Life

Les nichons de la terreur

William Saletan, mis à jour le 20.07.2011 à 10 h 12

La nouvelle menace terroriste: des bombes indétectables et implantées chirurgicalement.

Réduction mammaire aux Etats-Unis en 2007. REUTERS/Lucas Jackson

Réduction mammaire aux Etats-Unis en 2007. REUTERS/Lucas Jackson

DEPUIS 40 ANS, nous avons joué un jeu avec les terroristes. Il s'appelle «Cache la bombe». Nous avons installé des détecteurs de métaux dans les aéroports, ils ont mis au point des explosifs sans métal. Nous avons scanné les corps, ils ont caché une bombe dans une chaussure. Nous avons passé les chaussures de tous les voyageurs au scanner, ils ont caché leurs bombes dans leurs sous-vêtements. Nous nous sommes donc servis de scanners qui montrent les contours exacts des parties génitales et de la poitrine. Et les citoyens se sont scandalisés. Ils disent que nous sommes allés trop loin.

En réalité, nous ne sommes pas allés suffisamment loin. Les terroristes sont en train de passer à la prochaine étape logique. Ils essayent de cacher des bombes à l'intérieur de leurs corps.

L'an dernier, après la tentative d'attentat au sous-vêtement de Detroit, les services secrets britanniques ont fait état de discussions, dans les cercles jihadistes, sur la possibilité d'implanter des explosifs chirurgicalement. A la fin de l'année, le SITE Intelligence Group a intercepté sur Internet un échange entre partisans d'al-Qaida. «Quelle est votre opinion sur les techniques chirurgicales qui me permettraient d'implanter la bombe (...) à l'intérieur du corps de l'opéré, demandait l'un des interlocuteurs. D'autres lui conseillaient de coudre des explosifs plastiques ou  liquides à l'intérieur de la cavité abdominale du martyr. 

Aujourd'hui, le Département de la Sécurité intérieure des États-Unis (DHS) vient d'émettre une alerte à destination des gouvernements étrangers. Dans un extrait posté sur le site du Daily Mirror, on peut lire:

«Notre gouvernement dispose d'informations indiquant que certains médecins ont proposé leurs services aux extrémistes pour leur permettre d'implanter chirurgicalement des dispositifs explosifs dans des humains et des animaux, dans le cadre d'attaques terroristes.»

Selon un autre extrait, cité par Reuters et ABC News, la DHS «a détecté une menace potentielle émanant de terroristes qui pourraient vouloir implanter chirurgicalement des explosifs, ou les composants d'explosifs, dans des humains afin de mener des attaques terroristes». Selon CBS News, citant des sources issues des services de renseignement, al-Qaida dans la péninsule arabique, l'équipe qui a fomenté l'attentat au sous-vêtement, manifeste «de l'intérêt pour le recrutement d'un chirurgien qui implanterait des explosifs dans le corps d'un kamikaze afin de leurrer les équipements de sécurité des aéroports».

Ouvrez votre volontaire, insérez, suturez...

Comment fonctionnerait une telle bombe? Globalement comme ce que les djihadistes décrivent sur Internet, selon des experts. Scellez un explosif plastique, du PETN par exemple, dans un sachet, ouvrez votre volontaire, insérez le sachet, suturez l'incision et laissez-le cicatriser. Chez un homme, le sachet pourrait être implanté dans les fesses ou l'abdomen. Chez une femme, dans un implant mammaire. Donnez une seringue au kamikaze pour qu'il y injecte du TATP, qui fera exploser la bombe.

Al-Qaida dans la péninsule arabique a déjà utilisé le mélange PETN-TATP dans un attentat au sous-vêtement, et dans une opération similaire en Somalie. Le Daily Mirror, qui paraphrase visiblement un mémo émanant de  l'Agence nationale américaine de sécurité dans les transports (TSA), précise que les endo-terroristes «auraient dans leurs affaires la lettre d'un médecin affirmant qu'ils ont subi une opération chirurgicale et qu'ils doivent transporter une seringue pour des raisons médicales. Ce qui serait suffisant pour contourner les contrôles de sécurité avant l'embarquement dans un avion». Le diabète serait l'excuse médicale la plus simple.

