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Foot: quand je serai grand, je serai coach

Aurélien Le Genissel, mis à jour le 02.08.2011 à 17 h 55

Les entraîneurs sont-ils en train de voler la vedette aux joueurs?

Pep Guardiola et José Mourinho, lors de Barcelone-Madrid en novembre 2010. REUTE

Pep Guardiola et José Mourinho, lors de Barcelone-Madrid en novembre 2010. REUTERS/Gustau Nacarino

Il fut un temps où le foot était simplement une question de joueurs, d’équipe et de buts. Mais depuis quelques années, les vraies stars se trouvent en dehors du terrain, du côté du banc ou des bureaux. Et on ne parle évidemment pas de Raymond Domenech… José Mourinho à Chelsea, l’Inter ou au Real Madrid, Josep Guardiola à Barcelone ou Alex Ferguson à Manchester United sont devenus les vraies idoles des plus jeunes qui pourraient bien changer l’éternel «Papa, quand je serai grand je veux être footballeur» par le moins fatigant et tout aussi rentable «quand je serai grand je veux être manager».

Mourinho, l’exemple

S’il est vrai qu’il y avait déjà des entraineurs médiatiques et colériques avant lui (Johan Cruyff, Arrigo Sacchi, Fabio Capello…), José Mourinho est sûrement l’exemple paradigmatique de cette mainmise des entraineurs sur l’univers médiatique du foot contemporain. L’entraineur portugais a compris dès le début comment fonctionne le système et a décidé que la meilleure manière de se faire une place était d’attirer sur lui tous les flashs et les caméras. C’est ce qu’il a fait à Chelsea, l’Inter et maintenant au Real.

Ses défenseurs disent que c’est sa manière de protéger les joueurs (qui, il est vrai, sont toujours à ses côtés) tandis que ses détracteurs pensent que c’est une tactique de déstabilisation de ses adversaires. Quoi qu’il en soit, le résultat est indiscutable. Vainqueur de la Ligue des Champions avec Porto et l’Inter, champion de la Premier League et de la Série A, la trajectoire de Mourinho est presque parfaite. Mais, plus important encore, l’entraineur portugais est la seule et vraie star des clubs qu’il dirige. Que ce soit Drogba, Lampard, Eto’o, Sneijder, Deco ou Cristiano Ronaldo qui jouent, ce sera toujours «l’équipe de Mourinho».

Il suffit de se souvenir des supporters de Liverpool et surtout du Barça qui, lors des affrontements entre les deux équipes, ne cessaient de rappeler à Mourinho son passé de traducteur et son goût pour le théâtre… en oubliant l’équipe adverse. Comme s’il s’agissait d’un joueur médiatique de plus, l’entraîneur est même devenu l’une des stars de la dernière pub Adidas aux côtés de Kaká, Berbatov, Nani, van Persie... et Leo Messi.

Il est aussi l’image de la banque portugaise Millennium (avec le slogan «je ne suis pas le meilleur mais personne n’est meilleur que moi»), d’une marque de montres de luxe, fait la couverture de magazines tendances et a sa propre tablette, appelée Mourinho Tactical Board Tablet. Sa fameuse question rhétorique «¿Por qué?» est devenue un vrai buzz avec ses inévitables parodies et a même servi pour la campagne d’abonnement du Séville F.C.

Guardiola, la force tranquille

Que fait Josep Guardiola dans un article sur les entraineurs médiatiques et/ou autoritaires? Lui qui essaye toujours de s’éclipser derrière ses joueurs et qui ne cesse de les remercier comme s’il n’avait rien à voir dans les succès du Barça. Ne nous y trompons pas, cette fausse modestie cache en fait une figure paternelle qui est devenue indispensable chez les blaugranas. Les joueurs ne cessent de répéter que tout ce qui arrive est dû au travail de Guardiola.

A Barcelone, Pep est devenu un mythe et tout le monde est disposé à vendre les plus grands joueurs (même Messi) si cela permet de garder Guardiola. Sa rénovation annuelle (il a décidé de ne faire que des contrats d’un an) est devenue une affaire d’Etat au Barça où elle se fête comme s’il s’agissait du recrutement d’une star. Une preuve de son pouvoir? Il ne voulait pas de Ronaldinho et Ronaldinho est parti. Il ne voulait pas d’Eto’o et celui-ci a été vendu à l’Inter (un an après). Il s’est trompé avec Ibrahimović et le Suédois à quitté le Camp Nou quelques mois après son arrivée, malgré le naufrage économique que cela a représenté.

