Le Hezbollah et Israël sur le pied de guerre
Cinq ans après la fin du conflit entre Israël et le Hezbollah, les deux camps préparent fiévreusement le prochain affrontement.
- Maquette d'un char israélien mise à feu par le Hezbollah pour commémorer la guerre de 2006, dans la banlieue de Beyrouth. REUTERS/ Sharif Karim -
Le 30 juillet 2006, un appareil israélien largue ses missiles sur un immeuble de la ville de Cana, au sud du Liban, dans le cadre des opérations menées contre le Hezbollah. Cette attaque aérienne ensevelit deux grandes familles libanaises sous les décombres et tue 28 personnes dont 16 enfants. Cette attaque rappelle hélas le bombardement israélien d'un bâtiment de l'ONU en 1996, qui avait déjà tué 106 civils libanais et en avait blessés 116 de plus à Cana.
Les autorités israéliennes, comme elles l'avaient fait juste après l'attaque de 1996, exprimèrent immédiatement leurs regrets et affirmèrent que ce bombardement était une tragique erreur. L'indignation internationale contraignit les Forces de Défense Israéliennes (Tsahal) à interrompre leurs opérations au Liban durant deux jours, afin de permettre une enquête sur l'affaire.
La guerre de 2006 se solda, deux semaines plus tard, par un cessez-le-feu sous l'égide de l'ONU, qui vit le repli des forces israéliennes du Liban et l'arrivée de troupes libanaises et de soldats de la paix de l'ONU au Sud-Liban. Cinq années se sont écoulées depuis le deuxième massacre de Cana et la fin de la guerre, et le Liban et Israël connaissent une rare situation de calme le long de leur frontière commune. Mais les deux camps savent que le risque est grand de voir le conflit reprendre et amassent fiévreusement du matériel tout en fourbissant leurs tactiques en anticipation du prochain épisode.
Si une autre guerre devait avoir lieu, nous pensons qu'elle serait bien plus sanglante et plus étendue que celle de 2006. Notre opinion se fonde sur une enquête de terrain approfondie, au Liban, qui visait à examiner la préparation militaire des adversaires et la manière dont les deux camps anticipent la probabilité et la nature d'une guerre future. Ces cinq dernières années, nous avons interrogé et parlé avec des dizaines de membres du Hezbollah, dont des chefs politiques, des conseillers, des officiers, des spécialistes en technologie de l'information et des simples soldats.
Les forces du Hezbollah reconstituées
Si le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, proclame que la guerre de 2006 fut une « victoire divine », son organisation a subi des pertes substantielles – mais supportables – durant le conflit et la trêve qui mit un terme aux combats a privé le parti son autonomie et de l'intégralité de son infrastructure militaire au Sud-Liban.
Ces cinq dernières années, le Hezbollah y a pallié en grossissant ses rangs avec des cadres déterminés et en réactivant ses unités de réserves. Il a également fait l'acquisition de fusées téléguidées à longue portée, qui lui ont permis de dresser une liste d'infrastructures et de sites militaires en Israël. L'organisation aurait également reçu une formation aux systèmes de défense antiaériens, qui pourraient constituer une menace pour les appareil de soutien israéliens, comme les drones et les hélicoptères.
Grâce au soutien de l'Iran, le Hezbollah a également fait des progrès dans le domaine des communications et des transmissions, ce qui augmenterait considérablement ses capacités opérationnelles face à l'Israël. Le Hezbollah pourrait bien tirer partie de ces progrès pour, un jour, passer à l'offensive, en portant la guerre sur le sol israélien via des raids de commandos, terrestres et amphibies. Le champ de bataille du prochain conflit pourrait donc dépasser de loin le cadre habituel du sud-Liban et du nord de l'Etat d'Israël.
Israël souhaitait écraser militairement le Hezbollah et séparer ce groupe des Libanais n'appartenant pas à la mouvance chiite. Mais il n'a pas entièrement atteint son objectif et s'est contenté de gains plus limités, dont la destruction de ce qu'Israël a présenté comme l'arsenal complet de missiles à longues portées du Hezbollah. Les mauvaises performances de l'armée israélienne à de multiples degrés – commandement, coordination, logistique et capacités de combat – ont grandement amoindri le caractère dissuasif d'Israël, d'une importance capitale pour cet Etat.
Une nouvelle doctrine militaire israélienne
Après ces échecs, l'armée israélienne a mis l'accent sur une plus grande autonomie logistique de ses unités de combat et a renforcé la coopération interarmes entre ses troupes terrestres, aériennes et navales. Israël a entraîné ses soldats à des opérations à grande échelle, en insistant particulièrement sur l'élément de la manœuvre. L'armée à créé plusieurs centres de guerre urbaine peu après la guerre de 2006, dont le plus grand, le Centre d’Entraînement à la Guerre Urbaine, reproduit une variété de villages, villes et camps de réfugiés au Liban.
