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Pourquoi les femmes ont-elles plus souvent la migraine que les hommes?

Brian Palmer, mis à jour le 15.08.2011 à 12 h 49

C’est la faute aux hormones.

Un traitement d'acuponcture traditionnel en chine pour guérir des maux de tête et de l'insomnie, dans un hôpital. REUTERS

Un traitement d'acuponcture traditionnel en chine pour guérir des maux de tête et de l'insomnie, dans un hôpital. REUTERS

Un conseiller de Michele Bachmann, candidate républicaine à la présidence américaine, a déclaré qu’elle souffrait de migraines sévères susceptibles de l’handicaper pendant plusieurs jours.

Son équipe de campagne a réfuté cette affirmation, et une nouvelle controverse s’est greffée sur la question pour savoir s’il était sexiste de débattre du sujet, étant donné que les migraines touchent davantage les femmes que les hommes. Pourquoi cette inégalité?

Probablement à cause des hormones. Environ 18% des femmes souffrent de migraines, comparé à 6% des hommes. Les médecins avancent plusieurs explications à cette inégalité, invoquant notamment différents niveaux de stress provoqué par des agents extérieurs et des différences liées au sexe dans la réponse psychologique à la douleur.

Mal aux hormones

La meilleure recherche suggère aujourd’hui que cette différence est liée aux hormones sexuelles, théorie étayée par de nombreuses preuves détaillées. Chez les femmes, les maux de tête commencent généralement après la puberté et ont tendance à réduire à la fois en fréquence et en intensité après la ménopause (la migraine est l’un des rare troubles neurologiques à diminuer avec l’âge).

Ils apparaissent aussi plus souvent pendant les règles et moins pendant la grossesse. Curieusement, les médecins soignant des transgenres devenus femmes ont remarqué qu’après le début de leur hormonothérapie, leurs patientes se mettaient à souffrir de migraines aussi fréquemment que les femmes génétiques.

Si les recherches n’ont pas encore apporté de réponse catégorique, les études scientifiques tendent à prouver que l’œstrogène est le principal coupable. Les migraines se déclenchent quand une inflammation près du cerveau sensibilise les nocicepteurs trigéminaux —les cellules responsables de la sensation de douleur autour du visage— qui transmettent alors des signaux chimiques.

Nancy Berman et Kenneth McCarson, chercheurs en neurologie au Centre médical de l’Université du Kansas, ont montré que chez les souris, ces cellules sont munies de récepteurs d’œstrogènes. Et les rats exposés à des œstrogènes montrent des symptômes de migraine bien plus marqués —excepté les nausées, car les rats ne vomissent pas— que leurs homologues privés d’œstrogènes à niveau d’inflammation égal.

Au niveau biochimique, ils décrivent des changements indiquant que les signaux de la douleur sont plus forts quand les récepteurs des œstrogènes sont activés. Ces preuves indiquent que si les hommes peuvent subir l’inflammation associée aux migraines aussi souvent que les femmes, leurs récepteurs de la douleur y répondent avec moins d’intensité.

Attention, traitement sexiste

Depuis plusieurs années maintenant, le traitement de la migraine est soupçonné de sexisme. D’aucuns soulignent que le National Institutes of Health [l’agence de recherche médicale américaine] a consacré 15 millions de dollars à la recherche sur la migraine en 2011, ce qui représente moins de 0,05% de son budget annuel de recherche.

Somme dérisoire comparée à ce que nous dépensons pour d’autres maladies incapacitantes mais généralement non mortelles comme l’arthrite (253 millions de dollars) et les troubles du sommeil (230 millions de dollars).

Brian Palmer

Traduit par Bérengère Viennot

L’Explication remercie Nancy Berman de l’University of Kansas Medical Center et Cathy Glaser de la Migraine Research Foundation.

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