La natation française au fond de la piscine
Les médailles des nageurs français cachent la misère de la natation française: le pays n'a pas le niveau d'équipements pour les pratiquants amateurs et les sportifs de haut-niveau.
- Piscine de Paris Plage en 2004. REUTERS/Emmanuel Fradin -
En voyant, mardi 26 juillet, Camille Lacourt et Jérémy Stravius tout à leur bonheur de devenir champions du monde du 100m dos dans le même centième de seconde à Shanghai, je me suis demandé: mais comment ont-ils fait pour atteindre un tel niveau d’excellence alors qu’ils sont Français?
C’est une question que je me suis posée aussi dans le passé pour Laure Manaudou et Alain Bernard dans la mesure où, sérieusement, tout paraît fait pour ne pas encourager même les nageurs volontaires. Pénurie de lieux — 4.000 piscines seulement pour 6.000 bassins sur l’ensemble du territoire avec au moins 200 manquants sur la seule Ile-de-France selon un rapport publié en 2009— vétusté de ceux existant, la moitié ayant environ 40 ans d’âge toujours selon les statistiques ou rareté des lignes d’eau qui font 50m avec une majorité qui s’arrête à 25m –une vraie frustration pour le vrai nageur.
Et il y a les plus mal lotis. Selon une enquête publiée par le ministère de la Santé et des sports en 2008, les territoires les plus jeunes, les plus dynamiques d’un point de vue démographique, les plus sensibles également —en langage moins policé les banlieues— sont ainsi moins bien équipés que les autres et ce déficit tendrait à se creuser. «Ce désajustement dans le périurbain s’accentue en raison notamment d’une croissance démographique qui est 2,5 fois plus rapide que celle de l’offre de bassins de ces territoires», est-il doctement précisé.
Nous sommes en 2011 et la France, devenue comme par miracle l’une des nations les plus médaillées au cours des dix dernières années, est aujourd’hui incapable d’organiser la moindre compétition d’envergure en grand ou petit bassin —championnats du monde ou d’Europe— faute d’infrastructures dignes d’un pays qui se prétend aussi avancé.
Depuis que la candidature de Paris 2012 a coulé en baie de Singapour à l’été 2005, le rêve d’une piscine olympique à Aubervilliers gît enfoui dans une épaisse vase politique. Il y a six ans, il était alors question de la création d’un complexe de cinq bassins dont un dédié au plongeon.
En France, aucune piscine de 50m ne dispose de tribunes supérieures à… 2.000 places. Paris n’a plus accueilli le moindre championnat d’Europe depuis 1931 et Strasbourg reste la dernière cité à avoir hébergé la compétition continentale, en 1987. En 2012, la piscine de Dunkerque —c’est une habitude— abritera les championnats de France qui feront office de sélections pour les Jeux de Londres et, faute de place, il n’y aura que quelques centaines de personnes à pouvoir assister à ces finales de niveau souvent mondial.
Venue montrer sa tête à la télévision publique française lors des championnats du monde de Shanghai, Chantal Jouanno, ministre des Sports, a déclaré ingénument que nous avions l’argent et que le gouvernement actuel se préoccupait du problème de la piscine olympique. Mais d’après elle, il nous manquerait «le projet» sachant que dans son esprit, il devrait apparemment s’inscrire dans le cadre d’une nouvelle candidature olympique dont le lancement n’interviendrait donc pas au mieux avant 2015 pour les Jeux d’été de 2024 (les candidatures doivent être officialisées neuf ans avant la date des Jeux).
Londres a eu la chance d’inaugurer sa piscine olympique, mercredi 27 juillet, et le résultat nous rend évidemment encore plus impatients et furieux. En début d’année, Alain Bernard, champion olympique en titre de la distance reine du 100m nage libre, avait laissé exploser sa colère dans les colonnes de L’Equipe:
«Quand on voyage, on voit les installations des autres pays et on se dit: comment peut-on être à la rue à ce point en France? Aujourd’hui, on a des ambitions dans le sport, on essaie de ne pas se fixer de limite et, derrière, on ne nous suit pas. C’est dommage.»
Lorsqu’elle alignait ses longueurs dans la piscine de Melun sous la tendre férule de Philippe Lucas, son entraîneur de l’époque, Laure Manaudou avait pris l’habitude de tomber de son lit pour plonger vers les 6h du matin avant que n’ouvrent les portes de ce centre nautique qui n’avait rien de luxueux. Elle n’avait pas d’autre choix si elle voulait la paix et l’espace pour mieux travailler.
