Les banques n'ont pas besoin de plus de capitaux, mais de mieux gérer les risques
Des exigences de fonds propres plus strictes n'auraient pas empêché les crises financières récentes. Tout le capital du monde ne peut empêcher la panique. Ce qu'il faut, c'est que les banques apprennent leur métier: gérer les risques.
- Kenneth Feinberg, Special Master du TARP, au Sommet de la régulation financière globale en 2010. REUTERS/Jason Reed -
Tout le monde vous le dira (enfin, mis à part les banquiers et certains de leurs défenseurs): il existe bel et bien un moyen infaillible de rendre le système financier mondial plus sûr —obliger les banques à augmenter leurs réserves de capitaux. Mais considérer comme une panacée les exigences de fonds propres plus strictes, c'est s'exposer à un risque.
Souvenez-vous des crises d'hier (la crise financière de 2008, par exemple) et d'aujourd'hui (la peur de voir un défaut de paiement grec mettre le feu aux poudres et précipiter les faillites de banques, notamment en France). Aurions-nous pu les éviter si les banques avaient disposé de plus de capitaux? J'ai bien peur que non.
Le capitalisme a une aversion pour le capital
Le capitalisme a une aversion pour le capital; curieux paradoxe. Qu'est-ce que le capital, au fond? Une somme d'argent (prenant généralement la forme d'actions ordinaires) qui n'est due à personne, avant tout destinée à absorber les pertes, protégeant par là même ceux à qui on doit de l'argent (les obligataires, par exemple). Un service des plus onéreux: les fournisseurs de capitaux prennent de gros risques, et veulent être payés en conséquence. Les banquiers, qui sont pourtant souvent considérés comme les capitalistes ultimes, ne supportent pas ces pratiques. Ils se sont d'ailleurs indignés des nouvelles normes de fonds propres recommandées à Bâle.
Lors d'un récent comité de la Chambre des représentants consacré aux services financiers, des responsables du secteur ont soutenu que de fortes exigences de fonds propres feraient grimper le coût des emprunts accordés par leurs banques. Mais selon d'éminents économistes (Simon Johnson, ancien économiste en chef du FMI, et Anat R. Admati, professeur à Stanford), ceci est tout simplement faux.
Qu'elles aient tort ou raison, les parties prenantes de ce débat public oublient de dire ce que le capital n'est pas. Ce n'est pas une pile de billets ou de certificats d'actions; c'est un concept de comptabilité, basé sur la différence entre les actifs déclarés par une banque et le passif de celle-ci. Lorsqu'une banque fait une mauvaise évaluation de ses actifs (c'est à dire, de ses prêts), elle fait une mauvaise estimation de son capital.
Le capital n'est pas non plus la liquidité; on confond souvent ces deux termes. La liquidité est la capacité à s'acquitter de ses dettes présentes. Une banque peut être solvable (c'est à dire, avoir un capital très important) et s'effondrer faute de pouvoir rendre leur argent aux clients désirant le retirer. Le risque d'un tel scénario augmente lorsqu'une banque dispose d'actifs rapportant sur le long terme, tout en se finançant avec des créances à court terme.
La vague de panique, à l'origine des faillites bancaires
La plupart —si ce n'est l'ensemble— des faillites bancaires de l'histoire ont été provoquées par une vague de panique: des déposants ou des prêteurs à court terme qui décident de retirer leur argent au même moment parce qu'ils ont des doutes quant à la valeur des actifs de la banque. Une fois cette peur installée, le capital de la banque n'a plus d'importance: elle n'a tout simplement pas, dans l'instant, assez d'argent en espèces. Au moment de leur disparition, Bear Stearns et Lehman Brothers pouvaient sans doute se targuer de disposer de capitaux importants —mais ce capital ne leur a pas épargné la faillite bancaire: les investisseurs n'avaient plus confiance en leurs actifs.
C'est lorsque les investisseurs commencent à douter de la justesse de l'estimation de ses actifs qu'une banque a le plus besoin d'un capital important. Lorsque la situation se dégrade à ce point, le capital ne peut sauver la banque, et ce quel que soit son montant.
