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L'Europe étale ses divisions

Daniel Vernet, mis à jour le 21.04.2009 à 16 h 31

Une fois encore, la diplomatie européenne a donné un triste spectacle.

C'est triste à dire mais l'Union européenne devrait remercier Mahmoud Ahmadinejad. Sans l'agression verbale - «intolérable», a dit Nicolas Sarkozy --, du président iranien contre Israël, accusé d'avoir un «gouvernement raciste», les Vingt-sept auraient manifesté leurs divisions à propos de la Conférence sur le racisme, dite «Durban II», qui s'est ouverte lundi 20 avril à Genève.

A la veille de la réunion, les pays membres de l'UE avaient été incapables de définir une position commune. Mécontents du projet de résolution finale qui mettait déjà en cause l'Etat hébreu par une référence aux conclusions de Durban I, en 2001, certains, comme l'Italie, l'Allemagne, les Pays-Bas et la Pologne, avaient décidé de boycotter la conférence de Genève, suivant en cela la position des Etats-Unis. D'autres, comme les Français et les Britanniques, étaient d'avis que la politique de la chaise vide était contre-productive mais ils étaient déterminés à ne pas cautionner par leur présence des attaques inadmissibles. Il était prévisible qu'Ahmadinedjad ne pourrait pas se retenir de se lancer dans une de ces philippiques antisionistes aux forts relents antisémites dont il a le secret et donc que tous les représentants européens seraient amenés à quitter la salle. Le geste est-il plus significatif que le boycottage préconisé par les Italiens et les Allemands ? Ce n'est pas sûr.

Deux choses sont en tous cas certaines. D'une part, l'UE aurait pu éviter de donner le triste spectacle de sa division, alors que sur le fond les positions des Vingt-sept étaient très proches. Comment être crédible en parlant de politique étrangère commune quand on n'est pas capable de s'entendre sur la tactique à propos d'une question qui ne souffre guère de polémiques ? Alors que Duban I s'était transformé en tribunal contre Israël, «les lignes rouges de l'Union européenne n'avaient pas été dépassées» dans la préparation de Durban II, avait déclaré Benita Ferrero-Waldner, commissaire européenne chargée des relations extérieures.

D'autre part, les Nations unies montrent une fois encore qu'elles ne peuvent être le lieu d'une discussion sereine et sérieuse sur le racisme et les droits de l'homme. Ceux qui attendaient beaucoup du Conseil des droits de l'homme, successeur de la Commission du même nom, parce que les procédures avaient été changées au détriment des régimes autocratiques et liberticides, en sont pour leur frais.

Que Cuba ou la Lybie soient amenés à donner leur avis sur la liberté d'expression, voire qu'ils soient appelés à présider un Conseil des droits de l'homme, sont des aberrations dont le caractère scandaleux se vérifie chaque jour. L'art de la diplomatie est de parler avec tout le monde, même et surtout avec ceux avec qui on n'est pas d'accord, comme le répète à l'envi Barack Obama, mais il y a des lieux pour cela. Les Nations unies en sont un. En revanche, il est irresponsable de confier la surveillance des droits de l'homme à des dictatures. Pour paraphraser un proverbe polonais, c'est comme parler de couleurs à un aveugle. La leçon de Genève ne sera peut-être pas perdue.

Daniel Vernet

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