La météo économique s'annonce très mauvaise

La conjoncture se dégrade aux Etats-Unis, en Europe et même en Asie et les marchés boursiers décrochent. Entre la croissance qui ralentit, le moral des ménages qui flanche, les politiques restrictives d'Etats trop endettés et la crise européenne qui repart, la rentrée économique s'annonce difficile.

Tempête tropicale à la Havane Enrique de la Osa / Reuters

- Tempête tropicale à la Havane Enrique de la Osa / Reuters -

La Bourse de New York a fini la séance du jeudi 4 août sur une très forte baisse de plus de 4,3% de l'indice Dow Jones qui a abandonné plus de 500 points. Une telle chute de Wall Street ne s'était plus produite depuis la crise financière de 2008. Elle reflète l'inquiétude des investisseurs sur la conjoncture américaine et la crainte d'une nouvelle récession.

On ne voudrait pas saboter les vacances des chanceux qui  farnientent allongés sur le sable au bord de la grande Bleue ou des sportifs qui respirent l’air si vivifiant de nos montagnes, mais, lecteurs de Slate, attendez vous à une très mauvaise rentrée. Profitez bien car une terrible conjoncture va vous rattraper dès le travail repris. Vous avez dû voir que la Bourse, qui, elle, ne prend pas de vacances, est plongée dans une ambiance de dépression. Eric Chaney, chef économiste d’AXA, le résume tout net: «Alerte: en Europe, un replongeon dans la crise est devenu possible.»

Il y a d’abord la crise de l’euro qui n’en finit toujours pas. Les marchés n’ont pas longtemps été calmés par «l’accord du 21 juillet» conclu par les chefs d’Etat et de gouvernement. Pis, ils changent d’échelle et les voilà, vraiment, à l’attaque de l’Italie et de l’Espagne. Que José Luis Zapatero annule ses vacances prévues dans le sud de son pays est un signe de gravité. En Italie, les ennuis du ministre des finances Giulio Tremonti, inquiètent car il apparaissait comme le seul capable de faire entendre raison à Silvio Berlusconi. Les taux italiens et espagnols «décrochent» à près de 4 points plus chers que l’Allemagne: à ce prix là la dette italienne devient en effet difficilement supportable… Les marchés font un pari autoréalisateur: ils montent les taux car la dette est trop chère, et ce faisant ils la rendent effectivement trop chère. La rentrée sera italienne après avoir été grecque. Par ailleurs, et cela s’ajoute, le front de l’économie réelle ne va pas mieux.

Les indices sont tous à l’orange foncé, voire au rouge. Aux Etats-Unis, les chiffres de la reprise sont recalculés et on découvre qu’elle est beaucoup plus fragile qu’on avait cru. En début 2011, certains pronostiquaient une croissance de 4% cette année, elle n’est actuellement que de 2,5% en rythme annuel. La consommation stagne, l’investissement immobilier est toujours dans les abysses et les dépenses gouvernementales vont se resserrer. Ce n’est pas le plan de réduction de la dette, sur laquelle le Congrès et la Maison Blanche ont fini par se mettre d’accord, qui va améliorer la demande. Le débat va se porter à nouveau sur la suppression des facilités monétaires par la Banque centrale mais quoiqu’il en soit,  la croissance ne remontera pas, sa seule évolution possible est vers le bas.

L’Asie et l’ensemble des émergents se battent contre une inflation persistante. Les politiques monétaires y sont «restrictives»: les taux d’intérêt sont de 12,5% au Brésil, ce qui a pour effet de ralentir les investissements et la croissance. Même politique en Chine et en Inde. Certes, la croissance n’est pas menacée dans ces régions devenues les «motrices» du monde, mais chez les émergents aussi,  le climat est au désenchantement. Les temps qui viennent pour la fin de l’année sont au ralentissement.

L’Europe en subira les conséquences. Ce qui a grandement alimenté la reprise depuis un an est la reconstitution des stocks, comme disent les analystes. Les entreprises ont fabriqué plus que nécessaire pour alimenter leurs rayons. Mais c’est fait. Cette période est bel et bien finie, et inversement, les indices manufacturiers tendent vers zéro pour la rentrée. Tous les économistes révisent actuellement leurs perspectives à la baisse.

Or, à cette décélération de l’économie réelle, s’ajoute les effets désastreux de la crise des dettes souveraines. Les banques sont toutes en train de calculer combien va leur coûter le plan de sauvetage de la Grèce et, comme elles regardent plus loin, elles ajoutent ce qui se passera si on doit les mettre à contribution de la même façon pour le Portugal ou l’Irlande. Elles regardent surtout avec un effroi  grandissant les attaques des marchés contre l’Italie et l’Espagne, qui pourraient devenir dévastatrices pour tout les secteur bancaire européen.

En clair, les banques referment portes et fenêtres et elles ne se prêtent plus l’une l’autre. Nous ne sommes pas loin de nous retrouver dans un «credit crunch», comme en septembre 2008, après l’effondrement de Lehman Brothers. Les marchés financiers sont en train de s’arrêter. Ralentissement réel et coupure des crédits: voilà la combinaison qui fait dire à Eric Chaney qu’un retour dans la récession n’est plus impossible en Europe.

Nous n’y sommes pas encore. C’est vrai. Mais, telle est l’ambiance actuelle sur les marchés financiers. Patrick Artus de Natixis motive ce moral négatif en soulignant qu’à l’échelle planétaire «la politique économique globale est restrictive». Tous les gouvernements et toutes les banques centrales resserrent les ceintures, les ménages se préparent à des temps durs et restreignent leurs dépenses, les entreprises recomptent leurs investissements et sont reprises par «l’aversion au risque». Le  résultat est logique: le monde manque de moteurs de croissance. Il n’est pas étonnant que les indicateurs avancés d’activité se dégradent.

Bonnes vacances tout de même.

Eric Le Boucher

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L'AUTEUR
Eric Le Boucher est un des fondateurs de Slate.fr. Journaliste, chef de service, chroniqueur économique au journal Le Monde, il est depuis 2008 directeur de la rédaction d'Enjeux-Les Echos. Il est l'auteur d'«Economiquement incorrect». Ses articles
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Publié le 04/08/2011
Mis à jour le 04/08/2011 à 23h03
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