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Pourquoi Copains d'avant devance Facebook en France

Vincent Glad, mis à jour le 07.07.2009 à 11 h 36

Le site bien de chez nous a plus d'utilisateurs que celui de l'Américain.

Copains d'avant peut remercier la presse régionale. Si l'on en croit Google News, archiviste méticuleux des sites d'information, au cours du dernier mois, le réseau social qui permet de retrouver ses amis d'enfance n'a bénéficié que de deux articles dans la presse française. Dans deux quotidiens régionaux.

Une présence médiatique qui a permis au site détenu par le groupe français Benchmark de toucher un public potentiel de 3.200 personnes. Un coup modeste avec une petite parution dans «Paris-Normandie» pour la rubrique Sainte-Marie-au-Bosc, du nom de ce village de 200 habitants. Et un gros coup avec un long reportage dans «Var-Matin» dans la page consacrée à Carnoules, bourgade de 3.000 habitants.

L'article, consacré aux retrouvailles entre anciens du collège local, est laudatif: «C'est autour d'un excellent repas, et dans une ambiance bon enfant que, jusqu'à une heure avancée de la soirée, les anecdotes (souvent cocasses) et les bonnes blagues ont été évoquées». Pas sûr toutefois que l'impact ait été aussi fort qu'en décembre dernier, quand «Envoyé Spécial», l'émission de France 2, a consacré un reportage entier à son grand concurrent Facebook.

En plus de ce prime time sur France 2 qui a boosté l'audience du site, le réseau social américain profite d'une énorme couverture médiatique. Toujours selon Google News, lors du dernier mois, plusieurs centaines d'articles ont été consacrés à Facebook dans la presse française. Dont une cinquantaine d'articles rien que pour annoncer le 5ème anniversaire du site le 3 février.

Malgré ce combat médiatique asymétrique, Copains d'avant reste le premier réseau social français (si l'on excepte la plateforme de blog Skyblog) avec 10 millions d'inscrits, soit un tiers des internautes français. Facebook, dont la croissance est exponentielle, revendique aux dernières nouvelles 7 millions d'inscrits. Il ne fait maintenant guère de doute que le site américain finira par passer devant.

Copains d'avant, le Minitel des réseaux sociaux.

En attendant, par quel miracle Copains d'avant s'est-il hissé si haut? «Ce site est dans la même situation que le Minitel à la fin des années 90 quand est arrivé l'Internet grand public: c'est le truc qui était là avant, certes techniquement complètement dépassé mais qui garde malgré tout de nombreux utilisateurs parce que c'est simple», explique Thibaut Thomas, consultant en réseaux sociaux et étudiant-chercheur au Celsa.

Quand le Minitel est lancé en France en 1982, la promesse des PTT est claire : il s'agit de remplacer l'annuaire papier. Quand Copains d'avant est lancé en 2001, aucun doute sur les intentions : il s'agit de pouvoir retrouver ses amis d'enfance. Mais qui était capable en 1997 d'expliquer clairement à quoi servait Internet ?

Même problème pour Facebook : au fait, ça sert à quoi ? Sur sa page d'accueil, le site américain explique qu'il «vous permet de rester en contact et d'échanger avec les personnes qui vous entourent». Tout cela est bien confus : pourquoi avoir besoin de rester en contact avec des gens qui nous entourent ? Retrouver des copains d'avant, au moins, il y a une logique.

Julien Barras, directeur associé de Benchmark Group, estime que la clé du succès réside dans cette simplicité : «Nous essayons de réaliser un site simple et d'expliciter toutes les actions possibles aux membres. Du coup, notre population est davantage "adulte" que sur la plupart des réseaux sociaux.»

Construit sur le modèle de l'annuaire, Copains d'avant a un goût de service public qui rassure l'internaute peu initié et plus «adulte» que la moyenne. «C'est cette confiance qui permet au site de ne pas subir la paranoïa qui entoure Facebook. Pourtant, les profils Copains d'avant sont référencés depuis longtemps sur Google. Il faut se souvenir qu'il y avait eu une levée de boucliers quand le site américain avait activé cette option», remarque Thibaut Thomas.

Benchmark Group se revendique comme une «PME française», façon de marquer sa différence avec la multinationale américaine. Mais finalement, les deux concurrents sur le marché français se complètent bien et forment les deux faces du «village global».

Copains d'avant est le «village», le site de proximité qui a vocation à remplir les pages de la presse régionale avec ses belles histoires de retrouvailles où «l'émotion et les souvenirs d'une belle époque [sont] au rendez-vous». Facebook, de son côté, n'a jamais caché ses ambitions globalisantes.

Mark Zuckerberg, le jeune patron de cette dernière, les a de nouveau répétées lors de sa note pour les cinq ans de l'entreprise : «Permettre des échanges efficaces est important car cela rend le monde plus ouvert et cela donne la chance à chacun d'exprimer ses idées et d'initier le changement.» Facebook, c'est «Yes, we can» alors que Copains d'avant revendique fièrement un «Que sont-ils devenus ?».

Mais toute l'habileté de Copains d'avant réside dans son adaptation en douceur aux nouvelles contraintes imposées par Facebook. A l'automne 2007, quand le réseau social américain explose en France, le déclin de Copains d'avant paraît inéluctable. Si une bonne partie des internautes français s'inscrivent sur Facebook, quel est l'intérêt de rester sur Copains d'avant qui est relégué au rang de Facebook sectoriel payant ?

Confronté au même problème que Meetic, devenu le «Facebook de la drague», Copains d'avant va réagir très vite en rendant son système de messagerie gratuit dès la fin 2007. Un vrai succès : en 2008, en pleine Facebook-mania, le site français engrange cinq millions d'inscriptions, soit autant que dans ses six premières années d'existence.

La grande histoire des réseaux ne dit pas ce qu'il serait advenu du Minitel si lors de l'émergence de l'Internet grand public, il était devenu gratuit.

Vincent Glad

(Photos : Flickr, classe de 1964, par euthman, et logo de Copains d'avant)

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