L'armée israélienne a également introduit de nouvelles technologies qu'elle espère bien utiliser dans un prochain conflit avec le Hezbollah. Parmi elles, un système de défense anti-missiles, destiné à intercepter tant les fusées à courte portée du Hezbollah que les missiles balistiques iraniens. Tous les nouveaux chars sont à présent pourvus du système de défense Trophy, censé les protéger des obus et missiles perforants. Mais l'efficacité de ces systèmes face aux barrages de fusées et aux tirs de missiles antichars du Hezbollah reste encore à démontrer.
La dissuasion, de part et d'autre, a jusqu'ici permis d'éviter un nouveau conflit, mais les sujets de disputes susceptibles de le raviver ne manquent pas. La dispute la plus récente concerne la frontière maritime séparant Israël du Liban – la découverte de deux importants gisements de gaz au large des côtes des deux pays pourrait avoir des conséquences économiques majeures. Les chefs du Hezbollah ont mis les Israéliens en garde contre toute exploitation de ces gisements et ont affirmé que la résistance permettrait de restaurer la souveraineté des eaux territoriales libanaises face à ce qu'ils présentent comme un vol perpétré par Israël.
La soulèvement, réprimé dans le sang, contre le régime du président syrien Bachar el-Assad pourrait également mettre un terme au calme fragile qui règne le long de la frontière israélo-libanaise. Menacé d'un effondrement imminent, le régime syrien pourrait se lancer dans un conflit limité avec Israël sur le plateau du Golan afin de faire diversion.
Les effets collatéraux des événements de Syrie
Mais un tel conflit pourrait rapidement dégénérer et impliquer le Hezbollah, même contre la volonté du parti. A l'inverse, si le régime d'Assad venait à tomber et que le nouveau pouvoir de Damas décidait d'abandonner son alliance avec l'Iran et le Hezbollah (ce qui n'est pas un scénario absurde), Israël pourrait tenter de profiter de la position de faiblesse du Hezbollah pour lancer une attaque qui permettrait de neutraliser le parti de manière définitive.
Tandis que le printemps arabe continue de secouer le Proche-Orient, il est du devoir de la communauté internationale de faire tout ce qui est en son pouvoir pour éviter la reprise d'un conflit entre le Hezbollah et Israël. Un simple incident pouvant provoquer la prochaine guerre, les efforts diplomatiques doivent porter sur la manière d'éviter que les désaccords débouchent sur un conflit.
Dans ce contexte, les rencontres mensuelles tripartites qui se tiennent sous l'égide du commandant de l'UNIFIL, et regroupent des représentants militaires israéliens et libanais à Naqoura, au Liban, ont fait preuve de leur utilité pour régler les questions autour de la Ligne bleue fixée par l'ONU et comme un moyen de discuter des exigences des deux camps, comme la dispute actuelle entre Israël et le Liban autour de la frontière maritime. L'armée libanaise et l'armée israélienne disposent également d'une cellule de communication, dans laquelle le chef de l'UNIFIL sert d'intermédiaire, afin de résoudre les problèmes qui ne peuvent attendre une nouvelle session mensuelle des rencontres tripartites.
Mais tant que les questions politiques entre le Liban, la Syrie et Israël ne seront pas réglées, tant que l'Iran continuera à enrichir de l'uranium et à renforcer les infrastructures militaires au Liban, tant que le Hezbollah et Israël continueront de préparer intensément le prochain conflit, les probabilités qu'une nouvelle guerre sanglante et destructrice éclatent demeurent hélas élevées.
Bilal Y. Saab et Nicholas Blanford
Traduit par Antoine Bourguilleau
Mis à jour le 01/09/2011 à 16h01
















































Car la paix menace! Le printemps arabe est en train de mettre fin à la monopole israélienne en tant que 'seule démocratie au Moyen Orient'. Leur citoyens, pas plus que les citoyens israéliens, ne veulent plus de conflit. Ils s'indignent, comme on a pris l'habitude de dire.
Il faut vite trouver de bons prétextes. Car l'armée israélienne « a créé plusieurs centres de guerre urbaine ...dont le plus grand, le Centre d’Entraînement à la Guerre Urbaine, reproduit une variété de villages, villes et camps de réfugiés au Liban » Wahooo! Il faut s'en servir vite avant que ces indignés commencent à poser des questions embarrassantes sur l'utilisation abusive des fonds de l'état.
Côté clan Hezbollah on a « fait l'acquisition de fusées téléguidées à longue portée, qui lui ont permis de dresser une liste d'infrastructures et de sites militaires en Israël » etc.ect. A quoi bon sans une bonne guerre?
Et si cela ne suffisait pas, « la découverte de deux importants gisements de gaz au large des côtes des deux pays pourrait avoir des conséquences économiques majeures » Mais oui. Et quoi encore?
L'histoire nous donne maintes exemples de clans en fin de règne qui choisissent l'option d'une bonne petite guerre pour distraire l'opinion publique et remuer les fibres patriotiques. Les clans Hezbollah et Likoud ne font pas exception.
