Monde

Le Hezbollah et Israël sur le pied de guerre

Foreign Policy, mis à jour le 01.09.2011 à 16 h 01

Cinq ans après la fin du conflit entre Israël et le Hezbollah, les deux camps préparent fiévreusement le prochain affrontement.

Maquette d'un char israélien mise à feu par le Hezbollah pour commémorer la guer

Maquette d'un char israélien mise à feu par le Hezbollah pour commémorer la guerre de 2006, dans la banlieue de Beyrouth. REUTERS/ Sharif Karim

Le 30 juillet 2006, un appareil israélien largue ses missiles sur un immeuble de la ville de Cana, au sud du Liban, dans le cadre des opérations menées contre le Hezbollah. Cette attaque aérienne ensevelit deux grandes familles libanaises sous les décombres et tue 28 personnes dont 16 enfants. Cette attaque rappelle hélas le bombardement israélien d'un bâtiment de l'ONU en 1996, qui avait déjà tué 106 civils libanais et en avait blessés 116 de plus à Cana.

Les autorités israéliennes, comme elles l'avaient fait juste après l'attaque de 1996, exprimèrent immédiatement leurs regrets et affirmèrent que ce bombardement était une tragique erreur. L'indignation internationale contraignit les Forces de Défense Israéliennes (Tsahal) à interrompre leurs opérations au Liban durant deux jours, afin de permettre une enquête sur l'affaire.

La guerre de 2006 se solda, deux semaines plus tard, par un cessez-le-feu sous l'égide de l'ONU, qui vit le repli des forces israéliennes du Liban et l'arrivée de troupes libanaises et de soldats de la paix de l'ONU au Sud-Liban. Cinq années se sont écoulées depuis le deuxième massacre de Cana et la fin de la guerre, et le Liban et Israël connaissent une rare situation de calme le long de leur frontière commune. Mais les deux camps savent que le risque est grand de voir le conflit reprendre et amassent fiévreusement du matériel tout en fourbissant leurs tactiques en anticipation du prochain épisode.

Si une autre guerre devait avoir lieu, nous pensons qu'elle serait bien plus sanglante et plus étendue que celle de 2006. Notre opinion se fonde sur une enquête de terrain approfondie, au Liban, qui visait à examiner la préparation militaire des adversaires et la manière dont les deux camps anticipent la probabilité et la nature d'une guerre future. Ces cinq dernières années, nous avons interrogé et parlé avec des dizaines de membres du Hezbollah, dont des chefs politiques, des conseillers, des officiers, des spécialistes en technologie de l'information et des simples soldats.

Les forces du Hezbollah reconstituées

Si le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, proclame que la guerre de 2006 fut une « victoire divine », son organisation a subi des pertes substantielles – mais supportables – durant le conflit et la trêve qui mit un terme aux combats a privé le parti son autonomie et de l'intégralité de son infrastructure militaire au Sud-Liban.

Ces cinq dernières années, le Hezbollah y a pallié en grossissant ses rangs avec des cadres déterminés et en réactivant ses unités de réserves. Il a également fait l'acquisition de fusées téléguidées à longue portée, qui lui ont permis de dresser une liste d'infrastructures et de sites militaires en Israël. L'organisation aurait également reçu une formation aux systèmes de défense antiaériens, qui pourraient constituer une menace pour les appareil de soutien israéliens, comme les drones et les hélicoptères.

Grâce au soutien de l'Iran, le Hezbollah a également fait des progrès dans le domaine des communications et des transmissions, ce qui augmenterait considérablement ses capacités opérationnelles face à l'Israël. Le Hezbollah pourrait bien tirer partie de ces progrès pour, un jour, passer à l'offensive, en portant la guerre sur le sol israélien via des raids de commandos, terrestres et amphibies. Le champ de bataille du prochain conflit pourrait donc dépasser de loin le cadre habituel du sud-Liban et du nord de l'Etat d'Israël.

Israël souhaitait écraser militairement le Hezbollah et séparer ce groupe des Libanais n'appartenant pas à la mouvance chiite. Mais il n'a pas entièrement atteint son objectif et s'est contenté de gains plus limités, dont la destruction de ce qu'Israël a présenté comme l'arsenal complet de missiles à longues portées du Hezbollah. Les mauvaises performances de l'armée israélienne à de multiples degrés – commandement, coordination, logistique et capacités de combat – ont grandement amoindri le caractère dissuasif d'Israël, d'une importance capitale pour cet Etat.

