Economie

Sauver la Grèce -> sauver l’euro -> sauver l’Eurozone

Eric Le Boucher, mis à jour le 21.07.2011 à 9 h 55

Le plan que doivent décider ce jeudi les Européens doit calmer les marchés sans coûter trop cher aux contribuables et aux investisseurs financiers et arrêter la contagion aux autres pays. Une triple mission impossible?

Darren Staples / Reuters

Darren Staples / Reuters

Dure, dure, dure: la négociation sur le plan de sauvetage de la Grèce et ses implications entre les Européens va perdurer longtemps, jusqu’à la dernière minute jeudi 21 juillet. Trouveront-ils un accord satisfaisant qui calme les marchés sans coûter trop cher aux contribuables et aux investisseurs financiers? Sauront-il arrêter la contagion aux autres pays? Les dirigeants politiques de la zone euro doivent parvenir à cette quadrature du cercle.

Pour avoir tant tardé, depuis 18 mois, à sortir la Grèce de ses difficultés, les Européens ont considérablement renforcé le scepticisme des marchés. A force d’indécision, dont Angela Merkel porte une part lourde, la crise s’est propagée au Portugal, aujourd’hui à l’Italie, et forcément l’Espagne. Avec l’Irlande, affectée de son côté par l’impéritie de ses banquiers et de son gouvernement, la crise des dettes affecte un quart de l’Europe, c’est à dire l’Europe toute entière.

L’euro n’est pas menacé dans son existence. Mais sa crédibilité est en jeu, une partie de la zone monétaire pourrait faire défaut voire être conduite à une sortie et une part du système bancaire européen serait dans ce cas en péril (encore une fois l’exercice des stress test aura été une mascarade puisqu’on n’a pas pris en compte une restructuration grecque).

Problème politique, solution technique

On peut se rassurer et se dire que le dollar n’est pas en meilleure posture, tant l’Amérique a des déficits pires. Mais la première puissance mondiale apparaitra toujours plus solide qu’une composition bancale de 17 pays désunis politiquement et incapables de faire jouer la solidarité élémentaire. L’heure est donc grave, les marchés le savent, les hommes et femmes politiques aussi, on l’espère.

Comment sortir de la crise? Le problème est politique et simple à exposer: quelle solidarité existe-t-il entre les Européens? Mais la réponse est technique. Il faut imaginer des systèmes de sauvetage qui préservent les intérêts de tous, au mieux. Il faut aussi faire attention aux symboles: par exemple la solution française de rallonger les durées des emprunts grecs a été qualifié par l’agence Standard & Poors de «défaut partiel».

En clair, il s’agit d’une restructuration qui force, du coup, les banques à «déclasser» encore les emprunts grecs et donc dévalorise tous les bilans qui en comptent encore. C’est descendre d’un cran dans la crise. Il faut enfin et surtout bloquer la contagion de la Grèce aux autres pays surendettés.

D’une façon ou d’une autre, en évitant une déclassification de la Grèce (et des autres pays par effet domino), le deuxième plan grec prévoira, en premier, un allongement de la durée des prêts et une baisse des taux d’intérêt. Cela pourrait passer par  l’implication du EFSF, le Fonds européen de stabilité, emprunteur public pan-européen, créé  pour apporter des liquidités aux pays en crise en plus du FMI. Le EFSF pourrait racheter des dettes grecques et alléger ainsi le fardeau d’Athènes. La banque centrale européenne pourrait être aussi sollicitée, elle l’a déjà été.

Un pare-feu XXXL

Deuxième pilier de la négociation, selon Laurence Boone, économiste en chef européenne de Bank of America Merrill Lynch: le type et la hauteur de la participation des investisseurs privés (les banques pour faire court) au plan de sauvetage. Il pourrait s’agir d’une taxe sur les banques de 10 milliards d’euros par an. Une taxe évite de passer par le «défaut partiel» et la déclassification.

Autre pilier du temple grec: l’aide aux banques helléniques. Elles détiennent en effet quelques 65 milliards de dettes de leur propre pays, lesquelles sont dévalorisées de 50% voire 75%. Beaucoup sont menacées de faillite.

Ensuite, une fois réglé le cas grec, il faut traiter le problème de la contagion. La réunion de jeudi doit mettre en place un pare-feu assez haut et large pour être crédible. Là encore le EFSF pourrait être l’instrument. Mais riche potentiellement de 500 milliards d’euros, il faudrait sans doute le doter encore d’autant, voire de tripler ses capacités d’emprunts.

La dette de l’Italie se monte à 1.800 milliards d’euros, cela donne une idée des montants en jeu. Il faudra sans doute aussi que la BCE soit sur le pied de guerre pour défendre les autres pays en cas de doute. Il faudra enfin, nécessairement, prévoir que le soutien aux banques grecques soit élargi à d’autres, de nationalités variées.

Tout cela fait lourd: si un «instrument» rachète une dette et que celle ci est dévalorisée, il faut comprendre que le mécanisme en question ne retrouvera jamais ses sous. Le EFSF pourrait ainsi supporter une dette mais c’est in fine le contribuable européen qui la porte. Cela fait lourd aussi politiquement: ce plan de sauvetage devra-t-il être voté par les parlements et lesquels? Ces votes risquent-ils de mettre en péril tout l’édifice ?

Et on revient à la politique: ces sacrifices demandés aux peuples ne vont-ils pas les conduire à la révolte? Le salaire réel a reculé de 10% sur un an en Grèce, de 4% en Espagne, de plus de 2% au Portugal, de 1% en Italie, a calculé Patrick Artus, économiste en chef de Natixis. L'emploi a baissé de 5% en un an en Grèce, de 2% en Espagne. Il poursuit: «La croissance dans ces pays est violemment affectée par les programmes de rigueur budgétaire et par les hausses de taux d'intérêt des crédits aux ménages et aux entreprises.

La croissance sur un an est de -5% en Grèce, de 0% à peu près au Portugal et en Irlande, de moins de 1% en Espagne et en Italie». Patrick Artus pointe la déficience fondamentale de la zone euro: « permettre qu'aient la même monnaie des pays ayant des économies très différentes, en particulier certains ayant des économies industrielles et des excédents extérieurs, d'autres ayant des économies de services non exportables et des déficits extérieurs».

La réunion de jeudi s’inscrit dans l’urgence. Mais ensuite, pour crédibiliser vraiment la zone euro post-crise, l’euro 2.0,  il faudra répondre à cette équation.

Eric Le Boucher

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Cofondateur de Slate.fr
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