Et ce n'est pas les militaires qui vont s'y opposer!
L'article parle en détail de l'ensemble de mesures que les deux camps seraient en train de mettre en oeuvre pour un conflit éventuel.
Je m'étonne du ton et contenu de l'article car le mouvement général dans la région, en Israël et dans les pays arabes autour, est plutôt encourageant.
Je suis de l'avis que les deux clans ne seraient pas décus si une conflit armé s'éclatait car si au contraire la paix finissait par arriver ni l'un ni l'autre survivrait longtemps.
C'est du "fair comment" Mais manifestement votre idée de la démocratie ne s'étend pas à des observations qui ne comfortent pas vos propres préjugés.
Le Likoud est une partie (non majoritaire) qui est nationaliste et peu enclin depuis le départ de Sharon - et de certains de ses prédécesseurs - de négocier avec les Palestiniens. C'est son fonds de commerce politique aujourd'hui.
Pour assurer le soutien des parties ultra religieuses dans sa coalition, et pour plaire à ses membres, le Likoud se doit de maintenir la tension entre Israël et ses voisins (poursuites des colonisations, raides militaires etc).
Je ne suis pas inconscient du fait que des groupes en face comme le Hezbollah rend cette tâche facile.
D'où ma remarque que les deux groupements se sentent menacés, et sont menacés, par le mouvement démocratique et pacifique qui domine en ce moment dans la région. Je condamne les deux.
Au lieu de pester contre, d'injurier même, ceux qui ne partage pas votre admiration pour cette partie politique vous feriez mieux de lire des commentaires de gens plus pondérés comme celui de Tartempion qui suit ci-dessous.
La cause de la paix dans la région qui vous prétendez souhaiter en bénéficierait pour autant.
Vous avez certainement raison de signaler les dangers qui entourent encore Israël. Mais avec encore un peu plus de discernement historique vous remarqueriez que tous les mouvements de libération se ressemblent : d'abord le ferveur nationaliste, puis le conflit armé (terrorisme, répression), parfois le banditisme, puis la lassitude de la guerre et la progression vers la paix.
Ceci est autant vrai chez vos voisins qu'à la naissance d'Israël (certains anciens terroristes israéliens ont fini par être Premier Ministre du pays). On a vu le même processus en Irlande, en ancienne Yougoslavie, le Pays Basque, comme avant encore dans presque tous les pays européens!
Certaines parties politiques, et je compte le Likoud sous sa forme actuelle (comme je comptais avant les Unionists en Irlande) parmi elles, cherchent à exploiter les inquiétudes et passions que ces situations de conflit provoquent pour prendre et garder le pouvoir. Ca finit par être leur seul raison d'être.
C'est pourquoi les compare très volontiers à des groupes terroristes – des terroristes en col blanc si vous voulez. Je les condamne autant que les vrais terroristes.
Vu historiquement, il y a lieu donc d'être optimiste. Dans tous les cas voir parmi ceux qui ne partagent pas votre pessimisme que des naïfs et/ou scélérats ne fait pas avancer la cause de la paix.
Au contraire ceci peut parfois servir à un prétexte pour ne rien faire vous-même pour avancer cette honorable cause.
Cordialement
Vous pensez que « la seule raison d'être du Likoud » est d'alimenter les peurs pour conserver le pouvoir. Je maintiens que c'est une sottise qui témoigne d'une profonde ignorance de la politique intérieure Israélienne et de la simple détestation d'un parti (auquel je n'adhère pas) qui n'a pas l'heur de vous plaire. Pas assez gauchiste ?
Certes, la guerre c'est très méchant. C'est bien pourquoi il convient de préparer la paix avec des adversaires qui la désirent réellement. Ce qui n'est pas le cas des représentants actuels -- terme qui reste encore à démontrer, tant Abou Mazen que le Hamas évitant soigneusement les élections depuis des années -- des Arabes de Palestine qui ont tout intérêt pour des raisons géostratégiques et surtout financières à ce que le conflit ne se règle pas (pensez donc : les 25 000 fonctionnaires de l'UNWRA se retrouveraient au chômage et les cadres de l'AP et du Hamas ne pourrait plus saigner à blanc leur population ! ).
Je maintiens : dans ce contexte, ne pas se préparer à un conflit majeur avec des adversaires génocidaires -- je parle ici de l'arc chiite en sa totalité (Iran, Syrie, Hezbollah, Hamas, auquel on peut joindre dans une moindre mesure la Turquie) ainsi que le très démocratique mouvement des frères musulmans égyptiens : tous les discours, chartes et écrits en témoignent -- relèverait d'une naïveté criminelle. Fort heureusement, Israël ne s'y résout pas. Le simple fait d'assimiler « très volontiers » un parti politique légalement élu dans une démocratie à des terroristes tueurs disqualifie vos discours. Vous êtes dans la confusion des valeurs. Dès lors, il n'y a plus d'intérêt à discuter avec vous. Serviteur.