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Golf: Rory McIlroy n'est pas le nouveau Tiger Woods

Yannick Cochennec, mis à jour le 14.07.2011 à 17 h 10

Le sport a horreur du vide: le champion parti, on lui cherche forcément un successeur. Mais le raccourci, en l'espèce, est trop rapide.

Séance d'entraînement sur le parcours du Royal St. Georges, à Sandwich, dans le

Séance d'entraînement sur le parcours du Royal St. Georges, à Sandwich, dans le Kent, REUTERS/Kieran Doherty

UN MOIS APRÈS son triomphe à l’US Open, Rory McIlroy est accueilli comme le messie au British Open, troisième tournoi du Grand Chelem de la saison disputé, du 14 au 17 juillet, sur le parcours presque lunaire du Royal St. Georges, à Sandwich, dans le Kent, au Sud de l’Angleterre.

En l’absence de Tiger Woods, forfait comme à l’US Open en raison d’une blessure au genou, le Nord-Irlandais concentre l’attention de tous les regards tant sa fulgurante victoire aux Etats-Unis a sidéré nombre d’observateurs. Alors qu’il s’était spectaculairement effondré lors de la dernière journée du Masters, en avril, où, en tête, il avait littéralement explosé sous le poids de la pression à l’attaque des neuf derniers trous, il s’est comporté, cette fois, en un joueur absolument froid et dominateur en ne lâchant jamais les commandes de l’US Open. A l’arrivée, vainqueur avec une marge de huit coups sur son poursuivant immédiat, il s’est approprié quelques records en rafales.

A 22 ans, il est devenu le plus jeune vainqueur de l’US Open depuis Bobby Jones en 1923. Avec un score de -16 au terme des quatre tours, il a pulvérisé la marque de Tiger Woods qui avait rendu une carte de -12 lors de l’US Open 2000. Avec quatre cartes inférieures à 70 (65-66-68-69), il a également rejoint Lee Trevino (1968) et Lee Janzen (1993) dans le livre des exploits de l’US Open. «Il est le meilleur joueur que j’aie jamais vu jouer», s’est enthousiasmé son compatriote nord-irlandais Graeme McDowell, vainqueur de l’US Open un an plus tôt.

La vie sans Woods

Comme la nature, le sport a horreur du vide; une armée de laudateurs et de journalistes à la recherche de la formule facile s’est immédiatement levée pour saluer le nouveau héros, immédiatement estampillé «le nouveau Tiger». Ou comment user d’un raccourci un peu grossier pour tenter d’appâter les passionnés et les gogos qui se seraient désespérés de voir la carrière de Tiger Woods s’enliser dans une certaine médiocrité eu égard à son rang en raison des conséquences de ses déboires conjugaux et de ses blessures à répétition.

Voilà plus de trois ans désormais que Woods n’a plus remporté le moindre titre majeur et cela commence à faire beaucoup pour un sport médiatiquement et économiquement très « Woods dépendant ».

Mais il faut se calmer et arrêter d’envoyer du bois même si en golf, ce n’est pas toujours un défaut: affirmer que Rory McIlroy est le nouveau Tiger Woods a au moins autant de sens qu’affirmer que Lady Gaga est la nouvelle Madonna ou qu’Eden Hazard est le nouveau Zinedine Zidane. A chacun son identité! A chacun son chemin! A chacun sa signature!

L'audience du golf au plus bas

Constatons déjà que McIlroy a un titre du Grand Chelem à son palmarès quand Woods en a 14. Comparaison ne sera jamais raison avant (éventuellement) bien longtemps, même si certains temps de passage au fil de la progression de la carrière de Rory seront bien sûr observés avec attention.

Vainqueur de son premier titre majeur à 21 ans, Tiger avait attendu 28 mois avant de s’imposer une deuxième fois au sommet du jeu. Regardons déjà le temps qu’il faudra à McIlroy pour s’emparer d’un deuxième trophée pour commencer à tirer quelques plans sur la comète et charger les épaules du jeune golfeur sur lesquelles on veut faire peser trop d’aspirations.

Une information, déjà : McIlroy ne sera pas le «sauveur» du marché du golf américain qui devra plutôt compter sur l’un des siens, comme le jeune Rickie Fowler, pour redynamiser son économie ou doper ses audiences. Celles du dimanche de l’US Open ont été, aux Etats-Unis, les plus faibles depuis 1988. Ce qui ne veut pas dire que McIlroy ne fascine pas les spectateurs, loin de là, mais qu’il n’est pas du tout regardé comme un phénomène de la même ampleur. Tiger Woods a été le Michael Jordan de son sport et personne ne le remplacera sur ce piédestal-là.

Les comparaisons en sport valent ce qu’elles valent, c’est-à-dire pas grand-chose de mon point de vue, même si elles sont évidemment tentantes. Soupeser un Roger Federer et un Rafael Nadal sur la balance de l’histoire, en dépit de leurs oppositions stylistiques, peut avoir du sens parce que l’un et l’autre se sont construit leur formidable palmarès presque côte à côte, face à face, l’un contre l’autre. Alors qu’évaluer un Woods à la lueur d’un McIlroy reste aléatoire. Tout juste peut-on dire que l’ère McIlroy (si elle existe un jour) succède peut-être à celle de Woods, les deux champions n’ayant pas été, à ce jour, suffisamment opposé sur les parcours.

Sous biens des points, leurs styles sont également contradictoires. Autant Woods est glacial et distant, autant McIlroy est avenant et chaleureux. Humainement, et heureusement, Rory n’est certainement pas le «nouveau Tiger». Techniquement, il existe aussi des différences marquantes. McIlroy possèderait le swing le plus abouti de l’histoire et  serait meilleur que celui de Woods au même âge (ce dernier est d’accord sur ce point), il est évident que le putting du jeune prodige de Belfast n’est pas encore au niveau de celui de Woods quand celui-ci était à son apogée. Woods était (est) capable aussi de taper des coups défiant l’imagination, mais ce n’est pas (encore) vraiment la marque de fabrique de l’Ulstérien au registre plus «raisonnable».

Laisser McIlroy grandir

Il y a toujours quelque chose de beau et de pur à voir débouler un jeune champion qui va accompagner nos vies de passionnés pendant de nombreuses années. Mais à l’heure du baptême, quand vient la bénédiction de la première grande victoire, évitons de l’affubler du patronyme de la star du moment.

Dans un intéressant témoignage livré voilà quelques mois au site golf.com, Rory McIlroy, qui n’avait pas encore rencontré la gloire suprême, écrivait combien il voulait d’abord être lui-même et combien il ne voulait pas avoir la vie de Tiger Woods en dépit de l’admiration qu’il lui portait. «Tiger est évidemment différent de nous», y soulignait-il. Et même à tant de niveaux, pourrions-nous ajouter. Il n’y aura qu’un seul Tiger Woods comme il n’y aura qu’un seul Rory McIlroy. Célébrons ces différences …

Yannick Cochennec

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