France

Maxime Brunerie: «Vous me voyez être centriste, démocrate ou modéré?»

Alexandre et Timothée Macé Dubois, mis à jour le 28.07.2011 à 11 h 29

Le 14 juillet 2002, un homme vise Chirac, le rate, se vise, se rate. Neuf ans plus tard, il dit prendre sa carte au Modem. Mais, en entretien, Maxime Brunerie estime n'avoir «de leçons, ni à donner, ni à recevoir». Rencontre.

Maxime Brunerie, lors de son arrestation le 14 juillet 2002. REUTERS/Xavier Lhospice MAL/

Maxime Brunerie, lors de son arrestation le 14 juillet 2002. REUTERS/Xavier Lhospice MAL/

Selon France Inter, Maxime Brunerie aurait pris sa carte d’adhérent au Modem le 12 juillet 2011, se disant prêt à militer pour le parti centriste de François Bayrou dans la perspective de l’élection présidentielle de 2012. «L’homme a tourné la page de ses années passées au sein de la mouvance radicale d’extrême droite et néo-nazi.»

François Bayrou a répliqué sur RMC que «les déséquilibrés n'ont pas de place» au MoDem, et que Maxime Brunerie avait simplement fait une demande d'adhésion, rejetée d'après Marc Fesneau, secrétaire général du parti.

Le 14 juillet, nous publiions un entretien avec l’homme de 34 ans dans lequel il expliquait son engagement chez les «fachos» (selon ses termes) et au cours duquel il exprimait des opinions loin d’être «centristes».

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«Le fait d'avoir dérangé le programme télé il y a neuf ans, je n’en ai rien à foutre!» Le jour des festivités républicaines du 14 juillet, une telle phrase détonne. Son auteur vous est sans doute «familier», il s’agit de Maxime Brunerie, ce jeune nationaliste paumé qui, en 2002, lors de la fête nationale, avait tenté d’assassiner Jacques Chirac d’un tir de 22 long rifle.

À l’issue de sept ans de réclusion et de deux années de réflexion, il s’est associé au journaliste Christian Rol pour sortir un récit autobiographique intitulé Une vie ordinaire: je voulais tuer Jacques Chirac. Brunerie, 34 ans, y décrit son enfance comparable à un «Voyage au bout de l’ennui», ses premières convictions nationalistes, sa fuite en avant, ses années de geôle et ses nouvelles aspirations. Rencontre.

«Avant j’étais schizophrène, maintenant nous allons mieux.» Maxime est un charmant gringalet. Pas vraiment l’allure d’un guerrier partant au front. Son apparence chétive contraste avec le nationaliste «Boulogne boy» qu’il a été, cheveux rasés et rangers aux pieds.

«Je n'étais plus Maxime Brunerie, j'étais extrême droite»

Il s’est construit par des lectures d’extrême droite, Brasillach et Drieu La Rochelle avant tout.

Comme le premier –qui revint fasciné de sa découverte de l’Allemagne nazie–, Maxime épouse quelques décennies plus tard la cause nationaliste en se délectant des premiers reportages d’Arte sur le sujet. En commun une admiration devant la grandeur et la dangerosité du IIIe Reich…

Avec le second, Brunerie partage un certain désespoir romantique, une lassitude de la gent féminine et une haine viscérale des autres qui se retourne inévitablement contre soi.

Peu à peu, il se tourne vers les extrêmes. «J’ai vingt ans, je me cherche en tant qu’homme, je veux changer le monde, vous me voyez être centriste, démocrate ou modéré?», éclate-t-il de rire. Là, solitaire, il y rencontre enfin un groupe solide avec qui il partage son «dégoût de voir de la racaille dans toutes les gares de RER». Galvanisé par le climat néo païen des groupuscules tels que feu Unité Radicale, il se retrouve dans les théories du complot et des Protocoles des Sages de Sion. Et l’intéressé de déclarer:

«Hormis le FAF, point de salut. Je me suis senti accepté. J’étais devenu quelqu’un. Je n’étais plus Maxime Brunerie, j’étais extrême droite…»

Un jour de mai 2002, il décide de passer à l’acte, reprochant à ses compères fachos «de ne pas assez agir». «L’extrême droite n’était pour ces poivrots qu’un folklore dominical. Je voulais tous les écraser, rentrer dans l’Histoire.»

C’est décidé, il s’attaquera deux mois plus tard au symbole de la nation, de l’unité, de la République. Maxime planque son arme dans un étui à guitare, se poste sur les Champs-Elysées, vise le président de la République, le rate, se vise, se rate. Il ne sera pas «explosé par le GIGN», la fin théâtrale dont il avait rêvée n’aura pas lieu.