Prenez le CIT Group, qui a lui aussi fait faillite pendant la crise. Le gouvernement a injecté 2,3 milliards de dollars dans le capital de l'entreprise pour tenter de la sauver, sans succès: CIT avait le capital, mais il ne pouvait assurer son propre financement. Les créanciers en détresse qui ont alors décidé de sauter sur l'occasion ont gagné une fortune —plus de cinq milliards, selon une source—, tout simplement parce la valeur du CIT Group était encore très élevée. La société est vite sortie de la faillite: le manque de capitaux n'était pas le problème; l'injection de capitaux n'a donc rien résolu.
De façon plus générale, pensez à la façon dont nous avons finalement mis fin à la crise. On estime généralement que c'est le Troubled Asset Relief Fund, ou TARP, qui a résolu le problème en injectant des milliards de dollars dans les capitaux des principales banques. La réalité n'est pas aussi simple. La création du TARP a démontré que le gouvernement voulait soutenir les banques; et c'est ce signal fort (et uniquement ce signal) qui a permis de prévenir une crise de confiance.
Ce sont les autres mesures du gouvernement qui ont vraiment fait bouger les choses, et notamment l'action de la de la FDIC, qui a assuré une garantie globalisée de l'ensemble des dettes du secteur bancaire.
Le défaut de paiement de la Grèce, scénario pessimiste
Aujourd'hui, le scénario le plus pessimiste demeure celui d'un défaut de paiement de la Grèce, qui pourrait se répercuter sur tout le système financier (à la façon de l'effondrement de Lehman Brothers). Les pays très endettés (Irlande, Portugal, Espagne...) subiraient alors encore plus de pressions. Les banques européennes qui détiennent la dette de ces pays en seraient directement affectées (à la fin du mois de juin, Moody's envisageait d'abaisser la note de trois banques françaises liées à la dette grecque).
La panique pourrait dès lors s'étendre aux États-Unis, et ce de plusieurs façons, comme par l'intermédiaire de notre secteur du marché monétaire (qui représente 2700 milliards de dollars); la dette européenne constitue une bonne partie de ses actifs (44,3%, selon une récente étude de Fitch Ratings). Si la menace d'un abaissement de la note de cette dette commence à poindre, les organismes de placement monétaires devront vendre, car ils n'ont pas le droit de détenir de dettes trop mal notées.
Le problème de la Grèce (et de l'Irlande, et du Portugal, et de l'Espagne) demeure l'importance de leur dette. Mais si le scénario le plus pessimiste finit par se réaliser, le principal problème des banques européennes sera tout autre: trois ans après l'effondrement financier de 2008, leurs sources de financement ne sont toujours pas stables. (L'Investment Company Institute, qui est l'association professionnelle du secteur des fonds mutuels, assure que tout est sous contrôle.
Les acteurs du marché sont loin d'être aussi catégoriques. Lors d'une discussion sur la question du capital, l'une de mes sources a résumé la situation en ces termes: «les technocrates chantent pendant que Rome brûle»).
La pondération des risques laisse à désirer
Des exigences de fonds propres plus élevées n'auraient pas permis d'empêcher ces crises, bien au contraire: elles auraient même pu les aggraver. La pondération des risques des actifs appliquée par les régulateurs a pour effet d'encourager les banques à détenir plus d'actifs sensés être à faible risque. Voilà pourquoi toutes les banques possédaient un grand nombre de titres adossés à des hypothèques: ces derniers étant jugés à «faible risque», elles n'avaient pas à détenir beaucoup de fonds propres.
La dette souveraine de la Grèce (entre autres pays) était également sensée représenter un faible risque; voilà pourquoi les banques en détenaient un tel pourcentage. La crise a suffi à démontrer que la pondération des risques laissait à désirer. Cette dernière était standardisée; elle incitait donc les banques à perpétuer leurs comportements à risque. Si vous êtes d'accord pour dire que les crises surviennent lorsqu'un trop grand nombre de banques commettent la même série d'erreurs stupides, vous conviendrez qu'une absence d'exigences internationales de fonds propres vaut mieux qu'une série d'exigences erronées.
