Protégeons-nous de la démondialisation
La sortie de crise et ses promesses d'austérité font peur. Mais le retour du protectionnisme n'arrangerait rien.
- Apple Earth / JD Hancock via FlickrCC License by -
DES DEUX CÔTÉS de l’Atlantique, la sortie de crise est aussi cahoteuse dans les esprits que dans les PIB. L'essoufflement de la reprise cause des vertiges. Aux radicales perturbations de la mondialisation et des technologies s'est ajouté le creusement des dettes publiques. Chacun pressent une austérité pénible et des temps durs. Un grand désarroi gagne, qui déteint sur la classe politique.
Outre-Atlantique, le Tea Party impose ses idées aux républicains: réduire l'Etat au minimum, chacun pour soi, que les individus se démènent dans la vie avec l'aide de Dieu. «Quand la crise aurait dû pousser les Américains à tirer des leçons sur le besoin de plus d'égalités, de régulation et d'un retour de l'Etat face aux marchés, c'est le contraire qui se passe», déplore Joseph Stiglitz.
En Europe, a priori, règne un consensus centriste: les idées de solidarité et de capitalisme tempéré devraient triompher. La crise grecque montre pourtant que, faute d'union politique, l'eurozone se débat sans convaincre et que l'égoïsme menace de faire tache d'huile, pas seulement en Allemagne.
Le populisme d'extrême droite et d'extrême gauche surfe sur les difficultés: l'euro est une erreur et la mondialisation avec! Revenons à la monnaie ancienne et au sol national entouré de hautes barrières: «Démondialisons!» Ces idées protectionnistes partagées, en France, de Marine Le Pen à Arnaud Montebourg, ne font pas progresser dans la bonne direction pour trois types de raisons.
La mondialisation est là
Toute l'organisation industrielle est aujourd'hui construite autour de la désintégration des chaînes et la localisation de chaque maillon au meilleur coût.
La mondialisation est faite. Mais différents facteurs poussent à une certaine réintégration: le coût des transports, le risque de rupture d'approvisionnement (leçon tirée de Fukushima) et surtout la montée des salaires en Chine. Cette démondialisation «naturelle» pourrait ne pas être si marginale, en particulier dans l'agriculture.
Deuxième raison: un protectionnisme conséquent est très difficile, voire impossible à mettre en oeuvre. Un pays qui s'y lance s'expose à des rétorsions de réciprocité. Il devra affronter ses propres consommateurs frustrés de produits moins chers. En Europe, il faut convaincre les autres pays membres, l'Allemagne qui vit de ses exportations et tout simplement la France, cinquième exportateur mondial.
Des contre-vérités
Troisième raison: le libre-échange aurait pour ses contempteurs un bilan «globalement négatif», il faut lui tourner le dos. Mais leur critique est pauvre.
Arnaud Montebourg (1) affirme, contre toute vraisemblance, que la mondialisation fait des «esclaves au Sud»: il oublie la sortie de la misère de millions de paysans, la formation des classes moyennes et la hausse rapide des salaires chez les émergents.
Le député PS avance que la concurrence chinoise condamne le système social dans les pays développés. L'attaque est celle de toute la gauche: le capitalisme aurait trouvé dans la mondialisation le moyen de contourner les exigences sociales nationales. Or rien n'est plus faux.
Les dépenses de transfert des Etats, à quoi on mesure le degré de socialisation d'un pays, n'ont pas baissé en Europe. Même constat aux Etats-Unis, contrairement à l'idée répandue. Malgré le libéralisme, les dépenses sociales n'ont pas baissé depuis vingt ans, elles ont augmenté!
Enfin, la concurrence chinoise aurait détruit «4%» des emplois dans les pays développés (2). Mais le détail du chiffre fait question: il additionne 3% d'emplois industriels à ceux issus d'une perte de croissance due à la pression sur les salaires. Les auteurs omettent l'effet très expansif de la baisse des prix: un cadeau estimé à 3.000 euros par ménage et par an.
Un bilan plus objectif reste à faire. L'euro et la mondialisation méritent meilleur débat et sûrement correction.
Car le «Que faire?» est pourtant bien connu: «En France, des politiques actives en faveur du capital humain qui combinent choix sociaux, stratégie de croissance et sécurisent les populations les plus touchées. En Europe, une intégration plus solide», résume Laurence Boone. Mais faute de savoir mettre en route radicalement ces changements, le désarroi s'installe.