Au procès, il ne laissera pas sur le banc son côté provocateur. Quand les jurés lui demandent ce qu’il pense de la différence, il leur répond: «Quand je vous vois, j’en suis partisan.»

Sept ans de prison, bien loin de l’accalmie que l’on pourrait imaginer, ne l’ont pas aguerri. Il affirme s’en être sorti grâce à sa force intérieure. Qu’en est-il de ses convictions?

«Je suis jeune, je suis nationaliste, j'emmerde tout le monde»

Lui, qui s’est enrôlé dans un front nationaliste pour combler un manque affectif, pourrait se servir de son expérience pour aider les jeunes Maxime Brunerie en puissance. Pourtant aujourd’hui, malgré une forme de repentance politiquement correcte étalée dans son bouquin, Maxime Brunerie n’a –selon ses termes– «de leçons, ni à donner, ni à recevoir».

«Je n’ai pas envie de me transformer en donneur de leçons. Quand on est jeune, quand il y a un truc qui manque vraiment dans la vie, quand on veut s’éclater, ça sert à rien de mettre une pression. Dans ces milieux-là, ils se disent “ je suis jeune, je suis nationaliste, j’emmerde tout le monde”.»

L’extrême droite néo-nazie, les groupuscules fachos, il semble les décharger de toute culpabilité, comme on pardonne à un vieil ami. 

«Je n’en veux pas à Unité Radicale. Eux ils m’ont donné la folie des grandeurs. En revanche, ceux qui ont craché sur ma gueule, si je les croise, ça risque d’être Orange mécanique, sans la musique et le bon goût…»

Le ton est donné, la rédemption est à des années-lumière.

La dangerosité de ces mouvements?

«Ce qu’on a vu de plus dangereux ces dernières années, c’est Youssouf Fofana, qui n’était membre ni du GUD, ni du FN, ni du PNFE. Le reste, c’est de l’antisémitisme de comptoir. On ne se sent pas en insécurité dans le RER le soir car il y a des fachos!»

C’est véritablement là que le bat blesse: Maxime Brunerie le nihiliste, plonge dans un cynisme de mauvais goût, où n’apparaît ni honte, ni pardon. «Mon bouquin n’est pas un mea culpa, j’ai fait de la prison, je n’ai pas à demander pardon au reste du monde!», s’emporte-t-il.

«Le monde ne me changera pas»

Maxime Brunerie prône un anticonformisme brut de décoffrage.

«Si tu dis à quelqu’un que tu es anarchiste, on va te répondre “Ah, c’est sympa”. Si tu dis que tu es communiste, on te dira “Moi aussi quand j’étais jeune, je voulais un monde plus juste” car le communiste passe pour le petit père du peuple, même s’il cautionne 85 millions de morts. Si tu es rasta, on te conseillera de faire attention à ta santé. En revanche, devant un nationaliste, les réactions seront différentes. À mes yeux, le vrai anticonformiste ne peut être que facho!»

Cinquante ans après le décès de Louis-Ferdinand Céline, et alors que Frédéric Mitterrand a décidé en janvier de ne pas faire figurer l’auteur dans les Célébrations nationales, Maxime s’en indigne et s’amuse d’un parallèle:

«J’ai au moins deux points communs avec Céline; on est nous deux édités chez Denoël et on ne sera pas célébrés par le ministre de la Culture!»

Si Maxime a su repeindre sa devanture et se farder d’un peu de maturité, tout en dénonçant au passage une prison «des droits de l’homme» et une administration kafkaïenne, le personnage semble n’avoir rien perdu de ses convictions. Le regard qu’il jette sur la société actuelle, avec le recul qu’il se targue de posséder, n’en est que plus critique. 

«On sombre dans un cynisme de mauvais goût, les jours où je suis mal luné je me dis que les Français ont les dirigeants qu’ils méritent. L’engagement que je ne regrette absolument pas même s’il a été vain, c’est d’avoir manifesté, soutenu le peuple serbe en 1999 car il était agressé de manière infondée par l’Otan et toute sa clique. Je sais que je ne changerai pas le monde mais le monde ne me changera pas.»

Neuf ans jour pour jour après les faits, et à mesure que Brunerie blanchit ses anciens «compères» de l’extrême droite virulente, une interrogation persiste: pourrait-il recommencer? Ce à quoi l’ancien chantre du nationalisme répond promptement et non sans malice:

«L’avenir nous le dira! Ouvrez les journaux et allumez vos télés tous les 14 juillet. S’il ne s’est rien passé, c’est que je n’ai rien fait!»

Alexandre et Timothée Macé Dubois

(article mis à jour le 28 juillet 2011)

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