France

Primaire PS, la FAQ

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 08.10.2011 à 10 h 31

Bureaux de vote, coût, sondages, conditions de participation... Slate répond aux questions que vous vous posez sur la primaire ouverte aux sympathisants qu'organise le PS les 9 et 16 octobre.

Un militant vote lors de la primaire socialiste du 16 novembre 2006. REUTERS/Eric Gaillard.

Un militant vote lors de la primaire socialiste du 16 novembre 2006. REUTERS/Eric Gaillard.

Les 9 et 16 octobre, le PS choisit son candidat pour 2012 via, pour la première fois, une primaire ouverte à l'ensemble des sympathisants de gauche. Candidats, programmes, organisation du scrutin, questions juridiques et financières, possibles polémiques, traitement médiatique et sondagier, sociologie des électeurs... Slate.fr répond aux questions que pose cette consultation inédite.

Au fait, on dit la primaire ou les primaires?

Sur son site officiel comme sur le site dédié, le PS dit «les primaires», comme aux Etats-Unis. De nombreux médias français, dont Slate ou Le Monde (comme l'expliquent ses correcteurs), ont eux opté pour «la primaire» car il s'agit d'un scrutin avec un seul poste à pourvoir, comme pour la présidentielle et contrairement aux législatives, aux municipales...

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Quand a lieu la primaire?

Le premier tour est prévu le dimanche 9 octobre, et un second devrait opposer le 16 les deux candidats les mieux placés si aucun ne recueille la majorité absolue des suffrages exprimés au premier. A chaque fois, les bureaux de vote seront ouverts de 9 h à 19 h en France métropolitaine et les résultats finaux devraient être connus après 23 heures.

Le candidat PS sera donc désigné un mois plus tôt qu’en 2006, quand Ségolène Royal (60,65%) l’avait emporté au premier tour, le 16 novembre, face à Dominique Strauss-Kahn (20,69%) et Laurent Fabius (18,66%). Et trois mois et demi plus tôt qu’en 1995, quand Lionel Jospin (65,85%) avait battu Henri Emmanuelli (34,15%). Au sein du parti, des dirigeants plaidaient même pour organiser  la primaire encore plus tôt, en juin, afin de permettre au candidat de lancer sa campagne avant la rentrée.

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Qui sont les candidats?

Ils sont au nombre de six. A la clôture des candidatures le 13 juillet, cinq candidats PS avaient réussi à obtenir le nombre de parrainages suffisants (5%, au choix, des membres du Conseil national du parti, des parlementaires PS, des maires PS des villes de plus de 10.000 habitants ou des conseillers régionaux et généraux PS): dans l'ordre alphabétique, Martine Aubry, François Hollande, Arnaud Montebourg, Ségolène Royal et Manuel Valls. Arnaud Montebourg et Ségolène Royal ont présenté des parrainages de conseillers régionaux et généraux et Manuel Valls de maires. Martine Aubry et François Hollande ont eux vu plus large en déposant 597 et 454 parrainages respectivement. A ces noms, il faut ajouter celui de Jean-Michel Baylet, président du parti radical de gauche, également candidat mais non soumis à la règle des parrainages.

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Qui organise et contrôle le scrutin ?

L’organisation est assurée par le Comité national d’organisation de la primaire (CNOP), instance présidée par le premier secrétaire par intérim Harlem Désir, et où siègent deux représentants de chaque candidat. La surveillance du scrutin a elle été confiée à une haute autorité composée de l’avocat Jean-Pierre Mignard, de la présidente de l’Association pour le droit à l'initiative économique (Adie) Catherine Barbaroux et de l’ancien préfet Rémy Pautrat.

Celle-ci a émis, depuis sa création, des recommandations sur les bureaux de vote, les sondages ou encore les critiques entre candidats, à la suite des propos de Ségolène Royal sur Martine Aubry et François Hollande: le 8 septembre, elle rappelait que la charte éthique de la primaire «prohibe tout dénigrement de la personne des candidats», y compris «tout propos péjoratif sur les parcours politiques des uns et des autres». 

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Combien ça coûte?

Initialement budgété à 1 million d’euros, le scrutin devrait au final en coûter 3,6 millions entre le coût des bulletins de vote (33,6 millions ont été édités pour le premier tour), des huissiers, des stylos électroniques pour la saisie des procès-verbaux de résultats, de la ressaisie des listes électorales transmise sous forme papier dans certains départements, de la location des salles dans certaines villes… Le parti espère financer le scrutin grâce à la contribution des électeurs, en faisant notamment valoir que lors des primaires italiennes, elle avait été en moyenne nettement supérieure au «plancher» fixé de 1 euro.

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Qui pourra voter?

L'ensemble des électeurs français inscrits sur les listes électorales au 31 décembre 2010, soit plus de 43 millions d'électeurs. Le PS a aussi ouvert le vote à tous les jeunes qui auront 18 ans ou plus le jour du premier tour de la présidentielle, le 22 avril 2012, aux mineurs membres du Mouvement des jeunes socialistes et aux étrangers adhérents du PS ou des MJS. Ces trois catégories, ainsi que les Français de l'étranger, devaient cependant se pré-inscrire avant le 13 juillet.

