Economie

Ce que veulent les banques? Que font-elles? Pourquoi écoutent-elles les agences de notation?

Stéphanie Villers, mis à jour le 15.07.2011 à 16 h 46

Quatre questions sur les les banques européennes, en première ligne dans le sauvetage (ou pas) de Grèce et de la zone euro...

REUTERS/Mario Anzuoni

REUTERS/Mario Anzuoni

Après une décennie «d’exubérance irrationnelle», voici venu le temps de la frilosité incontrôlée  des marchés. Les traders et autres gestionnaires passent d’un extrême à l’autre avec toujours en toile de fond, l’espoir de se faire un maximum d’argent. Les politiques tergiversent devant l’évidence:  l’aide des banques est indispensable pour sauver la Grèce.

Le système bancaire le sait bien, mais tente à tout prix d’éviter de passer à la caisse. Sa participation pour le second plan de sauvetage signifie peut-être la fin de la crise mais surtout une entaille sur ses bénéfices et sur ses primes. Alors les marchés et les banques sont à la lutte pour défendre leurs intérêts, partant du principe qu’ils ne font pas de politique. 

Ce que veulent les banques? Ne pas payer

Pourtant, les banques ont les moyens d’aider la Grèce à s’en sortir. Les grandes banques internationales peuvent supporter une partie du renflouement de la Grèce sans être mises au tapis. D’après la Banque des Règlements Internationaux (BRI), les banques françaises et allemandes, celles qui sont les plus exposées sur la dette grecque, détenaient à fin 2010 respectivement 14,9 milliards de dollars et 22,7 milliards de dollars. Il semble que la Société Générale soit exposée à hauteur de 2,5 milliards sur la dette souveraine et BNP Paribas à 5 milliards d’euros. Il faudrait maintenant que les gouvernements européens soient capables de définir les contours de l’aide du secteur privé avant que tout ne parte à  vau – l’eau.

Pourquoi? Le système bancaire et financier déteste par-dessus tout l’incertitude. Il a besoin d’un environnement clair. Et de mémoire de banquier, on n’avait jamais connu ou envisagé le défaut d’un Etat européen. On a tous entendu parler du défaut de l’emprunt russe au début du siècle dernier, c’est tout. Pour autant, rappelons que les intérêts perçus rémunèrent le risque encouru. C’est parce qu’il y a toujours un risque de défaut, aussi infime soit-il, que les prêts sont en partie rémunérés.

Alors, maintenant avec ce changement de décor, les banques se rebiffent. Quoi de plus normal! Mais, il faudrait que les politiques arrêtent de les craindre. Un expert de marché avouait sous le sceau de la confidence qu’en tant que financier, il ne pouvait accepter la nécessité de faire appel aux banques mais qu’en tant que citoyen européen, il la comprenait bien. Alors après la mauvaise humeur, les banques sauront faire face et assumer leurs risques et les marchés sauront se calmer si le message est clair et les mesures soutenables.

Ce que font les banques? Laisser craindre le pire pour éviter de payer

Mais, pour l’heure, la menace gronde. La pression des banques est de plus en plus audible avec en tête leur ardent défenseur, Jean-Claude Trichet. Selon ce dernier, l’implication du secteur privé dans le plan de sauvetage de la Grèce risque d’entraîner de lourdes pertes pour les banques, en particulier les plus vulnérables, les banques grecques, irlandaises, espagnoles, etc.  Le lobby bancaire n’hésite pas à mettre ces cibles sur le devant de la scène pour cacher toutes les autres, les grandes banques internationales qui ont les moyens de supporter le choc.  Et le président de la BCE de brandir invariablement le spectre de la contagion incontrôlable.

Mais la contagion a déjà eu lieu au sein des pays de la zone euro. Les déboires de la Grèce se propagent. La foudre est déjà tombée sur le Portugal, l’Espagne, l’Irlande et maintenant l’Italie. Demander aux Etats membres de s’endetter davantage pour garantir la pérennité de l’euro et la survie économique de la Grèce n’est certainement plus la solution, à moins que les arbres montent jusqu’au ciel et avec eux l’endettement public. On l’aura compris aussi: l’Allemagne ne veut plus de cette issue. La plupart des Etats membres se doit de réduire ses dépenses pour éviter la banqueroute. Et ce sont les marchés eux-mêmes qui remettent en cause l’endettement démesuré des Etats.

Pourquoi les banques écoutent-elles les agences de notation? Pour appliquer leurs règles prudentielles

Alors pourquoi les marchés cèdent-ils à la panique dès qu’une agence de notation dégrade la note d’un Etat? Parce que les investisseurs institutionnels, banques et autres sont réglementairement contraints par les notes données par ces agences. Explication: la réglementation bancaire ou celle des assurances se base sur les analyses des agences de notation pour fixer les règles prudentielles. Comprenez que l’objet social d’une banque ou d’une mutuelle est de garantir les dépôts de leurs clients ou de les couvrir contre leurs risques et non pas de jouer sur les marchés. Ainsi, par exemple, les assurances ou les mutuelles se doivent d’investir la quasi-totalité de leurs actifs en dettes d’Etat à la notation supérieure à A pour leur assurer de pouvoir faire face à leurs engagements vis-à-vis de leurs clients.

Ce qui change pour les banques? Retrouver un univers d’investissement incertain

Or, jusqu’à présent et pendant plus de 10 ans, les agences de notation ont considéré les pays de l’Union Economique et Monétaire comme une zone sans risque et un havre de paix pour tout investisseur. Chaque Etat membre empruntait sur le marché à des taux proches du taux allemand qui reste la référence pour tous. Les taux convergeaient invariablement vers le Bund. Aujourd’hui tous les investisseurs, clients de banques ou banques elles-mêmes s’aperçoivent que dans leur portefeuille dit non risqué, se développe toute une partie d’actifs de plus en plus à risque. Rendez-vous compte de la panique ou du désarroi. Ces investisseurs de long terme ne sont plus garantis sur une partie de leurs placements.

Les banques doivent donc faire face pour elles et pour leurs clients à un changement radical d’environnement. Elles doivent passer d’un univers quasi certain à un univers incertain.  Mais, elles ont déjà connu ce cadre d’investissement. Avant l’avènement de l’euro, les banques jonglaient déjà entre les différences de taux d’intérêt en Europe qui reflétaient les différences de qualité de signatures. Ce n’est donc qu’un retour en arrière, dans un monde certes plus volatil mais pas totalement inconnu.

Stéphanie Villers

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