Economie

Crise grecque: panique partout, gouvernance nulle part

Gérard Horny, mis à jour le 19.07.2011 à 8 h 34

Le fait marquant de la crise grecque est l’incapacité des responsables politiques à y mettre un terme rapidement.

Dans une serre à serpents, en Chine. Aly Song / Reuters

Dans une serre à serpents, en Chine. Aly Song / Reuters

Les dirigeants européens étalent leurs divisions, la crise gagne en intensité et même des pays réputés puissants et membres du G7 sont sur la sellette: c’est le cas de l’Italie, très endettée certes, mais solvable, et des Etats-Unis, largement déficitaires aujourd’hui, mais toujours première puissance économique mondiale, qui butent sur un problème mineur de plafond légal de la dette. L’inquiétude gagne tous les marchés, et pas seulement en Europe. Dans l’opinion publique, c’est l’incompréhension. Au-delà des aspects techniques des problèmes, c’est l’apparente impuissance des gouvernants face aux diktats des marchés financiers et des agences de notation qui choque le plus: comment en est-on arrivé là, pourquoi ne font-ils rien?

Cette accusation est à la fois justifiée et injuste. Justifiée, puisque, face au chaos, les électeurs sont en droit de se retourner contre les élus. Injuste, car il est manifeste que les gouvernants travaillent activement à trouver des solutions. Mais les Européens se moquent bien de savoir quels efforts sont déployés, ils veulent des résultats. Et ils sont déçus.

Pas de solution rapide

Manifestement, la crise grecque et ses suites ne faisaient pas partie des scénarios envisagés. Des problèmes étaient attendus: depuis sa création, l’euro est l’objet de vives critiques, les risques d’éclatement de l’union monétaire ont été maintes fois décrits. Mais la façon dont les événements se déroulent sous nos yeux n’avait pas été prévue. Le remède est nécessairement complexe, car il ne s’agit plus seulement de prêter de l’argent à court terme à la Grèce, de l’aider à traverser un mauvais passage : il faut assurer sa stabilité financière à un horizon de plusieurs années et prévoir des mécanismes suffisamment solides pour que la stabilité d’ensemble de la zone euro soit également assurée.

Ces mécanismes ne sont pas purement techniques, ils ont un contenu fort, car ils créent entre les pays membres de la zone euro des liens qui n’existaient pas auparavant. Peut-on imaginer que des hommes politiques responsables puissent adopter de telles mesures sans avoir pris le temps de la réflexion et sans avoir pris le pouls de leur opinion publique.

Tous les Européens, du moins ceux de la zone euro, sont-ils prêts à aller vers une Europe plus solidaire? Les dirigeants politiques eux-mêmes sont-ils prêts à abandonner certaines de leurs prérogatives à des instances collégiales et à se plier à  des règles communes? Si nous étions Allemands et si nous avions le sentiment que nos voisins européens comptent profiter de notre richesse, serions-nous aussi prompts à vouloir aider la Grèce? Le simple libellé de ces questions montre que la réponse ne va pas de soi.

Un monde imprévisible

Mais ce qui se passe sur les marchés financiers en ce moment n’est qu’une illustration d’un phénomène plus large: la science, la technique et la finance unissent leurs effets pour transformer le monde à une vitesse sans précédent. Le thème à la mode est la gouvernance mondiale. Mais qui gouverne quoi?

Reprenons les événements récents. Qui, après la chute de Lehman Brothers en septembre 2008 et la crise financière qui a suivi, pouvait penser que les marchés et les agences de notation mettraient les Etats européens à genoux à peine trois ans plus tard? D’autres phénomènes plus énormes encore n’avaient pas été prévus. Lorsque, à la fin des années 70, après la mort de Mao, Deng Xiaoping a lancé la Chine sur le chemin de la croissance économique et de l’ouverture au monde, avait-il la moindre idée de ce que serait le monde en 2011?

Au début, tout ce que la Chine exportait, c’était du pétrole et des textiles. Quand, à partir de 1979, elle a commencé à s’ouvrir aux investissements étrangers, cela n’a pas été la ruée. Qui pensait que trente ans après, elle serait l’atelier du monde et le premier créancier des Etats-Unis? Qui aurait pu penser que le Parti communiste chinois serait un jour perçu par les grands industriels occidentaux comme leur meilleur allié dans la course aux profits, en leur apportent à la fois une main d’œuvre bon marché et une bourgeoisie naissante avide de consommer?

Et que dire des bouleversements introduits par Internet, la téléphonie mobile et les réseaux sociaux, de ces jeunes entrepreneurs milliardaires avant d’avoir trente ans bouleversant toutes les hiérarchies et toutes les façons anciennes d’informer et de communiquer? Partout, les vieux schémas craquent et les politiques n’ont qu’on mot à la bouche: il faut s’adapter. Il ne s’agit plus pour eux de définir des objectifs pour leur pays et de travailler à les atteindre. La seule perspective offerte est de tenter de rester dans la course et de suivre un mouvement que personne ne maîtrise. Pas de quoi enthousiasmer les foules!

Les démocraties à l’épreuve

Les conséquences en sont immenses sur le fonctionnement de nos démocraties, car les électeurs sentent plus ou moins confusément que leurs dirigeants ne dirigent plus grand-chose. Ils ont vu en France ce que valaient les promesses de celui qui se présentait comme le Président du pouvoir d’achat. Pour les plus entreprenants, ce monde mouvant où aucune position n’est acquise est vu avec une certaine excitation, car il offre des opportunités exceptionnelles. Mais, pour la majorité de la population, c’est le sentiment d’insécurité qui l’emporte. Et, quand les partis politiques classiques ne semblent plus en mesure d’offrir des perspectives claires, la tentation est forte de se tourner vers les partis populistes, qui promettent le retour à l’ordre établi et la défense des intérêts nationaux. Quand le monde devient menaçant, la politique de l’autruche exerce une certaine séduction.

Faut-il se résigner au chaos, à l’imprévisible, au risque d’une tornade au Texas provoquée par le battement d’ailes d’un papillon au Brésil? Evidemment non et, plutôt que le repli sur soi, la recherche d’une meilleure gouvernance mondiale semble nettement préférable, même si l’on ne nourrit pas d’illusions excessives.

En attendant que des progrès sérieux aient été accomplis sur cette voie, les gouvernements vont devoir continuer à feindre d’organiser des événements qui les dépassent. A défaut de tornades, on risque de connaître d’autres bourrasques.

Gérard Horny

Gérard Horny
Gérard Horny (300 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte