Monde

De #begov à #nevergov: le carnet scolaire de la crise politique belge sur Twitter

Baudouin Van Humbeeck , mis à jour le 21.07.2011 à 12 h 16

L'histoire de la crise belge s'écrit sur le site de microblogging. Mais tous les politiques n'ont pas la même pratique.

Le Baiser de Magritte, exposé à Mexico en 2010. REUTERS/Daniel Aguilar

Le Baiser de Magritte, exposé à Mexico en 2010. REUTERS/Daniel Aguilar

A la veille de la fête nationale belge, et alors que le pays a battu le record du monde d’un Etat sans gouvernement (400 jours le 18 juillet 2011), nous avons proposé à des auteurs belges ou belgophiles d’annexer (provisoirement) Slate.fr. Voici donc Slate.be

Sur l’ardoise belge, nous vous proposons:

Il était, une fois, la Belgique par Marcel Sel

La Belgique, pourquoi ça marche, pourquoi ça ne marche pas? Par José-Alain Fralon

Belgique, fais-toi peur par Nicolas Baygert

De #begov à #nevergov: le carnet scolaire de la crise politique belge sur Twitter par Baudouin Van Humbeeck

Sciences: la mauvaise expérience belge par Germain Saval

Vive le foot belge! par nos amis de Plat du Pied, qui s’en sont donnés à cœur joie toute l’année sur la Jupiler

La BD au secours de l'unité belge par Laureline Karaboudjian

Et nos archives, dont:

La Flandre, 28e membre de l’UE? par Jean-Sébastien Lefebvre

Sans gouvernement, ça se passe comment? par Jean-Sébastien Lefebvre

Les dérives identitaires du nationalisme flamand par Jean-Sébastien Lefebvre

Et Albert II, dans tout ça? par Jean-Sébastien Lefebvre

La série La Belgique est morte, par José-Alain Fralon: Et si la Flandre était indépendante; Quelle Flandre pour quelle Europe? et La Wallonie en ordre dispersé

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FRANÇOIS BAROIN QUI parle sur Twitter mais presque uniquement de la pluie et du beau temps. François Fillon qui se grille en envoyant en public un tweet très très privé... Un ministre qui annonce sur Twitter que son parti claque la porte du gouvernement... Science-fiction?  Rêve éveillé de twittos politiques? Rumeur Martinaubresque? En France, actuellement, peut-être. En Belgique, Twitter fait de plus en plus partie intégrante des outils de communication politiques.

L’histoire de la crise politique belge entamée en juin 2010 tient en trois hashtags. Les premiers mois, pour signaler un tweet relatif aux négociations, le hashtag de rigueur était #begov. Progressivement, une transhumance vers le moins optimiste #nogov a eu lieu. Ces jours-ci, à l’initiative de l’influent twitto-journaliste Martin Buxant, c’est le carrément désespéré #nevergov qui émerge.

Mais qui sont les bons et les mauvais élèves de la classe politique belge?

L’élève qui joue à l’apprenti-sorcier

C’est un message envoyé sur Twitter («Alea jacta est») par le ministre Vincent Van Quickenborne (libéral, flamand) alias @VincentVQ qui a annoncé que l’Open-VLD (les libéraux flamands) provoquait la chute du gouvernement Leterme, les élections anticipées et les difficultés politiques actuelles.


Les délégués de classe

Les dirigeants des entités fédérées constituent une illustration de l’intérêt variable du monde politique belge pour Twitter : Kris Peeters le ministre-président du gouvernement flamand (démocrate-chrétien, flamand) a publié exactement trois tweets.

Rudy Demotte (socialiste, francophone), qui dirige la région Wallonne a publié plus de 600 tweets, maîtrise les hashtags, répond aux questions qui lui sont posées.

Charles Picqué (socialiste, francophone), ministre-président de la Région Bruxelloise n’a tout simplement pas de compte Twitter et pas l’intention d’en ouvrir un. Pas totalement déconnecté, il chipote un peu lui-même sa page facebook.

Le bon élève qui prend le temps de regarder par la fenêtre

Didier Reynders (libéral, francophone, qui affichait une amitié pour Nicolas Sarkozy à l’époque où le président était populaire) est trop intelligent pour balancer sur Twitter quoi que ce soit de compromettant. Ses tweets météorologiques ont fait de lui la mascotte de la twittosphère belge. Il semble gérer son compte lui-même.