Les votants devront verser une contribution minimale de 1 euro —sans avoir à s'en acquitter une seconde fois s'ils votent aux deux tours— et signer une «charte d'adhésion aux valeurs de la gauche» libellée comme suit:

«Je me reconnais dans les valeurs de la Gauche et de la République, dans le projet d'une société de liberté, d'égalité, de fraternité, de laïcité, de justice et de progrès solidaire.» 

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La primaire constitue-t-elle un fichage?

Pour organiser le scrutin, le PS a demandé aux préfectures de récupérer les listes électorales, comme le code électoral en donne le droit à tous. Au printemps, plusieurs dirigeants et élus de la majorité ont remis en cause l'utilisation de ces listes en affirmant qu'elle constituerait un «fichage politique»: l'article 8 de la loi informatique et libertés dispose en effet qu'«il est interdit de collecter ou de traiter des données à caractère personnel qui font apparaître, directement ou indirectement, les […] opinions politiques […] des personnes», sauf, notamment, si elles sont amenées «à faire l'objet à bref délai d'un procédé d'anonymisation».

Le PS a promis que les listes d'émargement et les déclarations d'adhésion aux valeurs de la gauche seraient «scellées» entre le premier et le second tour puis détruites par le feu après le vote sous contrôle d'huissiers de justice —en revanche, les électeurs qui le veulent seront incités à laisser leurs coordonnées pour participer à la campagne. La Commission nationale informatique et libertés s'est elle dite «vigilante» mais satisfaite des réponses apportées à ses questions.

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Où aura lieu le vote?

Le PS met en place environ 10.000 bureaux de vote, soit normalement un au moins par canton. A titre de comparaison, la France comptait 65.000 bureaux de vote lors de la présidentielle 2007 et le PS généralement 4.000 bureaux pour ses votes internes, un par section.

Comme pour les «vraies» élections, ces bureaux seront installés dans des lieux publics (mairies, écoles...) en application du code général des collectivités territoriales, qui autorise cette mise à disposition pour les partis politiques, si besoin en échange d'une contribution financière. Il sera nécessaire de se déplacer pour voter, le vote par procuration étant interdit.

En revanche, le vote par correspondance est autorisé pour les résidents étrangers qui ne disposent pas d'un bureau de vote dans leur pays —32 sont ouverts.

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Combien de votants sont attendus?

Réservées aux seuls militants, les primaires de 1995 et 2006 avaient mobilisé 79.000 et 180.000 votants. Le PS a fixé le seuil de réussite de celle de 2011 à plus de 1 million et Jean-Pierre Mignard a récemment considéré ce seuil comme «acquis». Les dirigeants les plus optimistes tablent eux sur un chiffre de 4 millions, qui signifierait que le scrutin a autant mobilisé que les trois primaires italiennes de 2005, 2007 et 2009, qui avaient attiré 3 à 4,3 millions d'électeurs pour un électorat comparable.

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Faut-il croire les sondages?

Depuis l’ouverture officielle des candidatures fin juin, les principaux instituts ont mesuré à la fois des intentions de vote («Pour qui voteriez-vous?») et des souhaits de victoire («Qui souhaitez-vous voir gagner?»). Leurs chiffres laissent voir deux principales tendances: brièvement donnée devant François Hollande début juillet, Martine Aubry est depuis passée nettement derrière, à moins de 30% contre plus de 40% pour son rival. Longtemps solide troisième, Ségolène Royal est-elle menacée voire dépassée par Arnaud Montebourg depuis la mi-septembre. Au second tour, François Hollande est donné entre 53% et 59% face à Martine Aubry par les enquêtes réalisées depuis juillet, avec une tendance plutôt à la hausse.

Tous ces sondages ont été critiqués par les partisans d’Aubry, Montebourg et surtout Royal, avec deux principaux arguments: leur marge d’erreur est importante (le nombre de sympathisants socialistes qui s’y expriment est souvent descendu jusqu’à 400, soit une marge d’erreur de plus ou moins 5 points) et le corps électoral sondé est trop incertain (le nombre d’électeurs se disant sûrs d’aller voter est monté jusqu’à 18%, soit plus de 7 millions de votants!). Saisie par Ségolène Royal le 7 septembre, la Haute autorité a appelé à la «prudence», tandis que la Commission des sondages a souligné le 21 septembre «l’impossibilité de définir la base électorale» et «la marge d’incertitude importante».

La Haute autorité souhaitait obtenir, comme pour une «vraie» élection, une interdiction des sondages la veille et le jour du scrutin. En vain, même si pour l'instant aucun média n'a prévu de sondage «sortie des urnes» le jour J. En 2006, les derniers sondages (qui portaient sur les sympathisants PS, alors que seuls les militants à jour de cotisation pouvaient voter) s’étaient trompés de 4 à 6 points (dans un sens ou dans l’autre) sur le score de Ségolène Royal, avaient surestimé celui de Dominique Strauss-Kahn de 4 à 16 points et sous-estimé celui de Laurent Fabius de 8 à 12 points.

