Economie

Le jour où les Européens ont abandonné la Grèce

Eric Le Boucher, mis à jour le 13.07.2011 à 11 h 42

Lundi, les ministres européens ont laissé la Grèce à son sort et les marchés attaquer d'autres pays fragiles. C'est désormais l'euro qui est dans le viseur. La faute aux politiques et leur absence de volonté.

Francois Baroin, l'Allemand Wolfgang Schaueble et l'Autrichienne Maria Fekter lo

Francois Baroin, l'Allemand Wolfgang Schaueble et l'Autrichienne Maria Fekter lors de la réunion des ministres de finances de l'Eurozone, lundi à Bruxelles. REUTERS/Thierry Roge

Triste jour pour l’Europe. Jour historique peut-être, car l’incapacité des ministres des finances de la zone euro réunis à Bruxelles lundi 11 juillet à mettre en place un plan d’aide pour la Grèce, est pitoyable et dramatique. Cet échec conforte les marchés financiers dans leur conviction que les Européens ne savent plus, ou même en vérité ne veulent plus aider Athènes à se sortir de la crise.

Et si ce n’est pas vrai, s’il est encore possible de réunir les points de vues divergents des pays membres et si un plan voit finalement le jour, il sera maintenant très difficile d’en convaincre les créditeurs. Le mal est fait. La responsabilité des gouvernements en place est bien celle-là: ils ont jeté la Grèce dans la fosse des marchés, ils l’ont abandonnée à son sort, ce lundi 11 juillet. Il faudra retenir le nom de ces tristes ministres — François Baroin pour la France. L’Histoire les désignera comme ceux qui ont démantelé la construction obtenue avec tant de peine depuis 50 ans. Et maintenant, la porte est ouverte à d’autres crises, au Portugal, en Irlande, en Espagne et Italie. Ces ministres ont laissé jouer les marchés à la déconstruction par effet domino.

Chutes des bourses, chutes plus fortes encore des actions des banques européennes, augmentation des taux d’intérêt sauf en Allemagne, la crise, dans l’immédiat, va se poursuivre. Voilà 18 mois que l’Europe, que la zone euro, donnent ce spectacle terrible de décomposition.

Les gouvernements n’arrivent toujours pas à arrêter la débâcle par un plan qui réponde calmement, fermement et de façon crédible à l’interrogation de fond et légitime des marchés: de quelle solidarité êtes-vous capable pour aider la Grèce? Les plans d’aide se suivent, à la Grèce, à l’Irlande puis au Portugal, mais la crédibilité n’y est jamais. La réponse est toujours partielle et insuffisante.

L’endettement grec est vaste pour être supporté par la Grèce seule: que faites-vous ? Réponse, on aide un peu, mais pas trop… Entre temps l’économie grecque entre en récession, le gouvernement d’Athènes ne fait pas, non plus, ce qu’il faut d’économies budgétaires pour rassurer, et la machine infernale repart. Il faut un nouveau plan, etc.

Entre temps aussi, les marchés qui ont pris le goût du sang, partent depuis vendredi 8 juillet à l’attaque de l’Italie, où Silvio Berlusconi est affaibli et où son ministre des finances est pris dans une affaire de corruption. Cette fois-ci, on change d’échelle. Nous sommes à un moment crucial: ce sont deux poids lourds, l’Italie et l’Espagne, qui sont attaqués, des pays trop grands pour que l’Europe puisse les sauver.

Or, à Bruxelles, les dirigeants européens n’ont rien décidé. La réunion prévue de longue date et devenue d’urgence vues les circonstances, a duré 8 h et demie. A minuit, les ministres des finances sont sortis avec un plan vague dans une ambiance de déclarations contradictoires, de fuites et de bisbilles internes. Les Européens proposent, «d’envisager d’abaisser» les intérêts que paient les Grecs. L’impuissance est dans le texte: ils «envisagent d’abaisser», alors que les marchés sont à feu et à sang et qu’on est en pleine crise existentielle! Pitoyables gouvernements. Il s’agit bien entendu d’un aveu de complet désaccord. De «cacophonie» comme l’a dit le Premier ministre grec.

Il y a maintenant deux solutions. Ou bien les Européens acceptent qu’il est trop tard, que leurs plans d’aides ne suffisent pas et qu’il faut reconnaître que la dette grecque est trop grosse pour être remboursée entièrement. Il faudra en abandonner 65%, selon les indications des marchés. C’est mauvais pour la réputation de l’euro bien sûr, Jean-Claude Trichet a raison. Mais nous en sommes à choisir la moins mauvaise des solutions.

Le problème est la contagion au Portugal et surtout à l’Irlande, ce qui flanquerait beaucoup de banques par terre. Avant d’annoncer la restructuration grecque, il faut donc construire un immense pare-feu crédible, incontestable, concernant l’ensemble des pays PIGS (Portugal, Irlande, Grèce, Espagne). Il faut annoncer quelles pertes, sur quoi elle portent… Dire combien paieront les Etats, les contribuables donc et combien les banques?  Faute de construire ce pare-feu, les marchés continueront de penser que «cela ne suffit pas» et ils poursuivront leurs attaques.

Et qu’on cesse au passage d’accuser les agences de notations qui, certes mettent le feu aux poudres et souvent au pire moment, mais elles ne font que leur travail.

N’est-il pas trop tard? Restructurer la dette de la Grèce ne la tirera toujours pas d’affaire puisque son économie manque de croissance et d’avenir? Faut-il déjà aller à l’étape suivante: une sortie de l’euro? Il reste une maigre chance de l’éviter. Mais l’impuissance des gouvernements à Bruxelles a considérablement amoindri cette hypothèse. Sauver l’eurozone paraît aujourd’hui presque impossible. Sauf à rêver que les gouvernements prennent enfin la mesure du péril.

Eric Le Boucher

Eric Le Boucher
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Cofondateur de Slate.fr
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