L’élève qui se remet à étudier à l’approche de l’échéance

Supporter du Standard de Liège mais surtout coprésident d’Ecolo, Jean-Michel Javaux a commis une maladresse remarquée: un retour sur Twitter fort peu discret juste avant l’échéance électorale de juin 2010.

Il semble avoir compris la leçon et alimente plus assidûment son compte. Soyons de bon compte: il est fort actif (lui-même) sur son profil Facebook.

L’élève qui fait appel à l’équipe

Le compte Twitter d’Elio Di Rupo (président du PS, francophone, chargé par le roi d’une mission de préformation à l’été 2010 et d’une mission de formation de mai à juillet 2010) a commencé par être un compte «fake» alimenté par un farceur. Inutiles de chercher ces tweets à lire au deuxième degré: ils ont été effacés et le compte a été cédé officiellement à l’homme à l’éternel noeud papillon (surtout à son équipe de communication).

Preuve de l’intérêt que les journalistes politiques portent à Twitter: un soir de l’été 2010 quelques farceurs ont lancé la rumeur d’une rencontre entre Elio Di Rupo et Louis Michel (leader libéral, francophone) se déroulant sous leurs yeux. Le lendemain cette information figurait (fort heureusement au conditionnel) dans De Standaard (quotidien de référence, néerlandophone).

L’élève gaffeur mais Don Juan

Twitter permet d’envoyer des messages directs. Le but d’un message direct est de ne pas être partagé avec le reste d’Internet. Par deux fois, Yves Leterme (démocrate-chrétien, flamand) a commis ce que les tweeteurs appelent un DMfail: un message destiné à une personne bien précise –non, non, pas madame Leterme– qui est envoyé à tous les nombreux followeurs du Premier ministre en affaires courantes.

Les élèves qui font les clowns

Quand un homme ou une femme politique belge s’exprime sur Twitter, c’est (dans 99,99% des cas) vraiment lui (ou son équipe de communication) qui tient le clavier. L’époque où des comptes «fake» amusait la galerie semble avoir pris fin. Pour autant, on n’a pas fini de rire. Le compte MRdeRire brocarde anonymement avec plus ou moins de finesse le Mouvement réformateur (disons, pour faire simple, que c’est un genre d’UMP).

De l’autre côté de ce qui n’est actuellement qu’une frontière linguistique, le compte cdenvglobalpr moque gentiment le CD&V (démocrate-chrétiens flamands, en train de se faire grignoter son électorat par les indépendantistes populistes de la N-VA).

L’élève qui refuse obstinément de venir à l’école

Toutes les familles politiques ne sont pas friandes de Twitter. En mai 2010, le cdH (démocrates-chrétiens, francophones) se fendait d’un communiqué de presse pour affirmer que Joelle Milquet, sa présidente n’était pas sur Twitter. Elle n’y est toujours pas. Selon elle, il semble que Twitter soit un loisirs pour adolescents.

Les élèves en décrochage scolaire

Dans la plus pure tradition du «je m’intéresse aux outils de communication quand je veux me faire élire», des comptes Twitter d’élus ont été créés peu de temps après l’annonce d’élections anticipées en juin 2010 et sont entrés dans un coma profond peu après lesdites élections. Par exemple, le secrétaire d’Etat FDF (composante du MR, francophone), Bernard Clerfayt a débarqué en pleine campagne électorale (12 mai 2010). Il compte 11 tweets à son actif. 10 ont été publiés pendant la campagne électorale.

Pour autant, Twitter n’est pas l’outil pour coordonner des mouvements citoyens. La manifestation citoyenne «Shame» du 23 janvier dernier est une initiative née sur Facebook. Et puisqu’on en parle, je ne saurais trop encourager les lecteurs de Slate qui pratiquent le néerlandais à taper «facebook van de wetstraat» dans Google pour savourer l’initiative du journal De Morgen (très grosso modo, l’équivalent néerlandodhone de Libération) (1).

Baudouin Van Humbeeck

(1) NDLE (française): Cela rappellera quelque chose au lecteur de Slate: Le faux Facebook d'Eric Woerth

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