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Golf: L'Asie, le nouvel empire du swing

Yannick Cochennec, mis à jour le 01.08.2011 à 14 h 17

Les joueuses coréennes, taïwanaises et japonaises, en attendant les Chinoises, cartonnent sur le circuit. Pour le plus grand plaisir des sponsors qui convoitent un marché en super expansion.

Ai Miyazato, à l'Evian masters 2011. REUTERS/Valentin Flauraud

Ai Miyazato, à l'Evian masters 2011. REUTERS/Valentin Flauraud

Fin juillet, il y avait 61 Asiatiques parmi les 100 premières golfeuses mondiales! Au premier rang d’entre elles figurait Yani Tseng, incontestable n°1 mondiale venue de Taïwan, qui est en train de battre tous les records de précocité sur le LPGA Tour, le circuit professionnel féminin, avec, déjà dans son escarcelle, quatre titres majeurs à l’âge de 22 ans. Voilà quelques semaines, Tseng, sur laquelle Lacoste a jeté son dévolu, a conquis le LPGA Championship avec dix coups d’avance sur sa poursuivante. Une performance évidemment jugée comme «tigeresque».

Dimanche 31 juillet, elle a complété sa superbe collection en s’arrogeant le British Open, autre rendez-vous majeur, où elle était tenante du titre, avec cette fois une marge quatre coups sur le redoutable parcours de Carnoustie, en Ecosse.

Dans l’histoire moderne du golf, hommes et femmes confondus, jamais un joueur n’avait conquis autant de titres de gloire avec aussi peu d’expérience. Avec ses 10 titres du Grand Chelem, la Suédoise Annika Sorenstam, recordwoman en la matière, est clairement menacée dans un avenir relativement proche. Tseng à qui, pour l’anecdote, Sorenstam a vendu sa maison d’Orlando, en Floride.

La «surprise» est que Yani Tseng n’est ni Coréenne ni Japonaise. Dans le top 100, la Corée du Sud écrase, en effet, tous les pays avec… 36 joueuses répertoriées dont quatre parmi les sept premières: Jiyai Shin, Na Yeon-choi, Sun Ju-ahn et I.K. Kim. Le Japon suit avec 22 classées, mais une seule parmi les 10 meilleures, Ai Miyazato. Les Etats-Unis, qui organisent les deux tiers des épreuves du LPGA Tour, sont désormais réduits à la portion congrue avec 15 joueuses dans les 100 meilleures et des starlettes plus ou moins à l’arrêt comme Michelle Wie (également d’origine asiatique) et Natalie Gulbis. 

Une victoire, des milliers de vocations

En 1998, la Corée du Sud n’existait pourtant pas sur la mappemonde du golf féminin. Une seule joueuse avait alors sa carte sur le LPGA Tour, une jeune joueuse de 20 ans, nommée Se Ri-pak. Mais lors de cette première année chez les professionnelles, elle avait remporté deux tournois majeurs à la stupéfaction générale. Se Ri-pak, dont les succès furent à l’époque célébrés comme des événements nationaux en Corée du Sud, fut une pionnière et à l’origine de ce déferlement de Coréennes sur le circuit du LPGA Tour, un peu débordé par le phénomène.

Depuis 1998, par exemple, les Coréennes ont dominé à cinq reprises l’US Open avec Se Ri-pak en 1998, Kim Ju-yeon en 2005, Park In-bee en 2008, Ji Eun-hee en 2009 et Ryu So-yeon en 2011, cette dernière s’imposant au finish, en juin dernier, aux dépens de sa compatriote Seo Hee-kyung.

Si Tiger Woods a largement dynamisé le golf masculin, Se Ri-pak a, elle, carrément révolutionné son homologue féminin en le transposant dans cette nouvelle dimension coréenne. Toutes les joueuses venues de Séoul et des environs, et qui brillent aujourd’hui, se réclament, en effet, de Se Ri-pak qu’elles ont admirée, petites filles, à la télévision.