Eric Le Boucher
Chronique également parue dans Les Echos
Retrouvez ceux qui feront 2012 sur Wikipol.
(1) Votez pour la mondialisation, Flammarion. Retourner à l'article
(2) La Démondialisation, Jacques Sapir, Le Seuil. Retourner à l'article
Mis à jour le 10/07/2011 à 9h23




















































SHINKA27
Pardi
Comme si le choix etait entre une mondialisation imbecile et un protectionnisme idiot...
Dans l'Europe, on constate que les pays qui perdent ont une bulle immobiliere (puisque l'essentiel des dettes privees sont immobilieres, c'est logique) et des deficits du budget records (en 2007, avant la crise, Fillon, avec raison, nous expliquait que la France etait deja ruinee... et, un comble, a accepte les mesures de baisses d'impots pour les plus privilegies, pour acheter les "clients electoraux" et autres aides a la bulle imposees par le "neo conservative" incompetent du Chateau...). Normal, puisqu'il y a correlation entre augmentation des dettes et balance des paiements.
Nos grandes entreprises apportent leur pierre a la ruine du pays (grace a des pratiques anticompetitives et de tax avoidance) et investissent les profits "immerites" ainsi generes ...a l'etranger soit en projets ruineux et pharaonnesques (EDF) soit en delocalisations des usines (A t'on etudie le gaspillage de matieres premieres et d'energie causees par les delocalisations (= 2 fois l'investissement pour la meme capacite payes par l'arbitrage du cout du travail non createur de richesse ...)?)
Mr Le Boucher, la crise Francaise est a son paroxysme puisque le deficit mensuel atteint desormais 7.5 Milliards d'euros soit 125 €/mois/Francais ou 500€/mois/foyer. C'est enorme, en augmentation constante et, compte tenu de sa cinetique d'acceleration, rend ineluctable une situation de type Grec. Ca doit etre la faute des agences de notation....
Le systeme actuel (ce n'est pas le protectionnisme que vous denoncez...) ne fonctionne pas et nous mene a la ruine, il convient de prendre des mesures adequates le plus vite possible (relancer l'investissement et utiliser nos resources de travail)... alors faites des propositions plutot que d'ignorer la poutre que nous avons dans l'oeil en denoncant une caricature d'un systeme protectionniste que personne ne propose!...
L'aveuglement de nos elites que vous illustrez si merveilleusement (avec, pour le bouquet, la solution inflationniste pronee par Madame Arnaud...pour ameliorer notre competitivite vis a vis de l'Allemagne, je suppose) amene sans coup ferir a l'explosion de l'Euro et au protectionnisme que vous denoncez (et d'ailleurs aussi a la ruine des classes moyennes)! Il justifie, en tout cas, le sentiment anti elites qui se repand en France. Celui-ci ne fera qu'augmenter...
Je comprends que nos elites ne veuillent pas d'une augmentation de la pression fiscale pour les plus privilegies (eux memes). C'est, helas, une necessite absolue (bien que non suffisante) dans la situation actuelle... (et ne venez pas nous reparler des 44% de prelevements obligatoires qui ne sont depasses que par les pays Scandinaves (qui ne vont d'ailleurs pas si mal que ca ...) et qui ne sont pas comparables aux prelevements des pays a systeme de sante et de retraites prives.)
C'est ce qui s'est passé après tout avec le Japon, la Corée, le Taiwan. Rappelez - vous de l'hystérie autour du 'péril jaune' des années 60? Tout s'est rentré dans l'ordre - mais la Chine ne s'était pas encore réveillée...
Force est de constater aujourd'hui qu'il existe un déséquilibre importante entre nos exportations et nos importations (sauf en Allemagne) et que ceci s'est accompagné par une dés-industrialisation en Europe et du chômage.
Moins claire, et Eric Le Boucher n'en parle pas, est pourquoi l'Allemagne réussit (malgré ou grâce à l'Euro?) et la France non, mais c'est un autre débat.
En tous les cas, ce constat de déséquilibre fait la joie des souverainistes (version républicaine et version xénophobe) pour qui la solution tant souhaitée (pour des raisons émotionnelles qui n'ont rien à voir avec le problème en objet) est un repli sur le passé malgré les leçons horrifiantes du 20e siècle.
