Monde

Les attentats de Norvège en questions: Breivik imaginait un attentat à la tour Eiffel

Slate.fr, mis à jour le 27.07.2011 à 19 h 58

Qui est l'auteur des attentats? Pourquoi la police a-t-elle mis autant de temps à réagir? Que risque le coupable? Les attentats de Norvège en questions.

Un soldat patrouille sous la tour Eiffel. REUTERS/Gonzalo Fuentes

Un soldat patrouille sous la tour Eiffel. REUTERS/Gonzalo Fuentes

Comment s’est déroulée la double attaque?

Oslo, 15h20, le 22 juillet. Une bombe explose, dans le quartier qui abrite une bonne partie des bâtiments gouvernementaux du pays, faisant au moins sept morts et de nombreux blessés. «J’ai été en Afghanistan j’ai déjà vu des explosions, mais jamais rien de pareil», nous a confié un journaliste norvégien. L’explosion a fait sept morts. Le responsable de cette attaque serait Anders Breivik.

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Ile d’Utoya, 16h50. Anders Breivik, habillé en tenue de policier et déclarant être venu pour protéger les personnes présentes sur l’île, ouvre le feu sur des personnes qui participent à l’université d’été des jeunes du parti travailliste norvégien, à quelques kilomètres d’Oslo. Pendant une heure et demie, il tire sur les personnes qui croisent son chemin, et tue méthodiquement les personnes qu’il surprend dans leurs tentes ou encore les blessés et les personnes qui tentent de s’échapper à la nage. Le bilan de la tuerie est de 68 morts et de nombreux blessés et quelques disparus lundi 25 juillet.

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Pourquoi la police a-t-elle mis autant de temps à mettre fin au massacre?

Alors que l’auteur de la tuerie a ouvert le feu peu avant 17h, l’unité de police anti-terroriste venant d’Oslo qui l’a arrêté est arrivée sur l’île à 18h25, soit environ une heure et demie après les premiers coups de feu. Plusieurs facteurs expliquent ce délai: les premiers appels venant d’adolescents présents sur l’île ne sont pas pris en compte par les services d’urgence, qui ne répondent qu’aux appels en rapport avec l’explosion à Oslo. La police reçoit la première alerte de ce qui se passe à Utoya à 17h27.

Ensuite, l’unité spéciale est venue en voiture d’Oslo (à 45 km d’Utoya) car «nous aurions dû faire venir un hélicoptère d'une base située au sud d'Oslo et cela aurait pris plus de temps», selon le chef de la police d’Oslo.

Quand la police arrive sur les berges du lac, elle ne peut pas traverser tout de suite, «la plupart des bateaux étant déjà sur le lac à la recherche des victimes et les autres trop petits pour ces policiers lourdement équipés», écrit Associated Press. L’embarcation que l’unité de police emprunte a ensuite «pris l'eau, et son moteur s'est arrêté» selon la police locale, car elle était surchargée, ce qui a encore retardé l’arrivée des forces de l’ordre.

Qui est Anders Behring Breivik?

Arrêté vendredi 22 juillet sur l’île d’Utoya, Anders Behring Breivik, 32 ans, a été inculpé samedi pour les deux attaques qui ont frappé la Norvège le même jour. Selon son avocat Geir Lippestad, «il reconnaît les faits» mais ne se considère pas «coupable», rapporte Aftenposten. Selon lui, rien de ce qu'il n'a fait ne mérite d'être puni: il aurait à plusieurs reprises expliqué lors des interrogatoires que ce qu'il avait fait était «horrible mais nécessaire», selon NRK. Il revendique «l'usage du terrorisme comme un moyen d'éveiller les masses».

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Fait-il partie d’un mouvement d’extrême droite?

Le trentenaire blond aux cheveux mi-longs et aux yeux clairs, comme on peut le voir sur la photo utilisée pour son profil Facebook, est présenté par la police comme un «fondamentaliste chrétien», proche des thèses d’extrême droite et très critique à l’égard du multiculturalisme de la société norvégienne. Selon la chaîne TV2, Anders Behring Breivik aurait été membre d'une loge maçonnique -Den Norske Frimurerorden. Il a également appartenu au parti populiste norvégien, le Parti du Progrès (FrP) entre 1999 et 2006.