Certains diront que si les banques disposaient de plus de fonds propres, elles auraient plus à perdre; et qu'elles prendraient donc moins de risques. Une réflexion bancale, à mon sens; car au final, les fonds propres demeurent l'argent des autres. Si l'on souhaite défendre les exigences de fonds propres plus strictes, mieux vaut employer un autre argument. On pourrait dire, par exemple, que s'il y avait plus de capitaux et moins de dettes dans le système, les déposants et les prêteurs à court terme auraient potentiellement moins tendance à créer de paniques bancaires. Mais dans le monde titanesque, trouble et tortueux de la finance mondiale, je ne saurais dire s'il existe un montant assez élevé (tout en permettant au système de fonctionner normalement) pour garantir une tranquillité de tous les instants.
Dans un monde idéal
Dans un monde idéal, nous ne nous contenterions pas d'obliger les banques à disposer de plus de fonds propres. Nous exigerions la transparence en matière d'évaluation des actifs, pour que les personnes extérieures aux banques puissent se faire une idée de leur valeur en consultant leurs bilans. Nous forcerions les banques à ne plus s'appuyer que sur des financements à court terme, et ce pour parer aux crises de liquidité. Et nous ferions tout ce qui est en notre pouvoir pour que les régulateurs prennent la mesure des risques inhérents à chacune des institutions financières qu'ils avaient régulées avant la crise.
Mais aucune de ces mesures ne sera mise en place. Étant donné la situation, peut-être nous faudra-t-il en définitive nous résigner; nous contenter d'exigences de fonds propres plus élevées. Pour autant, n'oublions jamais qu'il ne s'agit là que d'une solution imparfaite. Et qu'une méconnaissance des détails peut parfois mener le monde de la finance au bord de la catastrophe.
Bethany McLean
Traduit par Jean-Clément Nau
Mis à jour le 12/08/2011 à 11h32




















































Res-pon-sa-bi-li-té ! Et elle est lourde,
celle de prendre soin de l'idole-argent,
concentré de tous les biens terrestres !
Source de tant de convoitises que nul
ne peut en être seul comptable, ni
un dieu-dollar flottant ni quelque
métier affranchi du devoir de moyens.
L'obligation de résultat conduit à l'excès.
L'économie doit redescendre des salles de marchés
aux comptoirs et être assise sur des coffres
et des entrepôts et non des ricochets électroniques
tellement rapides qu'il en deviennent insaisissables,
conformément au pricipe d'incertitude d'Heisenberg.
Mathéréellement.
" Les banques ont besoin de faire moins d'erreurs stupides "
Ce titre est d'autant plus merveilleux que ces erreurs stupides se conjuguent souvent avec de " brillantes erreurs ".
Cela étant dit, pourquoi les banques géreraient-elles leurs risques puisqu'ils sont assumés par les Etats ?
Finalement, les banques ne font pas des " erreurs stupides ", mais des calculs cyniques.
A trop vouloir se rendre maitre et possesseur de la nature, on en oublie que l avenir est rempli d incertitudes et qu’en ces temps troubles, il est encore plus difficile de voir loin et d anticiper. C est justement parce que l on ne peut raisonnablement pas tout prévoir que l on impose aux banques un matelas de capital.
La finance se fonde sur l évaluation antagoniste du risque et de la rentabilité, c est son principe de base, le moteur de calcul de tout investisseur. Le banquier passe donc son temps à mesurer les risques et à tenter de les contrôler pour optimiser la rentabilité. En d autres termes, sa perception du risque lui permettra d apposer un prix sur le produit qu’il vend.
Le risque a de multiples visages et revêt des formes d une infinie complexité, il peut être conjoncturel, géographique, temporel, politique, climatique, opérationnel (ah M. Kerviel !) etc. Compose d une infinité de paramètres, il est par la même impossible à évaluer certainement. Un banquier n est jamais certain que l argent prête un jour fera retour, du moins en temps discret.