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Comment empêcher les fraudes?

Le sujet est sensible au sein du PS depuis le psychodrame de l’élection de la première secrétaire en 2008, gagnée de 42 voix par Martine Aubry face à Ségolène Royal, total porté à 102 voix par une «commission de récolement» chargée d’examiner les irrégularités. «Il y a eu plein de fraudes et dans tous les sens. Chez nous, chez eux», avait par la suite affirmé Patrick Mennucci, proche à l'époque de Ségolène Royal, dans le livre Petits meurtres entre camarades.

Pour empêcher les fraudes, en dehors des garanties électorales classiques (isoloirs et vote à bulletins secrets, délégués des candidats...), le parti a cette fois-ci mis en place trois voies de remontée des résultats depuis les bureaux, afin de détecter des incohérences: procès-verbal classique, transmission par serveur vocal interactif et utilisation, pour rédiger le procès-verbal, d’un stylo numérique prenant «80 photos par seconde», selon son fabriquant.

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Les militants UMP peuvent-ils fausser le résultat?

Un afflux de militants et sympathisants UMP venant voter pour un «mauvais» candidat pour fausser le résultat de la primaire: ce scénario-catastrophe a été évoqué mais est combattu avec force par les organisateurs de la primaire, qui tentent de combattre le «fantasme» d’un «entrisme» de la majorité. Leurs arguments: l’organisation davantage décentralisée que d’habitude (deux à trois fois plus de bureaux de vote que pour les scrutins internes) découragera les militants UMP de se montrer car cela se remarquerait davantage, et «le grand nombre protège la primaire» en noyant d’éventuels écarts isolés. Si 1 million d’électeurs venaient voter, un 53%-47% au second tour représenterait 60.000 voix d’écart, soit autant que le total des voix de Martine Aubry pour l’élection de la première secrétaire en 2008, et plus d’un tiers des adhérents de l’UMP…

Une enquête publiée par Le Monde Magazine le 1er octobre estimait par ailleurs que la motivation des électeurs de droite venant voter était davantage de choisir un candidat de gauche leur convenant que l'inverse.

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Les bastions militants du PS auront-ils moins de poids?

C’est une possibilité, car la géographie des militants du parti ne recoupe pas totalement celle de ses réserves de voix: par exemple, si l'on compare les cinq plus grosses fédérations (Paris, Pas-de-Calais, Nord, Bouches-du-Rhône, Hérault) à celles des trois régions de l'Ouest conquises par la gauche en 2004 (Bretagne, Pays-de-la-Loire, Basse-Normandie), on constate qu'elles avaient un poids équivalent dans l'électorat de Royal au premier tour de la présidentielle 2007 (un peu moins de 14% du total national chacune), mais que les premières représentaient en 2008 28% des militants, les secondes seulement 8%... L'ouverture de la primaire aux sympathisants pourrait donc diminuer l'importance des grosses fédérations, même si le niveau de la mobilisation dépendra sans doute aussi en partie du travail des militants sur le terrain...

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La primaire influe-t-elle sur le temps de parole de la gauche?

Depuis juillet 2009, les règles gouvernant le temps de parole sont les suivantes: les interventions du président de la République relevant du débat politique national et celles de la majorité forment un bloc de temps, l’opposition devant au moins bénéficier de 50% de celui-ci. L’UMP s’est cette fois-ci plaint de bénéficier de moins de temps de parole que le PS, mais les chaînes se sont engagées à rétablir l’équilibre, celui-ci se calculant sur le trimestre pour les journaux télévisés et le semestre pour les magazines d’information.

Le PS espère par ailleurs que le CSA choisira d’ouvrir vite la «période électorale» pendant laquelle le temps de parole du candidat est décompté à part de celui du parti. En 2006, celle-ci avait commencé le 1er décembre, mais l'idée d'une ouverture plus tardive a cette fois-ci été évoquée.

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Quand sera intronisé le candidat ?

Le PS a prévu d’organiser le 22 octobre une convention nationale d’investiture et de lancement de la campagne à la halle Freyssinet. «Il faudra avoir des dizaines de milliers de militants. La convention devra tourner autour du vainqueur et être scénarisée par lui, et non par le premier secrétaire, et devra durer longtemps. Et les battus devront y être associés et parler lors d’un moment cathartique», espérait au printemps dans un entretien à Slate Olivier Ferrand de la fondation Terra Nova, un des promoteurs de la primaire.

Lors de la dernière présidentielle, le congrès d’investiture de la Mutualité du 26 novembre 2006, devant un gros millier de militants, avait laissé des souvenirs mitigés à de nombreux participants. Et au premier chef à Ségolène Royal, qui avait épinglé dans ses souvenirs de campagne l’absence de son prédécesseur Lionel Jospin et l’attitude jugée «discourtoise» de ses rivaux Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius: «[Ils] ne font même pas semblant. […] Pas un sourire. Juste une moue accrochée aux lèvres, des yeux qui regardent obstinément les chaussures et des mains qui applaudissent du bout des ongles.»

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Jean-Marie Pottier

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Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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