Les scanners d'aéroports n'y verraient que du feu. Ils sont superficiels. Les plus sophistiqués peuvent certes exposer votre bas-ventre ou vos seins dans les moindres détails, mais ils ne peuvent pas détecter une bombe à l'intérieur d'un terroriste. Voici quelques mois, on avait demandé à John Pistole, alors directeur de la TSA si la «technologie actuelle» pouvait discerner un explosif «à l'intérieur d'un orifice naturel», il avait répondu non. «S'ils cachent une bombe dans un orifice du corps, nous n'allons pas pouvoir la détecter», avait-il précisé à USA Today. «Nous ne pouvons pas éliminer ce risque.» Le 6 juillet, le vice-président de Rapiscan Systems, qui fabrique les scanners à rétrodiffusion utilisés dans les aéroports américains, était d'accord. Les appareils, sont «conçus pour détecter des menaces sur le corps, et pas à l'intérieur du corps».

Jusqu'à présent, le gouvernement  ont parié sur l'incapacité des terroristes à faire exploser un avion avec une bombe interne. «Toutes les informations que j'ai à ma disposition concordent pour dire que les terroristes n'ont pas réussi à utiliser (...) une bombe interne», avait déclaré Pistole aux journalistes à la fin de l'année dernière. (Il pense que la tentative d'attentat de 2009, en Arabie saoudite, attribuée au départ à une bombe rectale était en réalité liée à une bombe de sous-vêtement. Ce qui est difficile à déterminer vu que le kamikaze a été déchiqueté en petits morceaux).

Ce n'est pas facile de faire exploser une bombe qui se trouve à l'intérieur de votre rectum. Et par voie chirurgicale, c'est encore plus compliquée. La cicatrisation peut être difficile, et le corps du terroriste pourrait amortir le souffle de l'explosion. Comme un djihadiste le faisait remarquer dans une discussion sur Internet, la bombe «doit être placée très près de la surface de la peau, car le corps humain absorbe les chocs».

Ce qui donne à Pistole l'espoir de repérer le kamikaze grâce aux appareils de détection actuels. «Vous devez avoir un quelconque dispositif externe» pour faire exploser une bombe cachée dans un orifice corporel, a-t-il affirmé l'année dernière, «et c'est cela que les machines dotées d'une technologie d'imagerie sophistiquée relèveront: quelque chose d'anormal à l'extérieur du corps».

Ou peut-être que des prélèvements aideront à repérer des résidus d'explosifs sur les vêtements du terroriste. Ou bien encore la présence de l'implant pourrait générer des comportements révélateurs. Selon CBS News, les agents de sécurité ont été avisés de faire très attention à «toute personne manifestant un comportement inhabituel causé par un appareil implanté, qui pourrait provoquer des douleurs ou un quelconque inconfort».

Des scanners pour voir à l'intérieur de nous

Mais s'il n'y a ni résidu, ni indice comportemental, et que le détonateur est sous la peau, on l'a dans l'os. Il y a huit mois, Francine Kiefer du Christian Science Monitor avait demandé à Pistole si les terroristes pouvaient déclencher une bombe interne à l'aide d'un téléphone portable, comme les insurgés le font souvent avec leurs engins explosifs improvisés. En guise de réponse, avait-elle raconté, Pistole avait «tendu les bras et haussé les épaules».

Maintenant que le gouvernement américain alarme le monde entier sur des explosifs implantés, la prochaine étape de «Cache la bombe» est évidente: des scanners d'aéroports qui ne se contenteront pas de voir à travers vos vêtements, mais à travers votre corps. Morpho, une multinationale de sécurité, travaille actuellement sur un appareil à ondes radio qui détecte ce qu'elle appelle des «bombes corporelles». Nesch, une entreprise d'imagerie, fait la promotion de sa technologie à faibles doses de rayons X capable de détecter des explosifs «cachés à la fois à l'intérieur et à l'extérieur du corps humain». Quant à Valley Forge Composite Technologies, qui fabrique des détecteurs de bombes et d'armes, elle a mis aujourd'hui sur le marché un système d'imagerie radiographique pouvant «voir à travers les gens», et détecter des «objets non-métalliques, comme des feuilles explosives dissimulées dans des vêtements ou des orifices corporels».

Ces trois entreprises disent toutes la même chose à leurs investisseurs, clients, et au gouvernement: dans un monde de sous-vêtements explosifs, d'orifices explosifs, et d'implants explosifs, les ondes des scanners qui permettent de voir à l'intérieur du corps sont probablement celles de l'avenir. Et elles ont probablement raison, jusqu'à ce que les terroristes trouvent un moyen de vaincre le système, encore une fois.

William Saletan 

traduit par Peggy Sastre

William Saletan
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