Economie

Derrière la remontée du chômage

Eric Le Boucher

Quel impact auront à la rentrée les petites mesures prises par le gouvernement sur l’accompagnement des chômeurs de longue durée et sur l’apprentissage? Au-delà, que faire? Faut-il relancer un programme d’emplois aidés? Renoncer à la défiscalisation des heures supplémentaires?

REUTERS/China Daily

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S’il n’en est qu’un ce sera celui-là: le chiffre du chômage sera l’indicateur phare de l’élection. La surprise d’une forte hausse du nombre de demandeurs d’emplois en juin (+33.600, soit +1,3%) après un premier hoquet en mai (+17.700), constitue un coup de tonnerre dans le ciel du gouvernement en partance en vacances.

Jusque-là en effet, l’emploi constituait une surprise positive de la sortie de crise.

Dès le début 2010, l’économie française renouait avec la croissance et l’emploi aussi. D’habitude, les entreprises tardent toujours à embaucher, elles attendent plusieurs mois d’être bien sûres que la récession est terminée.

Cette fois, malgré l’ampleur inédite de la crise qui avait provoqué la disparition de 330.000 emplois (dits marchands) en 2009 en France métropolitaine, en 2010, les embauches étaient substantielles (125.000). L’industrie continuait de débaucher lourdement, la construction se stabilisait presque, mais le secteur des services retrouvait son élan (+195.000 emplois).

Pour 2011, tous les diagnostics des économistes s’inscrivaient dans cette lancée: les créations d’emplois devaient certes être moins vives mais elles resteraient «dynamiques», c’est-à-dire bien orientées. En juin, l’Insee affirme:

«Alors qu’il baisse continûment depuis dix ans, l’emploi industriel se stabiliserait en 2011. Au total, les créations d’emploi dans le secteur marchand non agricole seraient de l’ordre de 106.000 au premier semestre 2011, puis de 73.000 au second semestre 2011.»

Le taux de chômage se replierait à 9% en fin 2011, contre 9,2% fin 2010. La sortie de crise offrait donc sur le plan de l’emploi un scénario rose pâle, mais néanmoins rose.

Six mois de progrès effacés

La France n’était à cet égard que dans la moyenne européenne. Un bon résultat, positif sans plus. Moins bien que l’Allemagne, mais bien mieux que les pauvres pays en crise de la dette qui doivent s’infliger des mesures terribles d’austérité qui augmentent rapidement les files de chômeurs.

Et patatras! Mai, puis surtout juin: deux mois en totale rupture. Tous les progrès enregistrés depuis 6 mois sont effacés. Sur un an, on retrouve un bilan noir: le chômage a augmenté de 1,5% (catégorie A, celle qui regroupe les personnes n’ayant pas travaillé du tout dans le mois).

Et comme une aggravation: ce sont les jeunes qui sont les plus touchés avec les seniors (+13% en un an!) alors même que le gouvernement a promis, lors des débat sur les retraites, de tout faire pour maintenir les plus âgés dans le travail.

Et, pour compliquer encore la tâche gouvernementale: l’Allemagne en juin bat des records: 11.000 créations d’emplois nouveaux, le chômage retombe à 2.950.000, plus bas niveau depuis 1992. Un chiffre pas si loin des 2.720.000 chômeurs en France, alors que la population est nettement plus nombreuse (81,5 millions d’habitants contre 65 millions).

Ces statistiques d’avant l’été sont-elles un accident ou une rupture de tendance? La première cause de la cassure tient bien entendu au ralentissement économique observé au deuxième trimestre en France. La reprise s’essouffle dans le monde, la France en subit les conséquences. La fin de l’année devrait rester positive avec une croissance de 1,8% au total mais le rythme est moins soutenu.

Autre explication: la baisse de l’emploi aidé (650.000 en 2010) cette année; le gouvernement confiant avait restreint les crédits.

Et maintenant, que faire?

Mais ces deux explications livrées, le débat s’ouvre en grand. Quel impact auront à la rentrée les petites mesures prises par le gouvernement sur l’accompagnement des chômeurs de longue durée et sur l’apprentissage? Au-delà, que faire? Faut-il relancer un programme d’emplois aidés (ce que propose le PS avec ses 300.000 emplois jeunes)? Faut-il renoncer à la défiscalisation des heures supplémentaires mise en place en 2007, avant crise, par Nicolas Sarkozy?

A plus long terme encore: quelle est la capacité de création d’emplois par l’économie française?

Au début des années 1990, il fallait une croissance supérieure à 2% pour qu’on observe une création nette d’emplois. Grâce aux dispositifs de baisse des charges des emplois peu qualifiés, ce seuil a été ramené à 1,2% dans les années 2000. Une différence considérable qui permettait enfin à la France de rejoindre les autres pays en matière de performance d’emploi.

C’est cette baisse du seuil qui explique sans doute pourquoi, en 2010, l’emploi est reparti comme il l’a fait dans le tertiaire.

Les chiffres de mai et de juin, s’ils devaient se prolonger, marqueraient peut-être un épuisement de la politique de baisse des charges.

Le conflit sur ce sujet ne manquerait pas de repartir: que faire pour pousser les entreprises à embaucher? Pourquoi créent-elles moins d’emplois qu’avant crise? Compétitivité? Coût du travail? Effets sectoriels?

C’est toute la politique économique qui devrait se polariser à nouveau sur cette question du chômage. Dans un grand désarroi de propositions et dans un contexte d’austérité, de croissance molle et tandis que l’Allemagne caracole. La rentrée gouvernementale sera peut-être moins calme qu’on croyait.

Eric Le Boucher

Eric Le Boucher
Eric Le Boucher (543 articles)
Cofondateur de Slate.fr
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