Un document manifeste de 1.500 pages et une vidéo qu’Anders Behring Breivik a mis en ligne (ou fait mettre en ligne) indiquent par le menu le plan préparatoire des attentats du 22 juillet. Dans la vidéo postée sur YouTube (elle dure un peu plus de 12minutes) et divisée en quatre parties (1. L'émergence de la culture du marxisme, 2. Colonisation islamique, 3. Espoir 4. Un nouveau départ), il affirme que les marxistes ont envahi la société européenne depuis que le drapeau soviétique fut hissé sur le parlement allemand (Reichstag) en 1945. La période 1968-2011 est décrite comme «le viol culturel marxiste de l'Europe» et l'Europe occidentale comme «une dictature culturelle marxiste où les écoles et les entreprises de médias sont dirigées par des personnes ayant une vue multiculturelle du monde».

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Comment Breivik s’est-il procuré ses armes?

Breivik est membre du club de tir d’Oslo depuis 2005, et a trois armes enregistrées a son nom selon le journal norvégien VG: un pistolet Glock, un fusil et un fusil à pompe.

Selon le site belge RTL, la loi norvégienne sur les armes a été renforcée en 2009, et «la possession d'armes n'y est plus autorisée que pour les chasseurs, les collectionneurs et les pratiquants du tir sportif» qui ont un casier judiciaire vierge. Selon le Guardian, la loi sur les armes est particulièrement stricte en Norvège, mais facile à contourner. Dans son manifeste de 1.500 pages, Breivik explique comment il s’est procuré ses armes à feu. En septembre 2010, il écrivait:

«Je dois désormais m’acheter un fusil semi-automatique et un Glock de manière légale. […] Je n’ai pas de casier judiciaire donc il n’y a pas de raison pour qu’on rejette ma demande.»

Breivik et la France

Celui qui a avoué être l'auteur de l'attentat d'Oslo et de la tuerie d'Utoya éprouve des sentiments ambivalents pour la France et les Français dans son manifeste de 1.518 pages.

D’un côté, il la considère comme «l'épicentre de l'islamisation de l'Europe». Marseille remporte ainsi la première place de son tableau des villes avec le plus grand pourcentage de musulmans, 38% en 2008 d'après lui, qui n'explique pas comment il est parvenu à ce chiffre ni à sa prévision de 51% en 2030.

Breivik ajoute que «la maladie française progresse. Elle est chronique et va entrer en phase terminale». Anders Behring Breivik «est désabusé sur le cas de la France» note Le Figaro, dont il craint que les richesses et l'arme nucléaire «tombent dans les mains de djihadistes musulmans».

En même temps, il voit dans notre pays l’un des potentiels bras armés principal de son plan de bataille contre «l’envahisseur musulman», et prend à plusieurs reprises la France comme exemple des différentes étapes. 

Un attentat à la Tour Eiffel

Ainsi, au chapitre dédié aux bombes radiologiques (ou bombes sales) dans les capitales d’Europe de l’Ouest, il détaille ce que ses «cellules de chevaliers justiciers» doivent prendre en compte pour faire exploser une bombe sale. En plus du degré de radioactivité et de dispersion et de la transportabilité de l’engin explosif, il leur demande de choisir soigneusement leurs cibles.

Il estime préférable de choisir des lieux proches d’attractions touristiques, d’immeubles gouvernementaux ou tout autre «lieu à valeur symbolique/ économique pour causer le maximum de dommages idéologiques, psychologiques et économiques»

«Imaginez seulement combien de dommages idéologique, psychologique et économique on causerait au régime culturel marxiste/multiculturaliste des Français s’ils devaient abandonner la Tour Eiffel, et créer un cordon d’un kilomètre à la ronde pour plusieurs décennies à venir. La somme totale des dommages convertie en pertes économiques pour le régime reviendrait à des centaines de milliards d’euros et causerait peut-être une réaction en chaîne qui entraînerait la chute du régime.»

Que risque Anders Breivik?

Anders Breivik a comparu lundi 25 juillet devant le tribunal d’Oslo. Il a reconnu les faits mais a plaidé non-coupable, expliquant qu’il voulait protéger son pays et l'Europe contre l'islam et le marxisme. Il a été placé en détention provisoire, et encourt une peine de 21 ans de prison, qui est la peine maximale en Norvège. Le droit norvégien «permet de nombreuses remises de peine» selon l’AFP. Mais si la justice estime qu’il y a un risque de récidive et que l’individu est toujours dangereux à l’issue de sa peine, elle peut cependant prolonger la peine par tranches de cinq ans renouvelables. Breivik peut donc en théorie rester en prison toute sa vie.

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