Mais une banque prête a des milliers, des millions de contrepartie, toutes différentes et comportant chacune leurs risques. En agglomérant ces valeurs discrètes que sont les emprunteurs, il tente de trouver la continuité et de catégoriser. Ce travail statistique colossal, compilant des milliards de données de part le monde lui permet finalement d atteindre un degré de certitude acceptable.
Le but du banquier est de voir son contrat honoré, i.e. de percevoir les intérêts et commissions, et, à terme, d’assurer le retour du capital au bercail. En utilisant ces modèles de gestion du risque et en répartissant ses œufs dans un nombre suffisant de paniers, il acquiert un certain degré de certitude qui lui permettra, outre de déterminer son prix, de se prémunir contre le défaut de l’emprunteur.
C est à ce moment précis qu’interviennent les contraintes réglementaires Bales III. En augmentant les ratios de capitaux nécessaires, et ce en fonction de très nombreux critères endogènes (propres a l’emprunteur) et exogènes (conjoncturel), les banques se prémunissent mieux contre ce risque de défaut calcule. Si un emprunteur n est pas en mesure de rembourser, ou si des pertes trop importantes sont constatées sur des activités de marche, on ira piocher ca et la dans les fonds propres de la banque pour rester à flot.
L’article fait référence au risque systémique et se trompe de sujet, car le gage de stabilité du système n’est pas à aller chercher dans les banques elles mêmes, mais dans une autorité supérieure, comme un fond de stabilité par exemple. Chaque banque devient alors elle-même une valeur discrète dans un système plus grand et plus complexe, dans lequel chaque strate contribue à maitriser l’information, et donc le risque.
A n'en pas douter, vous êtes "du métier".
Je serai donc particulièrement intéressé que vous nous fassions une démonstartion du même type en y incorporant les CDS.
J'ai comme idée qu'on n'arrivera pas aux mêmes... certitudes
Les CDS sont les produits financiers qui représentent le plus fort volume d'encours au monde, au-delà des obligations d’Etat, ce qui est parfaitement absurde et prouve d’une certaine manière que la sphère financière s est déconnectée de l économie réelle.
Ils sont censés protéger les préteurs contre le risque de défaut de l’emprunteur, c’est un contrat d’assurance. Si l’on se cantonne a ces termes, ils ne sont qu'’un instrument de gestion du risque parmi d’autres, au même titre qu’une agence de crédit export, qu'’une garantie de l’UE, qu'’un dépôt d actif pour couvrir un emprunt.
Tout cela serait simple si le CDS s’était cantonné a ses fondamentaux, mais l’appétence de la finance moderne pour les « instruments » et leur utilisation a tort et a travers a dévoyé cet objectif premier, tout a fait souhaitable, pour en faire un outil de spéculation très dangereux.
Les CDS dans leur forme actuelle posent deux problèmes majeurs qui sont intimement corrélés. Tout d’abord, ils couvrent le pire risque de la finance, celui de ne pas se faire rembourser, il induit donc des mouvements de capitaux tres importants en cas de défaut constaté. Cela implique des niveaux de rémunérations extrêmement élèves, le CDS est un produit cher qui rémunère bien, il est donc tentant de le vendre. Le souci principal est que n’importe quel acteur peut en acheter, et se prémunir contre un risque auquel il n’est pas exposé. Pour une créance donnée, le rapport entre le montant effectif et le montant couvert peut atteindre des proportions indécentes. Cela constitue, selon moi, une fraude, une escroquerie dans le système financier, un peu comme si une voiture était assurée en cas de vol auprès d’une multitude de courtiers. Si elle disparait, on vous en remboursera plusieurs fois le prix (ce qui est illégal dans le monde réel mais possible, et même tres courant dans le monde de la finance).
C est par la réglementation que l’on arrivera à dominer ce type de marché et les lubies délirantes d’un certain type de finance, en exigeant par exemple le dépôt de la créance lors de l achat du contrat, ainsi, l’encours du produit dérivé ne pourra pas dépasser celui du sous-jacent. Le surinvestissement dans ces produits est un colossal gâchis.
Comme quoi, on peut être « du métier » et garder un regard critique, sans verser dans le manichéisme cynique.