France

La France de juillet

Jacques Attali, mis à jour le 11.07.2011 à 12 h 09

Que dit ce mois de notre pays? Notre goût pour la culture, l'hospitalité, la créativité. Mais ne nous leurrons pas. Il dit aussi la pauvreté de la France, ses difficultés économiques, son incapacité à rassurer sa population. Que sera donc juillet 2012?

REUTERS/Luke MacGregor

REUTERS/Luke MacGregor

QU'ELLE EST BELLE, la France de juillet! Le plus beau pays du monde, à n’en pas douter. Et le reste des habitants de la planète le savent bien, qui se précipitent, plus nombreux que jamais, sur nos plages, nos montagnes, nos campagnes, dans nos hôtels, nos restaurants, nos musées; qui partagent nos défilés, nos bals et nos feux d’artifice . Et surtout, découverte nouvelle, engouement croissant: nos festivals.

A côté des plus anciens d’entre eux, références incontournables, comme Aix ou Avignon, (en fait très récents, comparés aux festspiele allemands et aux festivals anglais) tant d’autres rendez-vous d’été se sont hissés depuis peu au même niveau. Tant d’autres y aspirent.

Et bien plus encore, sans toujours prétendre à l’excellence, utilisent du mieux qu’ils peuvent une église, un château, ou une maison, un jardin, pour recevoir musiciens, comédiens, danseurs et chanteurs. En tout, il y aura cet été en France plus de 1.200 festivals, où plus d’un million de spectateurs viendront voir et entendre plus de 20.000 artistes, dont un tiers d’étrangers.

Ce mois enchanteur dit beaucoup sur la France de 2011.

Il dit d’abord son extraordinaire douceur de vivre, sa grande créativité, son exceptionnelle infrastructure, sa formidable capacité hospitalière (au double sens du mot) ; il dit aussi le formidable appétit de culture de ses habitants, toutes classes confondues, soucieux de se retrouver, autour, en général, de la musique, pour l’essentiel étrangère, oubliant pour un moment querelles politiques et soucis personnels.

Il dit encore que notre pays vit de plus en plus dans un temps où rien ne vaut le spectacle vivant; et que, face à la solitude générale, le désir de rencontrer l’autre, de partager un moment de beauté, est plus prégnant que jamais. Il dit enfin que jamais les artistes n’ont eu plus de place dans la société, et que l’évolution des technologies n’est en rien un obstacle à leurs carrières et à leur créativité.

Mais il faut savoir regarder un peu en dehors des salles de théâtre et des cours de châteaux. Et la présence digne de mendiants, de plus en plus nombreux, au voisinage des entrées des festivals, nous dit aussi la misère de ceux qui n’y auront jamais accès; et, plus largement, elle nous rappelle la pauvreté de la moitié des Français qui ne pourront pas, cette année, prendre des vacances.

La sérénité des festivals ne doit pas non plus nous faire oublier que, pendant ce temps, le chômage ne se réduit pas, nos dettes s’accumulent, notre commerce extérieur plonge et l’insécurité continue de gagner du terrain.

Savourons donc ce mois de juillet, dernier moment de pause avant que ne commence une année essentielle pour l’avenir du pays.

Elle sera peut-être nauséabonde, comme le laissent craindre les ragots et les faits divers dont se repaissent les uns et les autres. Elle sera sûrement intense et commencera dès le mois d’août: au plus tard avec les universités d’été des partis politiques; au plus tôt avec une nouvelle dégradation de la situation financière mondiale, plus fragile que jamais.

De ce qui s’y passera après cette rentrée politique dépendra le fait de savoir si juillet 2011 restera comme un ultime moment de bonheur, dont nous aurons longtemps la nostalgie, ou si au contraire nous saurons faire en sorte que juillet 2012 soit plus heureux encore…

D’ici là, profitons de chaque instant.

Jacques Attali

Chronique également parue sur L’Express

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