Quiconque nage dans les piscines de ce pays —et c’est mon cas— connaît la misère qui nous frappe. J’ai parlé ici du bonheur d’être un habitant de Sydney quand on aime la vie aquatique. Je pourrais évoquer aussi celui de vivre à Montréal, ville non contente de disposer de la piscine olympique couverte des Jeux olympiques de 1976 et de trois bassins extérieurs qui ont servi à l’organisation des championnats du monde de natation en 2005 au cœur du Parc Jean Drapeau et qui comblent les Québécois de mai à septembre entre baignades et séances de bronzette. Les villes allemandes bénéficient aussi de gigantesques zones de baignades de plein air.
A Paris, il suffit déjà de se promener du côté de la Porte d’Auteuil et d’apercevoir l’illustrissime piscine Molitor abandonnée à son triste sort depuis une vingtaine d’années pour prendre la mesure du gâchis local. Mais comment a-t-on pu laisser crever un lieu aussi sublime qu’utile livré aujourd’hui à des artistes muraux et à des opérations de relations publiques?
Si Paris n’est pas la France, la capitale est le juste reflet de cette carence avec une toute petite population de 38 bassins à la disposition des usagers qui, de surcroît, trouvent porte close la plupart du temps puisqu’une grande partie des heures sont réservées aux scolaires. Si bien qu’il n’est possible d’aller nager qu’en début de soirée —à l’heure de l’émeute— ou dès potron-minet, généralement entre 7 et 8h30 le matin où il y a déjà souvent foule.
Oui, nager dans de bonnes conditions à Paris, et dans de nombreux endroits de France, se mérite. Soit vous mettez votre réveil à 6h le matin —une gageure l’hiver— soit vous partez à la guerre entre coups de pieds reçus, lignes d’eau aussi embouteillées que le périphérique, dossistes partant de travers et coupant les trajectoires, nageurs accrochés à leur planche battant des pieds et éclaboussant tout le monde, mais n’avançant pas, et autres incivilités nautiques exacerbées à cause de l’exiguïté permanente…
Voilà quelques semaines, un enseignant de Castillon-la-Bataille, en Gironde, qui voulait dénoncer la fermeture depuis deux ans de la piscine dans la commune à court d’argent pour la rénover, avait eu l’idée de faire valider, par les collégiens, sur un terrain… en gazon, leur module du «savoir nager», prévu dans le socle commun des compétences que doivent acquérir les élèves à la sortie du collège. Un cas évidemment extrême et caricatural, mais néanmoins évocateur de la situation du mépris dans lequel est souvent tenue la natation au pays d’Alain Bernard et de Laure Manaudou.
Yannick Cochennec
Mis à jour le 29/07/2011 à 10h10















































Et lorsque qu'il y a un bassin de 25m avec 1 malheureuse ligne de nage, les "familles" n'ont aucun respect pour les nageurs qui sont pourtant parfois plus d'une dizaine à s’accommoder tant bien que mal de cette seule ligne et des différents rythmes de chacun...
J'ai tendance à penser que nos politiciens sont (dehors des adeptes du jogging) jamais des sportifs ou des conducteurs si on en juge par leurs décisions en matière de sport ou d'automobile.
Le pire, c'est de comparer les centre universitaires français avec les centres universitaires étrangers, même en Europe. Il y en a un certain nombre (dont au Luxembourg) qui sont accolés à des centres sportifs. En France, au mieux, on trouve... un stade. Il n'y en a que pour ceux qui courent, pour le plaisir ou après un ballon rond. Les autres, il faut croire que pour les politiciens, ils n'existent pas.
Salutations, FabDelDongo
En fait, ils passent leur temps à se tirer dans les jambes ou la couverture à eux. On observe le même phénomène (et c'est un symptôme particulièrement "français") dans les associations qui se font concurrence au lieu de travailler ensemble (la différence avec l'Allemagne est assez flagrante).
Donc au final, on fait du saupoudrage, pour ménager les (petites) susceptibilités (mesquines) de chacun au lieu d'œuvrer au bien commun en mutualisant...
