Monde

Fourrure et LOLcats, ennemis de la croissance économique

Simon Doonan, mis à jour le 17.07.2011 à 10 h 24

Des poils qui risquent de détruire l'économie américaine.

Hong-Kong Fashion Week Automne-Hiver 2011, REUTERS/Bobby Yip

Hong-Kong Fashion Week Automne-Hiver 2011, REUTERS/Bobby Yip

Les hommes d'affaires américains sont en train de succomber à une nouvelle addiction, indécente, incompréhensible et annihilant tout espoir de reprise économique. Le pays a beau s'acheminer vers un avenir encore incertain, voilà que nos grands manitous se scotchent devant leurs ordinateurs, captivés qu'ils sont par des clips de bébés hippopotames aux yeux écarquillés, de tous petits ouistitis, et de bébés pingouins trébuchant sur la banquise. Et ils se bidonnent. (J'y reviens tout de suite).

Quant à vous, femme ordinaire de la rue, cet automne sera la saison d'un genre de «Choix de Sophie». Préparez-vous. Ça ne va pas être facile. Deux tendances prodigieusement discordantes s'apprêtent à dominer la mode et son paysage apocalyptique. L'une est sauvage*. L'autre est adorable, et impliquera occasionnellement les gros yeux de bébés hippopotames.

Mais attention aux graves indigestions si vous cherchez à suivre les deux mouvements. Vous devez absolument choisir l'un, au détriment de l'autre.

A ma droite, nous avons –roulements de tambour!- la FOURRURE. Parfaitement, le mot interdit. Les premières pièces des collections de rentrée commencent à arriver dans les magasins, et on se croirait dans une scène de Conan le Barbare. (Vous vous souvenez de l'encore plus kitch Kalidor, la légende du talisman, avec Brigitte Nielsen?) Je l'avais bien senti venir.

Ces derniers temps, les épaules des habituées des fashion-weeks s'étaient littéralement tapissées de fourrure. Même les bobos végétariennes s'y étaient mises avec leurs énormes vestes en poils de chèvre dans lesquelles elles ressemblaient à des muppets. Et puis –paf!– la micro-tendance a quitté les premiers rangs des défilés pour prendre une ampleur planétaire. Elle a même touché les jumelles Olsen – avec leur ligne de vêtements The Row – toutes en fourrure cet automne, et prêtes à en découdre.

Personnellement, cette tendance fera sans moi. J'ai récemment essayé un vison qui m'arrivait aux pieds et ce n'était pas beau à voir. J'avais l'air du fils infernal de Liberace et d'Hervé Villechaize.

Le manteau de fourrure en question – un vison du début des années 1980, très Dynasty avec ses énormes épaulettes de rugbyman – appartient à ma belle-mère, que je surnomme Mommie, histoire d’embarrasser tous les êtres dotés d'oreilles et se trouvant à portée de voix, à commencer  par Mommie elle-même.

Cette pièce qui faisait tourner pas mal de têtes à l'époque, aujourd'hui tragiquement démodée, prenait trop de place dans les placards de Mommie. Mommie avait hâte de s'en débarrasser ou de la remettre au goût du jour, et avait même menacé de le raccourcir toute seule  avec ses fidèles ciseaux à viande rouillés. Vilaine Mommie!

A un moment, l'idée de libérer Mommie du manteau sus-cité et de le porter moi-même m'a amusé, ne serait-ce que pour l'épargner de ses griffes meurtrières. Mais après avoir compris qu'il n'était pas fait pour moi – en plus de m'aller affreusement mal, j'ai eu des visions de militants de la PETA me déchiquetant à coups de ciseaux à viande – j'ai réussi à la persuader de l'emmener chez Saks, où il subit actuellement la rénovation complète qui le remettra pile-poil d’aplomb pour le prochain festival de la fourrure.

Quid de l'autre tendance?

A 180° de l'imminente kermesse de la pelisse, même si elle y est liée de la pire des façons, voici la mode du chaton-cromimi-en-vidéo. Plus personne au travail, apparemment, ne perd son temps sur des sites porno ou people.

A travers le pays, tous les travailleurs sont collés à leurs écrans où passent des vidéos Youtube de hamsters faisant bisou à des tortues géantes, ou de pandas donnant la tétée à des lamas orphelins. Entrez dans n'importe quel bureau, et vous trouverez une tripotée d'employés rivés sur leurs écrans et glapissant à la bonne blague qu'un singe-araignée est en train de jouer à son meilleur copain le cochon d'Inde. Les chiots ont remplacé le porno, Cuteoverload.com a détrôné Perez Hilton.

Et le sexting? C'est ringard depuis janvier dernier! Anthony Weiner aurait dû démissionner, pas tant pour avoir envoyé des textos de son slip, mais tout simplement parce qu'il était monstrueusement démodé!

Au bon vieux temps, il n'y avait que les vieilles dames pour s'extasier devant un chaton faisant mumuse avec une pelote de laine. Aujourd'hui, ce sont les grosses légumes de Wall Street aux narines pleines de coke! Cette manie soudaine des gars de la finance pour le kromeugnon a évidemment de sombre origines. Voici ma théorie: ces dernières années, le porno s'est chopé une forme très grave d'alopécie.

Tolérance zéro pour les poils des «acteurs» et «actrices». La touffe a été mise à l'index. Et puis l'inévitable est arrivé: les bourreaux des cœurs – ceux-là mêmes qui se servent du porno pour «déstresser» – ont commencé à se languir des poils, des toisons, de la fourrure. Et voilà*! D'où les wombats mélancoliques et le bébé oryctérope déjanté!

Si vous subissez actuellement l'emprise de ce phénomène cucul, et que vous avez une vidéo que vous aimeriez partager, merci de la mentionner dans les commentaires pour que les autres membres passifs de l’association nationale de la procrastination gâchent de nombreuses heures productives à s'en délecter.

* en français dans le texte

Simon Doonan  

traduit par Peggy Sastre



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