fait que le débat stupide qui a animé le Congrès aurait pu produire bien davantage de dégâts. «Les analystes indépendants, les économistes et les agences de notation s'accordent tous à dire qu'une trop forte augmentation du plafond de la dette provoquerait une incertitude économique inacceptable, risquant d'entraîner une nouvelle situation de défaut de paiement dans quelques mois et [comme Standard&Poors] l'a signifié, d'augmenter les chances de dégradation de la note américaine» , selon l'aveu de la Maison blanche. «En permettant une limitation de l'augmentation du plafond de la dette d'au moins 2,1 milliards de dollars, cet accord écarte le spectre du défaut de paiement et rassure notre économie en une période de fragilité.» En d'autres termes: applaudissements, s'il vous plaît; le Congrès est sans doute parvenu a écarter la menace qu'il a créée de toutes pièces.

De nombreux analystes affirment que ce compromis sur la dette pourrait avoir des effets dommageables pour l'économie, en diminuant les dépenses de l'Etat alors que la reprise est lente, et en réduisant les investissements dans la recherche, l'éducation et les infrastructures. Paul Krugman, un des plus critiques, à gauche, envers Obama, ne dit pas autre chose. «Cela aura des conséquences néfastes pour une économie déjà fragilisée; cela risque même d'empirer le problème du déficit au lieu de le régler; et surtout, en montrant que les extorsions les plus viles fonctionnent et qu'elles n'ont aucun coût politique, tout cela nous rapproche du statut de république bannière», écrit-il.

Des pronostiqueurs plus modérés le suivent: «La dette est au fond constituée d'un numérateur et d'un dénominateur. Et nous pourrions provoquer de tels dégâts envers le dénominateur – le taux de croissance de notre PIB– que nos actions sur le numérateur –la réduction de la dette – pourraient s'avérer insuffisantes» a déclaré Mohamed Al-Erian, PDG de PIMCO, au site Bloomberg.

Pour être honnête, la facture ne pèsera de tout son poids qu'à la fin de la fenêtre budgétaire de 10 ans, ce qui signifie que ses effets pourraient se faire sentir à un moment où l'économie sera, on l'espère, en meilleur état qu'aujourd'hui. Selon le Bureau du Budget du Congrès, cet accord prévoit une baisse de 25 milliards de dollars pour le budget 2012 et 47 milliards pour 2013. Cela n'est pas beaucoup, si l'on considère que l'Etat dispose d'un budget de dépenses discrétionnaires d'1,3 billions de dollars.

Mais au vu de la double menace qui pèse sur l'économie, ces mesurettes pourraient avoir un effet désastreux sur la reprise. L'administration Obama n'est pas parvenue à faire inscrire, dans le texte de l'accord final, les mesures les plus efficaces et les plus incitatives, malgré des mois de disputes. Cet accord revient sur la baisse du taux de cotisation à la sécurité sociale et de la prolongation des allocations fédérales aux chômeurs, alors que l'économie –et particulièrement le marché de l'emploi– n'a pas vraiment eu le temps de tirer un bénéfice quelconque de ces deux mesures. La non-prolongation des allocations chômage pourrait à elle seule tirer à tel point notre PIB vers le bas que la croissance s'en trouverait nulle. Aujourd'hui, le Center on Budget and Policies Priorities (un think tank) a estimé que cette non-prolongation entraînera une baisse des dépenses de 60 milliards de dollars. Si l'on se souvient qu'un dollar dépensé en assurance chômage permet théoriquement un gain d'1,60 dollars en PIB, une telle réduction provoquerait donc une perte de 0,5 points de PIB.

Lorsqu'on leur mentionne ce dernier fait, les membres du Congrès haussent les épaules. Mon collègue David Weigel a demandé au Président de la Commission sénatoriale du budget, Kent Conrad, sénateur démocrate du Dakota du Nord, si la baisse des dépenses discrétionnaires risque d'avoir un impact sur la croissance et l'emploi. «Très certainement», a-t-il répondu. «Mais nous ne savons pas si cela contrebalancera les effets positifs sur la confiance et la stabilité. Il nous faut attendre pour le savoir.» La Maison blanche, quant à elle, fait savoir qu'elle entend à présent s’attaquer à l'emploi, les questions du plafond de la dette et du compromis étant à présent écartées. Mais ce débat vient de démontrer que le Congrès n'est absolument pas prêt à prendre des mesures énergiques. Et comment pourrait-il en être autrement, puisque les coupes budgétaires drastiques voulues par les conservateurs ont finalement été adoptées?

Annie Lowrey

Traduit par Antoine Bourguilleau

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