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Qui est Unabomber, le terroriste qui a inspiré Anders Behring Breivik?

Slate.fr, mis à jour le 26.07.2011 à 14 h 38

Que s'est-il passé à Utoya? Quel est le poids de l'extrême droite en Norvège? Comment réagi cette société habituée à la tolérance? Les questions que l'on se pose après les deux attaques qui ont frappé la Norvège.

Anders Behring Breivik (gauche) et Théodore Kaczynski, dit Unabomber

Anders Behring Breivik (gauche) et Théodore Kaczynski, dit Unabomber

Qui est Unabomber, le terroriste qui a inspiré Anders Behring Breivik?

Théodore Kaczynski, surnommé Unabomber – pour «University et Airline Bomber»– par le FBI, est un activiste et terroriste américain. Mathématicien de profession, écologiste et néo-luddiste de conviction, l’homme fut considéré par le FBI comme un «génie» qui aspira deux décennies durant à devenir le «parfait tueur anonyme» engagé dans une campagne d’envoi de colis piégés à des personnes identifiées comme soutenant la société technologique. Sur son site Internet, le bureau fédéral décrit Unabomber comme un «wolf bomber» capable de fabriquer «des bombes indétectables et qui les envoya à des cibles aléatoires, celui qui laissa de faux indices pour tromper les autorités».

La cible d’Unabomber était la société technologique et le progrès découlant de l’industrialisation. C’est pourquoi ses envois de colis piégés concernaient toujours des individus impliqués de près ou de loin dans des activités liées au développement d’une société de service et de technologie. 

Sa première bombe de facture artisanale explosa en 1978 à l’université de Chicago. Elle visait un professeur d’informatique. Une autre fut adressée au propriétaire d’un magasin d’informatique, une autre encore à un généticien ou à un publicitaire, tué dans l’explosion en 1994. En tout c’est dix-sept bombes revendiquées qui feront trois morts et 23 blessés en près de 18 ans. Le mathématicien sera arrêté en 1996. (La vidéo ci-dessous est la première partie d'un documentaire diffusé en cinq parties sur YouTube)

Si Théodore Kaczynski fait parler de lui quinze ans après son arrestation, c’est parce que, comme l’a montré le site VG.no, Anders Behring Breivik s’est très largement inspiré de son ouvrage La Société industrielle et son avenir pour rédiger le manifeste de 1.500 pages dans lequel il explique comment se procurer des armes ou fabriquer des l’explosifs.

Extraits:

«Une des manifestations les plus répandues de la folie de notre monde est le gauchisme, alors une discussion sur la psychologie du gauchisme peut servir d'introduction à la discussion des problèmes de la société moderne en général», peut-on lire dans le manifeste de Kaczynski.

Behring Breivik se contente de modifier «gauchisme» par «multiculturalisme»:

«Une des manifestations les plus répandues de la folie de notre monde est le multiculturalisme, donc une discussion sur la psychologie des multiculturalistes peut servir d'introduction à la discussion sur les problèmes de l'Europe occidentale en général.»

Pour Unabomber –et c’est peut-être là les thèses qui ont séduit le suspect des deux attentats norvégiens–, le progrès technologique conduit à un désastre inéluctable, il faudrait donc un nouveau mouvement révolutionnaire voué à l'éradication de la société technologique.

Un mouvement qui, selon lui, devrait tenir à l'écart les «gauchistes», qu’il assimile à la société moderne. Cela résonne avec la déclaration de Behring Breivik qui revendique froidement «l’usage du terrorisme comme un moyen d’éveiller les masses» et entend lutter contre le multiculturalisme de la société norvégienne.

Que s’est-il passé à Utoya?

L’île d’Utoya est située sur un lac à quelques kilomètres d’Oslo. C’est là qu’avait lieu l’université d’été des jeunes du parti travailliste norvégien au moment de la fusillade qui a fait 85 morts.

La centaine de jeunes présents étaient réunis dans un bâtiment pour évoquer l’attentat d’Oslo qui avait fait sept morts, en début d’après-midi. Les jeunes se disaient «en sécurité sur une île», d’après le témoignage d’un jeune présent. «Personne ne savait que l’enfer allait arriver ici aussi.»

C’est à ce moment-là, apparemment vers 17h, qu’arrive un homme vêtu d’un pull bleu marine sur lequel est inscrit le sigle de la police. Il interpelle les jeunes pour leur dire de se regrouper et de se rapprocher car il a quelque chose d’important à leur dire à propos de l’attentat.

«Venez ici, j'ai des informations importantes, venez ici, il n'y a rien à craindre, je suis de la police», lance-t-il alors à l’adresse des jeunes, selon le témoignage d’une jeune fille de 15 ans interrogées par l’agence NTB et repris par le site du NouvelObs. Il avait «un sac rempli d’armes», raconte au Telegraph Dana Barzingi, un jeune présent au rassemblement des jeunes militants.