Le fait de voir l’une des leurs triompher puis s’imposer durablement sur le territoire américain a suscité des milliers de vocations à travers le pays, tandis que Pak a, elle, très mal vécu cette notoriété soudaine ainsi que le fait de ne pas parler l’anglais et d’être donc effrayée par toutes les questions de la presse américaine auxquelles elle ne savait pas répondre.

Reste une énigme au-delà de ce rôle, considérable, de modèle joué par Pak: pourquoi les Coréennes jouent-elles si bien, et même mieux que les autres, au golf? A partir du moment où le golf féminin est devenu une sorte de petite obsession nationale, tout a découlé, semble-t-il, du système d’éducation existant en Corée du Sud. Il apparaît que là-bas, lorsque les parents veulent que leurs enfants réussissent un domaine, ils ne lâchent plus leurs progénitures au point de sembler les harceler. Les enfants sont supposés faire tout ce qu’il est dans leur pouvoir pour satisfaire leurs parents et la nation.

Un jeu nommé désir

A la revue américaine World of Golf, Tom Creavy, qui s’occupa un temps du swing de Se Ri-pak, avait fait cette analyse:

«Depuis Pak, l’intérêt du golf est tellement élevé, que les jeunes joueuses en accord avec leurs parents n’hésitent pas à carrément sacrifier leurs études afin de se consacrer à leur unique but : devenir professionnelles. Elles ont de bonnes bases techniques et surtout une incroyable volonté alimentée par leurs parents qui trouvent de l’argent pour financer la progression de la carrière de leurs enfants. Les sponsors y sont légion.»

En résumé, il suffirait de le vouloir pour devenir une championne, le désir des Coréennes semblant surpasser celui de leurs adversaires. Au golf, où le diable se niche dans les détails, cette abnégation est récompensée au-delà de toutes les espérances.

Cette explosion de Coréennes sur le LPGA Tour n’est d’ailleurs pas sans rappeler la domination récente des Russes sur le circuit féminin de tennis. Des Russes qui semblaient sortir un peu de nulle part et qui avaient fini par remporter trois des quatre tournois du Grand Chelem en 2004 avec Anastasia Myskina (Roland-Garros), Maria Sharapova (Wimbledon) et Svetlana Kuznetsova (US Open), avec des finales entièrement russes à Paris et New York. Mais en tennis, la source russe s’est progressivement tarie alors que le flot coréen ne cesse de grossir sur les parcours de golf, sans cesse nourri par ces victoires à répétition qui inspirent d’autres jeunes espoirs au pays.

Et maintenant la Chine

Cette «invasion» coréenne a ses inconvénients comme celui de détourner le public américain du golf féminin. Mais même si le golf féminin reste une toute petite niche sportive, le «produit» demeure néanmoins très intéressant et attractif à cause justement de cette extraordinaire dimension coréenne et asiatique du circuit très alléchante pour de nombreux partenaires financiers à la recherche de croissance.

Evian, sponsor depuis 1994 de l’Evian Masters qui s’est conclu dimanche dernier à Evian-les-Bains, a bien compris cet enjeu. Avec 3.250.000 dollars de dotation, l’épreuve française est depuis quelques années déjà la plus richement dotée de la saison à égalité avec l’US Open. L’Evian Masters, qui deviendra un cinquième tournoi majeur en 2013, a été voulu depuis 15 ans par Franck Riboud, PDG de Danone et toqué de golf, qui a vu aussi le parti économique qu’il pouvait tirer d’un tel parrainage.

Après les victoires coréennes et japonaises des dernières éditions, peut-être rêve-t-il maintenant de voir une Chinoise s’imposer un jour dans le cadre de l’Evian Resort comme Li Na à Roland-Garros au début du mois de juin. La Chinoise la mieux classée est actuellement Shanshan Feng, 49e. La Corée du Sud n’a qu’à bien se tenir. Une vague venue de Pékin et de Shanghai pourrait menacer…

Yannick Cochennec

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