On pourrait voir avec un œil sympathique ce romantisme chauvin s'il ne créait pas des obstacles réelles à la seule vraie réponse aux prédations de nos concurrents commerciaux qui est l'Union Européenne.
Le grand 'Non' – démocratiquement exprimé certes, bafoué en quelque sorte par les gouvernements par la suite – a été néanmoins désastreux dans le contexte mondiale d'aujourd'hui qui, comme Eric Le Boucher insiste avec raison, est là qu'on le veuille ou non.
Je suis un peu d'accord avec shinka27 quand il parle d'un 'protectionnisme temporaire' pour permettre un rééquilibrage des rapports commerciaux entre 'pays riches' et 'pays émergeant'. Cela a toujours était fait et cela a toujours été temporaire. Les partenaires parviennent rapidement à des accords quand il voient les portes d'un grand marché commencer à fermer.
La crainte d'affaiblir un des principaux tenons de l'UE – la libre échange entre les états membres – fait hésiter Bruxelles quand il s'agit de protéger l'Union contre certaines formes de 'dumping'.
Mais le problème n'est pas la Chine et les autres pays émergents. Le problème c'est nous – le marché le plus riche au monde mais toujours divisé, empêtré dans des querelles d'une autre ère, calé au mieux du gué par le doute et par l'hésitation.
Si cette crise a une vertu elle serait de nous avoir donné une telle frousse que finalement on se serrera les coudes pour compléter le processus d'Union en marche.
Protection peut-être – un peu. Mais protégeons-nous surtout de nos souverainistes!
Les dépenses de transfert des Etats, à quoi on mesure le degré de socialisation d'un pays, n'ont pas baissé en Europe. Même constat aux Etats-Unis, contrairement à l'idée répandue. Malgré le libéralisme, les dépenses sociales n'ont pas baissé depuis vingt ans, elles ont augmenté!"
Pourquoi les dépenses des états (de même que leurs déficits) sont ils en constante augmentation ? Parce que justement il n'y a pu assez de travail ni de monté des salaires donc l'Etat dans nos pays est forcé de soutenir la consommation par ces dépenses. Effectivement dû au fait que les entreprises ne veulent pas payer le coût du travail en Occident (ni les consommateur d'ailleurs) et l'exportent ailleurs...
C'est comme le coût des transports routiers qui ne comprennent pas le coût carbone, coût écologique etc par rapport aux prix du rail.
Nous commençons à prendre en compte l'impact de ces derniers (et encore!) sous l'influence des Verts mais nous sommes encore loin de vouloir mesurer le coût réel des produits 'pas chers' importés.
Il est curieux que le PS, à part peut-être Montebourg (et même lui ne s'exprime pas exactement en ces termes), n'en fait pas une partie importante de leur plateforme.
Comme j'ai indiqué dans mon précédant commentaire, nous serons mieux écoutés par nos partenaires commerciaux étrangers pour faire comprendre ce message si l'on pouvait parler d'une seule voix au niveau européen.
revenir à une société ou les plus "dégourdis" asservirons les moins bien armés intellectuellement et chacun sait que ce sont malheureusement les plus nombreux . à quoi sert donc la république ,dont nous devons respecter les lois si cette dernière n'apporte plus rien en échange et même plus la protection ?
Navré, mais ce n'est pas le sujet. Un élément magique appelé endettement public permet de perfuser des systèmes que l'on n'a plus les moyens de financer.
Une fois une latence totalement artificielle passée, et des seuils d'endettement tolérables enfoncés, comme ce peut-être le cas pour un certain nombre de pays européens actuellement, le principe de réalité se réimpose : la dislocation d'un tissu économique national met gravement en péril les systèmes sociaux qu'il est censé financer.
Ne pas voir que seul notre endettement public colossal nous a permis de maintenir nos niveaux de dépenses publiques relève d'une triste myopie à l'heure où nos si proches voisins connaissent de tels déboires.
Voyons, maintenant que le voile est tombé, si les niveaux de dépenses publiques grecques, italiennes et portuguaises resteront au même niveau.
Le plus triste étant bien évidemment que l'organisation de cette latence est immensément contre-productive et emblématique du fait que cette myopie (feinte ou réelle) touche, tout autant que vous, nos responsables publics.
Cdt,
CM