A Barcelone, il fait la pluie et le beau temps. A tel point que beaucoup de merengues sont convaincus que le cycle du Barça durera exactement le même nombre d’années que Guardiola y restera entraineur. La presse aussi l’a remarqué qui, au moment de choisir un nom pour qualifier les héritiers de la fameuse Dream Team des années 90, n’a rien trouvé de mieux (et de plus juste) que la Pep Team. Tout est dit.

Ferguson, la référence

C’est un peu ce qui se passe aussi depuis 30 ans à Manchester United: les joueurs passent mais l’entraineur, Alex Ferguson (référence de Guardiola), reste. Si l’on pense à M.U, le premier nom qui vient à l’esprit n’est pas celui de Cantona ou de Beckham mais celui d’Alex Ferguson. D’ailleurs, là encore, c’est lui qui fait et défait les renommées. On se souvient de son affrontement avec David Beckham, qui avait fini avec des points de suture sur le sourcil du joueur anglais, ou de son veto à la vente de Ronaldo en 2008.

Cantona, Beckham, Ronaldo, Nani et Rooney doivent beaucoup au flair et à la confiance que leur a toujours accordée l’entraineur écossais. Gary Neville, Ryan Giggs ou Paul Scholes en savent quelque chose. Ferguson est une institution à Manchester et nombre d’entraineurs (Mourinho, Benítez, Wenger…) s’est construite en affrontant, dialectiquement et sportivement, ce mythe.

Villa Boas, la nouvelle promesse

Vous ne savez pas qui est André Villas-Boas? Vous le saurez bientôt. Le Chelsea de Roman Abramovitch vient en effet de payer 15 millions d’euros à Porto (le montant de sa clause libératoire) pour s’offrir les services de celui que l’on nomme déjà «The Special Two», en référence à sa condition d’héritier et de successeur de Mourinho. En effet, Villa-Boas avait été l'assistant de celui-ci à Chelsea entre 2004 et 2007, puis à l'Inter de Milan en 2008 avant de tenter sa chance en solitaire.

Comme son mentor avant lui, son excellent travail à Porto cette année lui a valu d’avoir sa chance à Chelsea. Une ressemblance qui va jusqu’aux luxueux costards qu’il porte et qui semblent être un autre élément indispensable du fashion-entraineur d’aujourd’hui. La guerre entre Mourinho et Guardiola s’étend d’ailleurs sur ce terrain-là aussi. Mais Roberto Mancini, Joachim Low, Michael Laudrup ou Laurent Blanc montrent bien qu’il faut désormais, comme toute bonne star, se soucier aussi de son image.

Le montant du recrutement de Villas Boas est comparable à celui des très bons joueurs et cela fait de lui l’entraineur le plus cher de l’histoire. Preuve, s’il en fallait une, que les entraineurs ont la côte et qu’il ne suffit plus d’avoir une équipe étincelante: il faut aussi un coach charismatique qui gère le groupe.

L’effet Domenech

Et ce n’est pas en France que l’on dira le contraire. Après l’affligeante affaire du bus en Afrique du Sud, et l’absence de leadership qu’elle a laissé transparaitre, l’importance de l’entraineur est dans tous les esprits. A commencer par Laurent Blanc qui était présenté à l’époque comme le sauveur du moment et le seul capable de reprendre les choses en main.

Même discours du côté de l’OM où Deschamps a gagné la bataille face à Jean-Claude Dassier. Mais qu’en est-il de l’effectif qui, au bout du compte, est celui qui gagne ou perd les matchs?

Les bilans d’Arsène Wenger ou de Gérard Houllier sont appréciés en Angleterre. Et même le mythe Zidane a décidé de se lancer dans l’aventure en devenant le nouveau directeur sportif du Real Madrid. A un moment où la France ne compte pas vraiment de star qui fasse rêver sur les terrains, c’est peut-être du côté des bancs et des bureaux qu’il faut se tourner pour trouver les nouvelles idoles du ballon rond.

Aurélien Le Genissel

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Aurélien Le Genissel (64 articles)
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