Une nouvelle doctrine militaire israélienne

Après ces échecs, l'armée israélienne a mis l'accent sur une plus grande autonomie logistique de ses unités de combat et a renforcé la coopération interarmes entre ses troupes terrestres, aériennes et navales. Israël a entraîné ses soldats à des opérations à grande échelle, en insistant particulièrement sur l'élément de la manœuvre. L'armée à créé plusieurs centres de guerre urbaine peu après la guerre de 2006, dont le plus grand, le Centre d’Entraînement à la Guerre Urbaine, reproduit une variété de villages, villes et camps de réfugiés au Liban.

L'armée israélienne a également introduit de nouvelles technologies qu'elle espère bien utiliser dans un prochain conflit avec le Hezbollah. Parmi elles, un système de défense anti-missiles, destiné à intercepter tant les fusées à courte portée du Hezbollah que les missiles balistiques iraniens. Tous les nouveaux chars sont à présent pourvus du système de défense Trophy, censé les protéger des obus et missiles perforants. Mais l'efficacité de ces systèmes face aux barrages de fusées et aux tirs de missiles antichars du Hezbollah reste encore à démontrer.

La dissuasion, de part et d'autre, a jusqu'ici permis d'éviter un nouveau conflit, mais les sujets de disputes susceptibles de le raviver ne manquent pas. La dispute la plus récente concerne la frontière maritime séparant Israël du Liban – la découverte de deux importants gisements de gaz au large des côtes des deux pays pourrait avoir des conséquences économiques majeures. Les chefs du Hezbollah ont mis les Israéliens en garde contre toute exploitation de ces gisements et ont affirmé que la résistance permettrait de restaurer la souveraineté des eaux territoriales libanaises face à ce qu'ils présentent comme un vol perpétré par Israël.

La soulèvement, réprimé dans le sang, contre le régime du président syrien Bachar el-Assad pourrait également mettre un terme au calme fragile qui règne le long de la frontière israélo-libanaise. Menacé d'un effondrement imminent, le régime syrien pourrait se lancer dans un conflit limité avec Israël sur le plateau du Golan afin de faire diversion.

Les effets collatéraux des événements de Syrie

Mais un tel conflit pourrait rapidement dégénérer et impliquer le Hezbollah, même contre la volonté du parti. A l'inverse, si le régime d'Assad venait à tomber et que le nouveau pouvoir de Damas décidait d'abandonner son alliance avec l'Iran et le Hezbollah (ce qui n'est pas un scénario absurde), Israël pourrait tenter de profiter de la position de faiblesse du Hezbollah pour lancer une attaque qui permettrait de neutraliser le parti de manière définitive.

Tandis que le printemps arabe continue de secouer le Proche-Orient, il est du devoir de la communauté internationale de faire tout ce qui est en son pouvoir pour éviter la reprise d'un conflit entre le Hezbollah et Israël. Un simple incident pouvant provoquer la prochaine guerre, les efforts diplomatiques doivent porter sur la manière d'éviter que les désaccords débouchent sur un conflit.

Dans ce contexte, les rencontres mensuelles tripartites qui se tiennent sous l'égide du commandant de l'UNIFIL, et regroupent des représentants militaires israéliens et libanais à Naqoura, au Liban, ont fait preuve de leur utilité pour régler les questions autour de la Ligne bleue fixée par l'ONU et comme un moyen de discuter des exigences des deux camps, comme la dispute actuelle entre Israël et le Liban autour de la frontière maritime. L'armée libanaise et l'armée israélienne disposent également d'une cellule de communication, dans laquelle le chef de l'UNIFIL sert d'intermédiaire, afin de résoudre les problèmes qui ne peuvent attendre une nouvelle session mensuelle des rencontres tripartites.

Mais tant que les questions politiques entre le Liban, la Syrie et Israël ne seront pas réglées, tant que l'Iran continuera à enrichir de l'uranium et à renforcer les infrastructures militaires au Liban, tant que le Hezbollah et Israël continueront de préparer intensément le prochain conflit, les probabilités qu'une nouvelle guerre sanglante et destructrice éclatent demeurent hélas élevées.

Bilal Y. Saab et Nicholas Blanford

Traduit par Antoine Bourguilleau

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