Puis c’est la fusillade. Qui durera une demi-heure, selon Aftenposten qui fait état samedi vers 18h de l'avancée de l'interrogatoire du suspect. La police continue à enquêter pour savoir s'il a agi seul. Dana Barzingi raconte:

«Il y avait beaucoup de personnes blessées à terre. J’ai sauvé… j’ai essayé de sauver ceux que je pouvais, mais il y avait des gens pour qui je ne pouvais rien faire.» L’homme tire sur tout le monde, vérifie que les corps à terre sont inertes en leur donnant des coups de pieds et leur tire dessus à nouveau pour s’assurer qu’ils sont bien morts.

Prableen Kaur raconte dans les détails pour Aftenposten ce qu’il s’est alors passé pour elle et quelques-uns de ses camarades. «J’étais dans le bâtiment principal quand j’ai entendu des tirs. Tout le monde a commencé à courir. Ma première pensée a été de me demander “pourquoi la police tire sur nous?” J’ai couru en direction d’une chambre. Tout le monde courait. J’ai finalement réussi à entrer dans la  chambre située à l’arrière du bâtiment principal. Nous étions nombreux à l'intérieur, couchés au sol pendant plusieurs minutes. Nous avons décidé de ne pas bouger puis nous avons entendu plusieurs coups de feu et décidé de sauter par la fenêtre. Ça a été la panique. On s’est tous précipité vers la fenêtre. J’ai été la dernière à sauter (…) Un garçon m’a aidée à me relever puis nous avons couru dans les bois.»

D’autres ne prennent pas le risque de s’échapper, restant couchés sous les lits, comme Emilie Bersaas, 15 ans. «Je me suis cachée sous le lit pendant deux heures puis la police a brisé les vitres et est entrée dans le bâtiment.» Beaucoup de jeunes, comme Prableen Kaur, prennent la fuite à la nage pour éviter d’être la cible du tireur. Anders Behring Breivik tire d’abord sur les jeune encore sur la terre ferme puis commence à prendre pour cible ceux ayant fuit par l’eau.   

Cette photo du suspect a été prise par hélicoptère par le photographe de la radio NRK, Arnesen Marius. Ce n'est que samedi matin qu'il prend connaissance de l'identité de l'homme sur l'image.

 «Je suis entrée dans l’eau pour me mettre à couvert derrière un mur de briques. Nous étions nombreux à cet endroit précis, raconte l’adolescente. J’ai vu plusieurs jeunes dans l’eau. Ils étaient loin du rivage. Certains s’agrippaient à un objet qui flottait à plus d’une centaine de mètres de moi.» Elle parvient jusqu’à eux et est secouru par des plaisanciers venus les aider.

Les autorités arrivent sur place après plus de deux heures d’enfer. Les survivants sont alors accompagnés jusqu’à un hôtel de Sundvollen pour retrouver leurs proches. La police annonce l’arrestation de Anders Behring Breivik sur l’île :

 

L’extrême droite en Norvège

Un tract du Parti du Progrès/Reuters

Jean-Sébastien Lefebvre, en avril 2011, avait fait pour Slate.fr un tour des extrêmes droites en Europe. Voilà ce qu’il écrivait à l’époque sur la Norvège.

Le Parti du Progrès: parti d'extrême droite ou juste populiste libéral? La question fait toujours débat concernant le Parti du Progrès norvégien, deuxième force politique du pays avec 22,9% de voix.

Officiellement, il serait libéral, prônant l'ouverture des frontières commerciales, la baisse des impôts et voulant réduire l'intervention de l'État dans la vie quotidienne. Ce sont ses positions strictes sur l'immigration qui cristallisent les interrogations.

En 1997, le quotidien Libération écrivait à son sujet : «Il glorifie “la famille norvégienne”, prône une “société sans mélange” où “l'argent profite d'abord à la nation et non aux pays du tiers monde”.

Malgré le poids important de la formation dans la vie politique nationale, elle n'a jamais fait partie de coalition gouvernementale, les autres s'y refusant.

La Norvège, société ouverte

Au lendemain des deux attaques qui viennent de frapper le pays, nombre de commentateurs relèvent que c’est une société particulièrement ouverte qui a été visée.

La Norvège est surtout connue pour le comité Nobel, qui délivre notamment le prix Nobel de la paix.

Vendredi, Jorn Madslien, journaliste né à Oslo le rappelait sur BBC News combien la société norvégienne est une société ouverte. Là-bas, les numéros de téléphone sur liste rouge sont extrêmement rares, par exemple. La famille royale se balade tranquillement.

«Pour eux, vivre dans une société ouverte a été non seulement un privilège, mais aussi une déclaration pour le reste du monde; un affichage de la façon dont il est possible de vivre ensemble en paix.»

C'est d'ailleurs le sens de la déclaration du Premier ministre, lors de sa conférence de presse, vendredi soir: 

«Nous allons répondre à la terreur par plus de démocratie, plus d’ouverture et de tolérance.»

La population norvégienne

La Norvège compte 4.937.000 habitants. Selon l’organisme de statistiques norvégien, la population immigrée ou née d’immigrés a augmenté de 48.600 en 2010, passant désormais à 600.900, soit 12,2% de la population totale au 1er janvier 2011. Il s’agit principalement de Polonais, Suédois, Allemands et Irakiens.

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