Pratiquant assidu de natation, j'ai eu l'opportunité de découvrir nombreux bassins de toutes tailles en France. En commençant par le sempiternel 25m sous la bulle jaune à hublots (esthétique des plus hasardeuses accompagnée d'une qualité de finition du même accabit) qui a colonisé le territoire dans les années 70-80, puis l'improbable 33m qui ne correspond à aucun standard de courses et enfin le "trop rare" 50m dont l'espèce pourrait être qualifiée en voie d'extinction sur l'hexagone. De manière générale, nous sommes confrontés à des bâtiments vétustes dont la sécurité et l'hygiène pourraient dissuader une famille de cafards en goguette. Ne parlons même pas des piscines parisiennes qui sont un scandale et qui illustrent parfaitement l'état de délabrement du monde sportif dans la capitale (vivre à paris étant un sport à part entière, ceci expliquerait peut être le désengagement de la mairie).
Exception faite pour le lumineux et très agréable 50m de Montpellier. Une exception qui confirme la règle..
Quand on met en parallèle l'état des installations aux performances des nageurs français, on se dit qu'ils ont bien du courage de venir nager 5-6h par jour dans des mares aux canards. En tout cas, Chapeau bas pour le spectacle que nous offrent les nageurs tricolores à l'heure actuelle.
Des J.O pour la France seraient-ils une réponse adaptée au manque flagrant de moyens aquatiques? Espérons que non car Paris n'est pas prête de les accueillir. Quant au championnats du monde.......
Trêve de défaitisme, profitons de l'été pour aller nager à la mer, s'il fait beau, peut être, ah non il fait moche... il n'y a plus qu'à regarder les mondiaux à la télé !!
S'agissant du 1° : position classique de tout mouvement sportif : faisons toujours plus d'équipements dispendieux avec l'argent public. Ceci au profit de quelques uns. Effectivement, il est toujours possible de jeter l'argent public par les fenêtres, donc pourquoi pas des piscines. C'est déjà ce qu'on fait avec des stades pour l'euro 2012. En attendant, il est parfaitement possible à la fédération française de natation de trouver les financements et de faire construire son propre bassin d'entraînement.
S'agissant du 2° : selon vous, il n'y aurait "pas assez" de piscines en France. Votre article ne le démontre cependant absolument pas ; si on résume votre argumentation : - A Sydney, il y a 40 piscines. A Paris, 38 piscines, généralement moins grandes (faisons joyeusement abstraction des bassins non municipaux, de même que de la banlieue). Remarque : Sydney, 4 millions d'habitants ; Paris intra-muros (puisque c'est votre référence), 2 millions d'habitants. - à Montréal, il y a un complexe avec plusieurs bassins. So what ? - en Allemagne, il y a des bassins de plein air. Remarque : En France aussi. Question : pour se baigner en hiver, c'est mieux qu'une piscine à Paris ? - à Paris, une piscine est fermée ; elle est laissée à l'abandon alors qu'elle est belle. Remarque : c'est triste mais cela n'établit rien. - à Castillon-la-Bataille, la piscine est fermée depuis deux ans. Idem.
Ce que vous pourriez prendre en compte pour un article sérieux : - "Trop", "pas assez" : par rapport à quoi ? Au nombre d'habitants, au nombre de pratiquants, au confort des usagers existants ? Faut-il encourager la pratique par le plus grand nombre, ou privilégier la qualité de la pratique pour un nombre plus réduit ? Quelle articulation avec les autres sports ? - Une piscine coûte cher (à la construction, en fonctionnement surtout) ; elle est structurellement déficitaire (notamment du fait du chauffage de l'eau en hiver). Moins il y a de monde dans la piscine et les lignes d'eau, plus c'est agréable d'y nager ; plus le déficit est important. Qu'est-ce qui justifie que de tels déficits soient financés par la collectivité ? A quelle hauteur et dans quelle mesure ? Jusqu'où les usagers doivent contribuer ? - les municipalités tentent de favoriser l'occupation maximale des piscines avec les scolaires ; la France encourage fortement la natation scolaire. Est-ce le cas dans les autres pays où les horaires sont plus étendus et les bassins moins occupés ? Faut-il continuer ?
Mais non, mieux vaut bien sûr tout voir du petit bout de la lorgnette : je reviens de la piscine, bouh c'était bondé, je vais écrire un article sur ce point car mes problèmes de confort personnel sont d'intérêt public, pourquoi on ne fait pas tout autour de mon petit nombril et de celui des grands champions, en France on est vraiment nuls pour ceci cela, à se demander pourquoi on a des médailles d'or.
Sydney: 12144 km2 / 4,5M Habitants Paris: 105 km2 / 2,2M Habitants
On ne peut pas comparer les deux villes de la sorte!
De surcroît Paris ne compte que 3 voire 4 (selon les disponibilités) bassins de 50m tandis que Sydney en affiche 40!!
Le problème est bien là! les équipements ne sont pas assez présents à Paris
Amitiés sportives, Charles